Maurice Blanchot, le soupçon, par Michel Surya, écrivain

« Que Maurice Blanchot n’ait peut-être pas lui-même toujours été à la hauteur de son œuvre, il n’y a rien là qui l’excepte du nombre des auteurs des plus grandes œuvres. » Sait-on aujourd’hui à quel point Maurice Blanchot, le critique génial, l’ami de Roger Laporte et de Jacques Derrida – qu’il gagnera à sa cause biographique…

Lait noir de l’aube, par Paul Celan, poète

« Il est temps que la pierre consente à fleurir. » (Paul Celan à Ingeborg Bachmann) Un très grand respect s’attache au nom de Paul Celan, l’un des plus importants poètes de langue allemande du XXe siècle, né en 1920 à Czernowitz, capitale de la Bucovine alors roumaine, et mort à Paris en avril 1970, après s’être…

Yannick Haenel en roue libre, une adresse à Sainte-Anne

« A mes yeux, la question que pose la littérature est simple : où est-on encore en vie ? (…) Je voue ma vie à chercher ce lieu, dont je pense qu’il a lieu dans la parole. Et non seulement je le cherche, mais j’en fais l’expérience. »  Inlassablement, livre après livre, phrase après phrase, Yannick Haenel ne…

My chief happiness manager est un salaud, par la revue Lignes, n°62

Le dernier numéro de la revue Lignes (62), consacré aux « mots du pouvoir et au pouvoir des mots », est excellent, qui offre à ses contributeurs la participation à un dictionnaire critique permettant, à la façon de Victor Klemperer, ou de Eric Hazan, de faire un état des lieux des maux langagiers pourrissant notre…

Maurice Blanchot et le chant des sirènes, par Tiphaine Le Gall, écrivain (2)

  La rentrée littéraire est peu exaltante, atone, déprimante, masquée. Heureusement, il y a le premier livre de Tiphaine Le Gall, Une ombre qui marche (éditions de L’Arbre vengeur), dont j »ai écrit hier tout le bien que j’en pense. Pressentant des parentés entre cet ouvrage et Le livre à venir de Maurice Blanchot (1959), j’ai…

Le vide et les vacations farcesques,  un premier livre éblouissant de Tiphaine Le Gall (1)

« Quelques jours plus tard, il remit à son éditeur, le fameux Edgar Firmin, deux cent quatre-vingt-trois pages vierges, sans titre, en lui annonçant que son œuvre était achevée, et qu’elle ne souffrirait aucune correction, aucun ajout, aucune modification. » C’est sans contexte l’un livres des plus enthousiasmants de cette rentrée littéraire morose, très certainement l’un des…

Le commencement de la terreur, par Patrick Bogner, photographe

« Je voudrais me contenter d’une seule parole, écrit Maurice Blanchot dans L’écriture du désastre (1980), maintenant pure et vive dans son absence, si, par elle, je n’avais à porter tout l’infini de tous les langages. » Dans une adresse à l’ethnologue et écrivain Jean-Yves Loude (Un Cargo pour les Açores, Actes Sud, 2018), reproduite en préface…

La Besogne des mots, Georges Bataille, Cahiers 4

« Bataille a fait de la devise du diable – Non serviam – celle de la littérature. » (Michel Surya) Elégant, intelligent, effervescent. Le numéro 4 des Cahiers Bataille, qui est un dictionnaire critique conçu en hommage à la revue Documents (1929-1930), est un outil de travail formidable pour comprendre et questionner un penseur et…

Ils ne mouraient pas tous, mais, par Rafael Garido, écrivain

« Roues à aubes / que l’eau bregmienne retourne / . » Livre hybride (textes/images), Vis-à-Vis, de Rafael Garido (éditions Zoème, 2017) est un ouvrage qui frappe immédiatement par l’inventivité de son dispositif et son bilinguisme assumé (français/espagnol) : une double couverture, une possibilité de faire pivoter l’objet, de le retourner et le renverser pour le lire deux…

S’abandonner ensemble à ce qui nous désarme, par Rebecca Topakian, photographe

Le travail photographique de Rebecca Topakian relève à la fois de la fascination pour la beauté des corps s’abandonnant, et d’une volonté de saisir ce qui lie en une communauté précaire les individus isolés. Son premier livre, Infra-, publié par Romain Pruvost, fondateur à Lille de Classe Moyenne Editions, est une œuvre radicale, sensuelle, troublante….