Amazuz, festin de récits, par les ami.e.s de la revue Edwarda

©Chiraz Chouchane « Enfance est un mot torve. Un refuge facile comprenant tous les mensonges dont l’on ne se sait pas capable, les rêveries, les passés déformés, les envies inavouées. C’est un incommensurable. Une mélancolie très claire, un souvenir flou, un instant qui ne sera jamais figé dans le temps, que l’on revit lorsque le présent…

Plier, déplier le marbre, par Hélène Bellenger, photographe

©Hélène Bellenger « Beaucoup d’auteurs ayant écrit sur la blancheur et ses manifestations dans la culture occidentale l’affirment : elle est un impensé, qui n’apparaît jamais en tant que tel comme objet du discours, du regard, mais qui les structure, les traverse et les hante absolument. Elle est une norme qui n’est pas elle-même l’objet d’une investigation….

Petit tas d’ordures, vie bouleversée, par Gaëlle Obiégly, écrivain

Chiffonnier, avenue des Gobelins, Paris,1899, photographie Eugène Atget « Le chiffonnier, qu’on appelle plutôt biffin actuellement, ne se résout à la mort de rien. Il marche, il marche, il marche. Quand il s’arrête, c’est pour fouiller les poubelles et les tas d’ordures. Ce fut le métier de mon ancêtre, venu de Pologne, quand il vint s’exiler…

Eloge de l’art photographique, par Robert de la Sizeranne, critique

Tête de Gorgone, 1898, Emile Joachim Constant Puyo « Les photographies qui saisissent davantage sont celles où l’imperfection même du procédé pour rendre d’une manière absolue laissent certaines lacunes, certains repos pour l’œil qui lui permettent de ne se fixer que sur un petit nombre d’objets. » (Eugène Delacroix, Journal, 1er septembre 1859) Quelle bonne idée de…

La tairre s’étrange, par Franck Doucen, poète

« Dans les beuglants du silence, / le peuple des ormes / veille (encore) / sur la confrérie des mots mutilés. » Il faut écrire pour rien, c’est-à-dire pour tout, pour tous. Se situer dans cette zone aporétique où la poésie est vécue tout autant qu’écrite, inventée dans l’instant tout autant que pensée, bordée de mots et…

Sculpter, aller vers l’âme, par Giuseppe Penone, artiste

Giuseppe Penone, Continuera a crescere tranne che in quel punto, 1968-2003, arbre, bronze, installation dans le bois de San Raffaele Cimena, Turin, Italie (Photographie : Archivio Penone) « J’ai choisi la sculpture parce que considérer le toucher en premier lieu, c’est remettre en cause la vue, c’est revenir chaque fois à l’analyse de l’origine des choses,…

Agir, le temps qui reste, par Patrick Boucheron, historien

« Les choses n’arrivent jamais comme on croit. » (Claude Sautet) La neutralité axiomatique a bon dos, n’est-ce pas ? Certes, tout est plus complexe, mais tout n’est pas si compliqué non plus. Placardisés par les pouvoirs publics, les universitaires, sciences sociales en tête, ne seraient-ils plus, dans la camisole de leurs laboratoires désargentés, que l’alibi d’une pensée…

Traduire, se traduire, par Corinne Atlan, écrivain

« La traduction littéraire est une activité de création, davantage liée à la question de la représentation artistique du réel qu’à un savoir académique. Traduire ne fait pas seulement appel à l’intellect, mais à une intelligence des choses poétique, sensible. Comme tout processus d’écriture, cela engage l’ensemble de l’être : émotions, perceptions, imagination, souvenirs de lecture ou…

AfricaMuseum, le ventre d’un monstre, par Christophe Boltanski, écrivain, et Françoise Vergès, décolonisatrice

Dans son fameux et essentiel Discours sur le colonialisme, publié en 1955 par les éditions Présence Africaine, Aimé Césaire écrit : « Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la…