
Les images que produit Mickaël Soyez sont porteuses d’un silence interrogatif, comme un repos dans la fatigue, l’ivresse ou l’épuisement d’être.
Le calme a succédé à la violence, bordure du vide, accueil apaisé de la turbulence.
La lumière n’est pas ici l’envers de la solitude, mais un effet de sa puissance.
Il y a chez Mickäel Soyez tout un cosmos de failles, de déchirures, de rencontres et de fuites, de grains de peaux et de courses dans les bois, qui sont les merveilles du manifesté, et d’heureuses possibilités de fictions.
Il y a des lits défaits et des étendues liquides épaisses comme des nuits d’insomnie.
Merci à Mickaël Soyez, dont le festival Photomed (Marseille) expose actuellement ses travaux, de s’être prêté au jeu de la lecture d’images.
Les mots qui suivent sont les siens.

L’odeur lourde des châtaigniers, l’odeur blanche de juin, est déjà devenue un souvenir.

Mon ami s’avance, et je ne sais jamais vraiment où. Nous marchons depuis des heures. Nous avons sauté des barrières. Le dénivelé est très fort. Je suis en bas de cet immense tas de gravats, l’endroit est interdit, mon ami n’aime que les endroits interdits. Des endroits où l’on se cherche. Des endroits que chacun de nos gestes semblent conquérir.
Afin de toujours être au seuil, rester sur le seuil.

Au point d’avoir mal à l’intérieur, de partout, au point de marcher sur les routes les yeux fermés ?
Tu ne sais plus où vivre. Ici les rues sont ensoleillées. Tu te dis : « Autant t’arrêter là. »
Mais tout dans cette ville, tout glisse sur toi, alors que justement son bruit est vacarme et sa lumière tranchante.
Où tu vis, tous les soirs tu vois le soleil se coucher sur la mer.
Mais tu te réveilles le matin, chaque matin trop tôt, et tes mains tremblent.
As-tu déjà perdu quelqu’un comme cela, si brusquement ?

Nous nous apaisons. Les matins, doux, sont faits de tasses de café fumantes, de rires discrets, de gestes bienveillants. Il dit que nous vieillissons. Qu’attendons-nous ?
Tu trembles et t’agites devant l’idée du néant
ta peau piquetééta peau bleue
tes longs cheveux sombres humide des suées
tu trembles à l’idée du néant
la rosée nous cueille la rosée point
tu trembles et les rivières grondent
contre moi tes tremblements soubresauts
ta peau bleue piquetée gonfle mon sexe de sang
tes sueurs douces tes lèvres
dehors l’eau est encore trop froide pour le réveil des poissons
dehors tout est bleu je ne sais pas comment faire
comment faire tu trembles trembles
fuis et cherches mes baisers.
Mickaël Soyez expose son travail, Marseille au fil de jours, à la Villa Méditerranée (Marseille) dans le cadre du festival Photomed 2017 (Marseille, Île de Bendor, Sanary-sur-Mer, Toulon), du 17 mai au 13 aôut 2017


Mickaël Soyez participe également au nouveau numéro de la revue Possession Immédiate intitulé Fors intérieurs, aux côtés de Christina Abdeeva, Gwenaëlle Aubry, Ethan Assouline, Boris Bergmann, Anton Bialas, Mehdi Belhaj Kacem, Giasco Bertoli, Léa Bismuth, Johann Bouché-Pillon, Nicolas Chopin-Despres, Gilles Collard, Nicolas Comment, Romain Dauriac, Frederika Amalia Finkelstein, Kendell Geers, Philippe Gandrieux, Ferdinand Gouzon, Yannick Haenel, Simon Johannin, Kamilya Kuspan, Gaëlle Obliégly, Jean-Noël Orengo, Clément Roussier, Henry Roy, Georgina Tacou, Mathieu Terence, Ben Wrobel – volume 7, printemps 2017, 144 pages (parution le 18 mai)