Le Tchad, entre atemporalité et guerre, par José Nicolas, photographe

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© José Nicolas

Militaire réformé à vingt-neuf ans après avoir été grièvement blessé par un tir de sniper à Beyrouth en 1983, José Nicolas, a fait de la photographie, découverte au contact des photoreporters rencontrés lors de ses affectations, un prolongement de son devoir d’assistance humanitaire.

Engagé auprès de Médecins du Monde, il accompagne Bernard Kouchner dans ses missions, notamment au Kurdistan, en Afghanistan et en mer de Chine.

Il intègre par la suite l’agence Sipa, en se montrant toujours très attentif à la vie des populations vulnérables.

Les éditions Imogène nous offrent aujourd’hui l’occasion de découvrir son regard sur le Tchad, entre atemporalité et signes de guerre.

Il y a une grande honnêteté dans son approche du monde, et des valeurs intouchées qu’incarne sa photographie.

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© José Nicolas

Comment avez-vous vécu votre enfance passée au Tchad ?

J’ai vécu une enfance plutôt heureuse, bénéficiant de tous les avantages que pouvaient avoir les expatriés et, par ma mère d’origine arabe, je m’intégrais auprès des enfants tchadiens.

Votre père militaire vous a-t-il transmis la passion de la photographie ? Comment êtes-vous venu à cet art ?

Pas du tout, il espérait que je fasse Saint Cyr. Finalement je me suis retrouvé comme sous-officier dans un régiment de parachutistes pendant 9 ans, ou je me suis éclaté. Je suis venu à la photographie, car dans nos différentes missions en Afrique puis au Liban, je voyais des reporters photographes dans des zones de conflits où il fallait du culot et du courage pour venir sur ces lieux.

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© José Nicolas

Comment s’est faite la transition entre le désert du Tibesti et le lycée le Prytanée militaire de la Flèche dans la Sarthe où vous avez fait vos études ? Quelles valeurs y avez-vous reçues et pensez-vous qu’elles sont encore au cœur de votre déontologie de photographe ?

Quand nous avons quitté le Tchad, c’était pour Madagascar puis la France. Mes parents était un couple mixte, les choses se sont compliquées, surtout pour ma mère qui était rejetée pour ses origines arabes. Mon père a décidé de me mettre dans le lycée militaire, ce qui m’a sauvé en quelques sorte. L’armée m’a formé et donné des bases solides. La photographie m’a donné la passion de la vie. Pour la déontologie de photographe, elle est vaste. Je fais ce que je crois être juste et en accord avec moi-même, sans compromission. Evidemment, ça a un prix.

La rencontre du docteur Bernard Kouchner au Liban n’a-t-elle pas été déterminante pour vous ?

Oui bien sûr, il m’a fait confiance. C’est un meneur avec du courage, ce qui répondait aux valeurs que j’avais acquises dans l’armée. Nous nous sommes bien entendus. Beaucoup de personnes parlent sans le connaître. J’ai une grande admiration pour cet homme et pour ce que j’ai vu de lui sur le terrain.

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© José Nicolas

Vous avez commencé à travailler pour l’agence Sipa en 1984. Comment résumer les années passées au sein de cette agence ?

Années de bonheur, pas toujours facile. Je n’étais pas toujours en accord avec mes camarades, mais j’ai réussi à faire mon trou. C’était un mode de vie qui me convenait, puis quand j’ai commencé à fonder une famille, je suis parti dans le sud.

Comment avez-vous été amené à travailler avec les éditions Imogène pour votre livre intitulé Tchad ?

La rencontre s’était faite avec Nathalie aux éditions la Martinière, par l’intermédiaire de Patrick Gambache. Je venais d’éditer Les French Doctors.

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© José Nicolas

Votre ouvrage couvre un empan chronologique allant de 1980 à 1997. Qu’était le Tchad durant ces années ?

Le Tchad, depuis son indépendance, subit des conflits ethniques et le mauvais partage de la colonisation. Depuis quelques années, une stabilité relative s’est installée. La France soutient ce pays pour sa base stratégique, puis historique.

Pourquoi aimez-vous tant la ville de Faya-Largeau ?

C’est le bout du monde et le temps n’a pas de prise.

Vous photographiez souvent des personnes qui vous regardent. La photographie est-elle pour vous une relation, un échange de l’ordre d’un don/contre-don ?

C’est un peuple très fier, de guerrier, on ne peut pas les photographier à la sauvette. Et puis c’est important l’échange avec des femmes et des hommes pour qui le temps n’a pas eu de prise sur leur mode de vie.

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© José Nicolas

Pour votre livre, avez-vous recadré certaines images ? Comment avez-vous opéré votre séquençage ? Après une première partie très douce, presque atemporelle, apparaissent des photographies dans un contexte de conflit armé.

Peut-être y a-t-il une seule photo recadrée. Le rythme, nous l’avons créé ensemble avec Imogène.

Y a-t-il des photographies que vous ne souhaitiez pas ou plus montrer ?

Non.

N’avez-vous photographié le Tchad qu’en noir & blanc ?

En couleur, nous avons passé en noir et blanc quelques photos.

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© José Nicolas

Avez-vous pu dialoguer avec Raymond Depardon à propos de vos images respectives de ce pays ?

J’ai rencontré une fois Raymond Depardon à une exposition en plein air et sous la neige. J’avais vu un documentaire sur lui, on sentait l’homme de la terre avec du bon sens. J’ai écouté attentivement la période tchadienne et l’affaire Claustre, il donnait un point de vue qui n’avait jamais été relaté par la presse et surtout dans le milieu militaire. D’autant plus qu’a cette époque, je faisais mes débuts de carrière dans les paras commandos et nous rêvions d’aller en découdre au Tchad contre le FROLINAT.

Comment avez-vous fait évoluer votre esthétique depuis que vous ne vous rendez plus en zone de guerre ?

Mon mode de vie a évolué, donc forcément mon regard aussi.

Dans la photo, je suis en recherche permanente.

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© José Nicolas

Retourneriez-vous aujourd’hui au Tchad si vous y étiez invité ?

En courant.

Propos recueillis par Fabien Ribery

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José Nicolas, Tchad, 1980-1997, texte de Pierre Haski, éditions Imogène, 2018

Editions Imogène

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