Afrique, une photographie plurielle, par Ekow Eshun, commissaire d’art

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Jodi Bieber, Babalwa, 2014 – Courtesy Jodi Bieber

Livre né de l’exposition Africa State of Mind, produite par New Art Exchange (Nottingham), Africa 21e siècle est un ouvrage proposant un panorama de la production photographique contemporaine africaine.

Pensé et écrit par le critique et commissaire britannique Ekow Eshun, nourri des réflexions de Felwine Sarr, Achille Mbembe, Edward Said, Frantz Fanon, Stuart Hall (liste non exhaustive), soient d’intellectuels ayant questionné les notions d’identités et de cultures, cet ouvrage se déploie en quatre parties, Villes hybrides, Zones de liberté, Mythe et mémoire, et Paysages intérieurs.

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Youssef Nabil, Autoportrait, Essaouira, 2011 – Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia, Paris, Bruxelles

Des demi-pages présentant chaque photographe, des points de vue sur les thèmes choisis, une introduction-manifeste invitant à comprendre l’Afrique dans sa dimension d’imaginaire actuel, puissance de proposition, modes de vie pouvant se décaler grandement du paradigme occidental.

Il s’agit bien évidemment de quitter définitivement le regard eurocentré, volontiers colonialiste, sur un continent multiple, et de le regarder véritablement en ses multiples visages et pratiques : « Considérés individuellement, précise Ekow Eshun, les photographes réunis n’ont pas forcément grand-chose en commun, hormis la géographie et l’histoire d’un continent. Mais en rassemblant leurs œuvres, il est possible que de se dessine une cause commune : la revendication d’une Afrique vue dans tous ses paradoxes, toutes ses promesses, son émerveillement quotidien. »

Si les Seydou Keïta (Mali), Malick Sidibé (Mali), Jean Depara (Congo belge/Zaïre), Samuel Fosso (Cameroun), sont désormais reconnus mondialement à la hauteur de leur talent, qui a eu vraiment la chance de voir les œuvres de Michael MacGarry (Afrique du Sud), Hassan Hajjaj (Maroc), Sabelo Mlangeni (Afrique du Sud), Santu Mofokeng (Afrique du Sud).

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Eric Gyamfi, Nana et Razak, 2016 – Courtesy Eric Gyamfi

Partout sur le continent, la photographie accompagne les modifications concernant l’espace urbain, les questions de genre, les possibilités d’explorer l’Histoire et l’intime.

Le lecteur d’Africa 21e siècle sera bien entendu touché différemment par les esthétiques proposées, décidera ou pas de se procurer des ouvrages ou des informations complémentaires, d’affiner la pertinence de ses choix, mais il y a ici une matière très riche, diverse, entre grands noms (Kader Attia, Guy Tillim, Pieter Hugo), et photographes bien moins diffusés.

Guillaume Bonn (Madagascar) a photographié la côte est de l’Afrique, observant à partir des bâtiments les traces menaçantes du passé colonial sur des pays cherchant à naviguer au mieux dans la mondialisation.

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Guillaume Bonn, Des gens lavent leur linge dans la piscine du Grande, ancien hôtel de luxe à Beira, au Mozambique, 2013 © Guillaume Bonn

Le Mozambique de Filipe Branquinho est un multiple où de multiples mémoires se confrontent.

Hicham Gardaf concentre son regard sur les périphéries des grandes villes, montrant le hiatus entre modernité expansive et persistance de la tradition.

Les travaux défilent, les noms, tout est passionnant.

Travail sur la matière et les archives chez Délio Jasse (Angola).

Beauté formelle chez Michael MacGarry.

Dialectique des ombres et des lumières chez Emeka Okereke (Nigeria).

Travail sur les rois et reines régionaux chez George Osodi (Nigeria).

Corps des femmes noires au-delà des stéréotypes chez Jodi Bieber (Afrique du Sud).

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Kyle Weeks, Mevetwapi Joya, région de Kunene, Namibie, 2015 – Courtesy Kyle Weeks

Amours homosexuelles observées avec une grande douceur chez Eric Gyamfi (Ghana).

Milieux queer chez Sabelo Mlangeni (Afrique du Sud).

Dénonciation des persécutions de genre chez Zanele Muholi (Afrique du Sud).

Réalité des Egungun, manifestations visibles des esprits et ancêtres, chez Leonce Raphael Agbodjélou (Bénin).

Relations entre art, prophétie et croyance chez Lina Iris Vikto (Liberia).

Portraits de la diversité culturelle de son pays chez Leila Alaoui (Maroc).

Il y a bien d’autres noms et travaux dans ce riche condensé de la photographie contemporaine africaine, il y a aussi des choix, des manques, des spécificités curatoriales, rien de plus normal, mais quel foisonnement, quelle richesse, quelles envies de se battre pour faire connaître tant d’œuvres ambitieuses s’inventant aujourd’hui, ce matin même encore, à Kinshasa, Rabat, Lagos, Maputo, Johannesburg.

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Ekow Eshun, Africa 21e siècle, Photographie contemporaine africaine, textes Ekow Eshun, Les Editions Textuel, 2020, 272 pages

Les Editions Textuel

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