De la brûlure aux chemins de paix, par Clément Marion, photographe, et Clélia Lebreton, messagère

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©Clélia Lebreton & Clément Marion

Le sublime côtoie la terreur, il est à la fois ce qui la contient, et ce qui la métamorphose en puissance positive.  

Ce terme issu du premier romantisme s’impose à moi devant les photographies de grands brûlés de Clément Marion.

Des portraits généralement en pied d’hommes et de femmes, tous très beaux, et uniques dans leur chair martyrisée.

Le traitement est celui du procédé ancien du collodion humide, qui offre à chaque modèle une seconde peau, une gangue de protection, un onguent précieux.

« Le collodion humide, explique Clément Marion en préface de son livre Brûlés, est composé entre autres de deux éléments principaux, le collodion et le nitrate d’argent. Séparément, ils sont tous deux utilisés en médecine, pour la cicatrisation. Ensemble, ces deux éléments forment une émulsion photographique sensible semblable à une fine peau étalée sur la plaque de verre. »

« Cette pellicule, poursuit-il, sèche peu à peu dès la préparation à la prise de vue, jusqu’à la fin du développement de la photographie. Elle finit par se durcir, se rétracter, parfois se craqueler, souvent changer de couleur et finalement devenir sensible à la lumière. Le parallèle entre cette texture et celle de la peau cicatrisée des grands brûlés étant évident, j’ai décidé d’utiliser le collodion humide pour traiter ce sujet. »

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©Clélia Lebreton & Clément Marion

Photographiées en studio, les personnes ayant subi l’épreuve du feu (eau brûlante, électricité, contacts lors d’accidents, produits chimiques, notamment dans les cas d’agressions) posent sans ciller : me voici tel que je suis désormais, voici mon corps, voici mon histoire.

Ecce homo.

Tous sont terriblement émouvants, terriblement beaux, par-delà et avec leur souffrance dans le moment d’acceptation et d’apaisement opéré par le regard de l’autre.

Brûlés expose un état de corps, mais surtout le résultat d’un long cheminement psychique ayant nécessité d’accepter la différence, l’autre en soi, la métamorphose de son corps.

Il y a ici des parcours extrêmes dans la souffrance, le désespoir, et la renaissance.

Chacun a dû mobiliser des forces considérables, aidé par les proches, les soignants, les amis, les aimés.

Et chacun a changé, profondément, accédant peut-être à une forme d’unité corps-esprit.

Livre de photographies, Brûlés est aussi un livre de paroles, de Clélia Lebreton qui s’interroge – très inspirée par Christophe André – sur l’acceptation de la différence, la bienveillance et la capacité de résilience, mais aussi des éprouvés eux-mêmes.

L’un : « Cet accident m’a fait grandir d’un coup à quatorze ans. Cette évolution soudaine a grandement développé mon empathie pour les autres, j’ai aujourd’hui beaucoup plus de facilité à comprendre leurs problèmes. »

Le négatif peut basculer en positif, le trauma est une étape, la joie est possible – de l’ordre d’une trouée dans le mal et les impasses, ou résultant d’un travail sur soi, d’une ascèse.

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©Clément Marion

Un autre : « Cet événement a été un magnifique cadeau, celui de réaliser concrètement que je détiens une influence immense sur mon mental et mon corps grâce à un esprit positif. »

Il a fallu des mois pour que la peau revienne, pour que les greffes prennent, il a fallu des jours et des nuits de vertige.

« La Brûlure m’a apporté bien plus qu’elle ne m’a enlevé. J’ai appris à écouter ce corps marqué de cicatrices, qui me prouve chaque jour l’existence de cette force intérieure insoupçonnée. J’ai compris aujourd’hui l’amour et la bienveillance dont je dois faire preuve envers mon corps, mon cœur et mon esprit. »

Le parchemin humain est mystérieux, strié de marques profondes, mais les êtres nus que photographie Clément Marion sont avant tout intimidants parce qu’ils disent tous la possibilité de l’amour physique le plus beau, et qu’ils fascinent, hommes et femmes, comme des déités.

Une parole du poète persan Hafez résume excellemment la poétique de Brûlés : « J’aimerais pouvoir vous montrer quand vous êtes seul ou dans l’obscurité, l’étonnante lumière de votre être. »

Eckhart Tolle ne dirait pas mieux.

Première de Couv

Clément Marion, Brûlés, textes Clélia Lebreton, autopublication, 2021

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Clément Marion – site

Commander Brûlés

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  1. Matatoune dit :

    Difficile mais quel courage. Merci pour cette présentation

    J'aime

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