Oostende, cosa mentale, par Yvon Lambert, photographe

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©Yvon Lambert

Exposée en 2020 à la box galerie à Bruxelles, la série ostendaise du Luxembourgeois Yvon Lambert fait aujourd’hui l’objet d’un livre chez ARP2 Publishing sobrement intitulé Conversations du bord de mer – Oostende.

Cité balnéaire autrefois assez chic, Ostende est aujourd’hui un rêve de gloire.

La mer du Nord les jours de beau temps est toujours aussi durassienne, et, côté peuple, on est ici davantage à Trouville qu’à Deauville, en tout cas dans une ville où l’on ne craint pas de faire la fête et d’envoyer dinguer au son des chopes de bière la glu de l’ennui et la mélancolie tenace.  

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©Yvon Lambert

Pour aborder le territoire de James Ensor et de Léon Spilliaert, Yvon Lambert a choisi d’arriver par la mer, par la vague, par l’écume.

Le premier panneau du polyptique est une marine – trois quarts de ciel, un quart d’eau.

Un homme est né, il porte un maillot de bain, seul au monde dans le bleu.

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©Yvon Lambert

Comme à Calais, mais de moins en moins (les édiles veulent de la propreté), des cabanes de plage sont posées sur le sable, habitacles modestes pour des vacances en format XXL.

On entre dans la ville par un bac à fleurs, où les oyats ont un air renfrogné, bouffons d’une comédie de Shakespeare encore à écrire.

Au large, les pilotines vont et viennent, il y a un goût de sel dans la chambre de l’hôtel fatigué.

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©Yvon Lambert

Yvon Lambert n’est pas Martin Parr, moins caustique, plus solitaire peut-être, et fraternel, mais avec le souci de la juste distance.

Des girls sautent dans l’eau comme chez Busby Berkeley, alors que, page suivante, une corneille bâille : « Nevermore, nevermore, nevermore. »

On cherche le soleil, on cherche la Belgique, on s’endort sur un transat.

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©Yvon Lambert

On est un coquillage exotique dans une nature morte en vente chez un antiquaire.

Les lieux sont porteurs d’une surréalité discrète, la mâchoire effrayante de quelque créature marine, une épuisette en forme de mégaphone où épuiser sa voix, une fresque gigantesque sur un immeuble de pierre.

Oostende est construit par échos, répons, variations formelles, décalages de touches.

Un rouge ici, un autre là ; un néon là, un autre ici ; une palissade effondrée, le squelette d’un ruminant sauvage ; un cheval de fer couché, un tableau montrant des jockeys.

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©Yvon Lambert

Quelquefois les images se superposent, comme dans un rêve où un lion de neige s’apprête à bondir sur un couple d’amoureux.

Les visions ostendaises d’Yvon Lambert animent des mannequins de magasins, des silhouettes de carnaval, des belles grimées comme dans un show à l’américaine.

Les années 1960 ont toujours la fureur de vivre dans l’éternel retour du même.

Le café est un art de vivre, comme de savoir ne rien faire.

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©Yvon Lambert

Dans le cadre viscontien d’un artiste ayant déjà beaucoup voyagé (Roumanie, Cuba, Laos, Vietnam, Naples, Japon), une mère en noir marchant vers nous, et bientôt hors cadre, tient par l’épaule une petite fille toute blanche, alors que des joggeuses – panneau de gauche – courent obstinément vers le passé.

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Yvon Lambert, Conversations du bord de mer – Oostende, textes Romain Lambert, postface Alain d’Hooghe, ARP2 Publishing, 2021, 96 pages – 400 exemplaires

Yvon Lambert – box galerie

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©Yvon Lambert

ARP2 Publishing

Se procurer Ostende chez Paon diffusion

Les photographies d’Yvon Lambert sont distribuées par l’agence VU’

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