Japon, terra incognita, par Bruce Gilden, photographe

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© Bruce Gilden / Magnum Photos

Pays de profonde délicatesse et d’harmonie, le Japon, tel qu’a cherché à le rencontrer Bruce Gilden entre 1995 et 2000, généralement très tôt le matin, est aussi celui, bien moins visible et représenté, de la violence des yakuzas, de la marginalité des exclus de la société, des paumés de toutes sortes.

A sa façon puissante, directe, proche des corps et des visages, le photographe entré à l’agence Magnum en 1998 est allé au-delà des apparences, ce dont témoigne un ouvrage colligeant notamment une trentaine d’images inédites, Cherry Blossom, publié par Atelier EXB.

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© Bruce Gilden / Magnum Photos

Travaillant dans le quartier réputé dangereux de Sanya, au nord-est de la ville de Tokyo, Bruce Gilden a découvert un monde méconnu, peu documenté, composé de misérables et de journaliers cherchant à se faire embaucher par la pègre.

« Les yakuzas, se rappelle le photographe américain bénéficiaire de la Villa Médicis hors les murs, forment une société très hiérarchisée et le parfait exemple en est la photo du subalterne qui allume la cigarette de son chef. C’était dans un café de Ginza où j’ai vu un des gars du groupe se précipiter avec son briquet. Une scène de rêve ! Je leur ai demandé s’ils pouvaient le refaire. Ils l’ont refait, j’ai remercié et voilà ! »

Rencontrant également des membres des gangs de motards adolescents (bosozuku) plutôt brutaux, Gilden a trouvé dans ce Japon invisibilisé un univers à sa mesure, excessif, décalé, sans concession. 

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© Bruce Gilden / Magnum Photos

Un homme jette la main dans la poche intérieure de sa veste, veut-il offrir une cigarette ou sortir une lame ?

Les yeux défient l’Occidental au Leica en des images qui pourraient être issues d’un film noir de Stanley Kubrick.

Des alcooliques à même le sol, des gueules cassées, et des gangsters impeccablement vêtus.

Un corbeau croasse, les yeux cavés comme un pendu de chez Villon.

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© Bruce Gilden / Magnum Photos

Des fleurs de cerisier, de l’imagerie traditionnelle, des sourires ? Non, des trognes austères, des déglingués, des regards inquiets.

Une vieille travestie prostituée, une mamie en blouson de cuir tirant sur sa clope, un boss prêt à dégommer le curieux en maraude.  

Bien sûr, beaucoup se la jouent, la fiction est une énergétique, mais les traces de sang, les lèvres tuméfiées, les doigts coupés, eux, sont bien réels.

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© Bruce Gilden / Magnum Photos

L’extrême droite parade, les nationalistes fourbissent leurs armes, imprimant de leur éclat sombre la pellicule du photographe né en 1946 à Brooklyn, New York City.

La rue clame sa vérité, la rue est intoxiquée, la rue est un enfer dirigé par des minables au front bas.

Gilden cadre serré, au corps-à-corps, sa photographie cogne, provoque, dérange comme une balafre au-dessus des sourcils.

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© Bruce Gilden / Magnum Photos

Le noir & blanc dit le jazz des visages aux bouches édentées dans une photographie titubant au moins autant que ses sujets.

Bruce Gilden photographie l’ivresse, la peur, la déchéance, la gloriole.

Ses Japonais sont les héros d’un opéra des gueux, abandonnés ou tenus par la main de fer des maîtres du crime ne connaissant pas la pitié.

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Bruce Gilden, Cherry Blossom, textes Bruce Gilden & Sophie Darmaillacq-Gilden, édition Jordan Alves, design graphique François Dézafit, Atelier EXB, 2021, 144 pages

Atelier EXB – Cherry Blossom

Bruce Gilden – site personnel

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