Afrique de l’Ouest, champ magnétique, par Théo Renaut, photographe

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©Théo Renaut

Il est bon de ne rien connaître, et d’arriver vierge – ou presque – devant une œuvre artistique.

En découvrant le deuxième livre-objet publié par les éditions La fabrique du signe (cahiers cousus, papiers de choix, reliure à la bodonienne, couverture à rabat enveloppant, qualité de la maquette), Zone sensible, de Théo Renaut, ses dessins, ses portraits, ses scènes de rue, ses expérimentations graphiques, son contexte africain, je suis immédiatement frappé par la qualité et la cohérence de ce que je vois, sans savoir d’abord en identifier nettement le propos.

Nous sommes en Afrique de l’Ouest, sûrement du côté du Pays des Hommes intègres (Burkina Faso), autrement dit dans un ailleurs déroutant pour qui n’en connaît pas les codes, dans un autre système d’organisation humaine, voire métaphysique, dans les parages du tout-autre, mais aussi de la fraternité des visages des frères et sœurs de la planète.  

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©Théo Renaut

On ne peut pas tout comprendre, tout déceler des interactions et des situations observées, mais l’on peut accepter de se laisser transformer, de basculer, de perdre nos repères. 

On part souvent pour se fuir, mais il arrive que, par le hasard des routes et des rencontres, s’opère un dessaisissement, une renaissance peut-être.

Des villages de tentes, des enfants, une terre sèche.

De jeunes garçons la nuit, rieurs, amicaux, guerriers bandits et joueurs des ténèbres et de la naissance des désirs.  

La Volta – nom générique – est paisible, on dirait un marigot.

Intelligence de petits yeux nombreux brillant sous la tente.

Des nattes, des voiles, des pailles.

Jattes, bassines, tongs dans la poussière.

Des femmes droites, quelques arbres survivants, une école.

Une théorie de boubous, des traits graves.

Un masque sur un mur en parpaing.

Des tôles, des travailleurs de force faisant du terrassement, un soleil de plomb.

Des animaux, des nuages mauves, une impression de dernière accalmie avant une ultime tempête.

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©Théo Renaut

Sachant avec beaucoup de maîtrise faire ressentir les liens unissant êtres humains, ciels, environnements naturels et territoires habités, Théo Renaut rend compte d’une réalité à la fois brute et complexe, belle et inquiétante, indocile et très organisée.

Des personnages sont isolés dans le cadre de vision, et, même s’ils sont regroupés, l’impression est celle d’un rassemblement de solitudes dans la difficulté existentielle.

Un drame se joue, qui est celui de toujours, celui de la hauteur de la flamme intime, qu’anime ou éteint la société, maintenant en vie.

Vers la fin de Zone sensible, livre électro-aimanté par l’Afrique en son pouvoir d’étrangement, il y a un nuage, flottant seul dans le gris.

Ce petit être est merveilleux, c’est une âme, un moment de transmigration.

Tout va bien, nous sommes sauvés.

« Oublier l’ego, écrit avec justesse Théo Renaut, pour se concentrer sur l’égal, / c’est tout l’intérêt de la mise / en lumière d’inconnus. »

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Théo Renaut, Zone sensible, direction artistique, iconographie, design Evelyne Coillot, La fabrique du signe, 2022, 128 pages – 200 exemplaires numérotés et signés

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©Théo Renaut

La fabrique du signe – site

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