Mesure et imagination, une invention biographique, par Martin Estol, photographe

©Martin Estol 

Leve, de Martin Estol, est un livre dont la matière, composite, est très belle.

La fiction y rejoint la réalité pour inventer la figure d’un père à partir de documents familiaux, mais aussi d’un jeu avec la vraisemblance et l’expérimentation.

Cet ouvrage en équilibre fragile mêle les registres et les époques, les présences et les matières, les textes rédigés par l’auteur et les archives provenant de sources externes.

©Martin Estol 

Le protagoniste de ce livre apparaît dans l’ombre, fumant tranquillement en regardant derrière ses lunettes noires l’espion qui le surveille peut-être pour quelque organisme de police secrète – apelle-t-on cela la famille ?

L’homme disparaît, notre vie est un rêve, nous ne faisons que la traverser avec plus ou moins de densité.

Un arbre pousse entre deux falaises, métaphore de notre humanité.

Pourquoi les enfants ont-ils tant besoin d’exercer leur corps, de se pendre aux branches, de se bagarrer ? Parce que le corps est pensée, et qu’il faut le frotter au tout-autre pour que des étincelles se produisent.

©Martin Estol 

On souffle des bougies, puis plus, la mer continuant à se fracasser sur les rochers de la mélancolie.

Papa, apprends-moi à nager.

Papa, continue à me porter sur tes épaules.

Papa, ne disparais pas tout de suite s’il te plaît, j’ai besoin de toi.

L’oiseau en cage se libère, par la joie, par le savoir, par l’imaginaire.

Mais où peut donc mener cette cavité apparue entre les blocs de lave ?

A quoi rêvent les éléphants dans les jardins zoologiques ?

©Martin Estol 

J’aurais aimé me marier avec toi, ce sera peut-être sur la lune, dans dix mille ans, ou demain sur une barque traversant les flots déchaînés pour rejoindre enfin la côte bretonne.

Leve orchestre la grande symphonie de l’air, de la terre et de l’eau, de la couleur et du noir & blanc, du passé et de la contemporanéité.

Le fils saute, le père vérifie le bon fonctionnement de son automobile, nous répétons parfois des gestes qui ne nous appartiennent pas vraiment.

On se checke, on se boxe, on s’endort, et l’on a soudain soixante-dix ans.

©Martin Estol 

Pourquoi les cartes postales anciennes sont-elles si belles ?

Peut-être parce que les paysages, même les plus convenus, ne paraissaient pas alors complètement maléficiés.

On aime la mesure, on devient ingénieur des ponts-et-chaussées, ou chirurgien, ou poète, ou photographe, ou horloger.

Je chute devant le fil à plomb, je renais, je suis un footballeur, une île de l’Atlantique, une paire de lunettes cassées.

C’est cela Leve, non ?

Martin Estol, Leve, edicion grafica Fosi Vegue, Martin Estol, diseno Jaime Narvaez, Dalpine / Fiebre Photobook, 2022

http://www.martinestol.com.ar/

©Martin Estol 

http://www.martinestol.com.ar/leve.php

©Martin Estol 

https://www.dalpine.com/products/leve-martin-estol

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