De l’ethno-photographie postcoloniale, art de déconstruction, par Sergio Valenzuela Escobedo, chercheur, artiste visuel

©Sergio Valenzuela Escobedo

Les éditions Palais Books (Yann Linsart et Delphine Manjard, Arles) produisent des livres de grande intelligence – tous présentés dans L’Intervalle – questionnant le voir, les capacités/nécessités du médium photographique et la notion d’archive.

Mänkáčen, leur quatrième opus se présentant sous forme de leporello (d’un côté une mosaïque d’images, de l’autre des textes), est un projet de Sergio Valenzuela Escobedo, artiste chercheur d’origine chilienne, enseignant notamment à l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles, et commissaire indépendant (on se souvient peut-être de ses expositions sur les Mapuche).

Livre issu de sa thèse menée en ethno-photographie, mêlant archives et photographies contemporaines, Mänkáčen, qui se déplie en une frise de cinq mètres de long, interroge le regard occidental sur les peuples premiers vivant en Terre de Feu à partir des images prises par les colons venus pour deux missions en 1840 – le premier appareil photo débarque en Amérique du Sud mais le bateau coule au retour -, et 1882.

©Sergio Valenzuela Escobedo

Il s’agit également de questionner la façon dont les autochtones ont pu recevoir cet appareil de vision, entre mysticisme et superstition.

Mais qu’y a-t-il dont dans cet objet étrange pour être capable ainsi de capturer les formes du visible ? Une âme ? un dieu ?

La recherche se situe ici du côté des études postcoloniales appliquées aux appareils de représentation/domination.

 Le vent pousse les nefs des conquérants, les instruments de navigation font leur office, l’équipage débarquera bientôt.

Sergio Valenzuela Escobedo construit ses pages en associant des documents de diverses natures venant d’e fonds multiples, des photographies de Maxime Du Camp en Egypte, un objet assyrien issu de fouilles ayant eu lieu en 1845, des lentilles de l’Observatoire de Haute-Provence, des articles de journaux, des daguerréotypes, des cartes diverses.

©Sergio Valenzuela Escobedo

Ponctuant ces mosaïques d’images, un appareil photo est régulièrement montré, en entier ou dans ses différentes composantes, jusqu’à être complètement désossé.

Mais l’appareil ne fonctionne que dans son intégrité physique, toutes les pièces doivent être bien ajustées, comme les images sur les planches que compose le chercheur.

On fouille, on collecte, on prélève, on vole.

Qui est l’autre capturé par l’objectif du Blanc ?  

©Sergio Valenzuela Escobedo

Il serait passionnant d’écouter Sergio Valenzuela Escobedo présenter chacune de ses photographies et chacun de ses polyptiques, d’ouvrir avec lui ses carnets d’exploration et de découvertes, d’entrer dans le mystère de son laboratoire.  

Dans le texte accompagnant ce livre graphiquement très réussi, Justo Pastor Mellado se questionne : « Regarder avec un voile sur la tête affirme l’exitence d’une boîte noire qui ensevelit la tête de celui qui regarde à travers. Pourquoi faudrait-il « cacher » l’acte de voir ? Y a-t-il une « tournure » de l’esprit ? La manœuvre du photographe ne doit-elle pas être visible ? »

Les reliques rassemblées sont aujourd’hui les pièces d’un livre de montage et de pensée.

Sergio Valenzuela Escobedo, Mänkáčen, texte (espagnol/français/anglais) Justo Pastor Mellado, graphisme Yann Linsart, Palais Books, 2022 – leporello en vingt volets, quarante pages – 400 exemplaires

https://palaisbooks.fr/Mank-acen

©Sergio Valenzuela Escobedo

http://www.valenzuelaescobedo.com/

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