Eixample, un enfermement mental, par Salvi Danés, photographe

©Salvi Danés

La prison est un espace physique, bien entendu, mais c’est aussi un espace mental, celui que nous a imposé la vie, la famille, les échecs.

Avec son livre publié avec beaucoup d’attention par les éditions madrilènes Dalpine, A les 8 al Bar Eusebi – couleur rouille, images pleines pages attachées par deux rouleaux spiralés, couverture souple -, Salvi Danés a créé, dans une atmosphère de film noir, une continuité de sensation entre la prison récemment fermée La Modela et le Bar Eusebi adjacent, situés dans le quartier de l’Eixample de Barcelone.

On est loin ici des hordes touristiques envahissant la capitale catalane, mais dans un lieu secret, terrible, presque protégé du ravalement publicitaire général par son hostilité.

©Salvi Danés

Obscurité, fils de fer barbelés, clients au visage austère.

Salvi Danés travaille par diffractions, décompositions, montage, jusqu’au vertige.

Il n’y a presque pas de texte, tout est mystérieux, inhospitalier, marqué par la solitude et la relégation.

Instruments de surveillance, mutisme, ténèbres.

L’auteur sculpte ses visions, procède par réitérations, scrutation de détails, le regard se heurtant aux divers grilles, grillages et portes closes de la prison.

©Salvi Danés

Un peu de chair contre beaucoup de fer, le combat est inégal.

Silence, ruminations, miradors.

Chute de pierres, chute de Dieu, chute des cheveux.

Barcelone s’effrite, s’effondre, disparaît.

Pleurs contenus.

©Salvi Danés

Vivre, quel intérêt ?

Au mur, il y a un téléphone fixe. Qui aurait l’audace d’en attendre de bonnes nouvelles ?

L’image se fragmente, devient mosaïque, lambeaux d’un esprit inquiet.

Quelqu’un revêt des gants en cuir, c’est peut-être le bourreau, ou le tueur qui nous délivrera de nous-même.

Mocassins à pompons et feuilles mortes.

©Salvi Danés

L’ambiance est à la surveillance, à l’alcool fort, à l’interminable mouroir.

Enfermait-on ici des prisonniers politiques ?

Il y a des espions dans les rues, on ne sait rien, on devient fou.

Bouches d’aérations, pylônes, chiffres, cour couverte d’une résille.

Bagues en or, conciliabules, lumière filtrée.

©Salvi Danés

A les 8 al Bar Eusebi transmet son calme et ses angoisses froides, ses gestes secrets et ses rites pour initiés.

Serait-ce cela l’antichambre de l’enfer ?

Un ennui sans fin.

Une laideur.

Une exécution lente.

Salvi Danés, A les 8 al Bar Eusebi, design Gerard Joan, Marti Gasull, Salvi Danés, Dalpine, 2020, 114 pages

https://salvidanes.com/home

©Salvi Danés

https://salvidanes.com/a-les-8-al-bar-eusebi

https://www.dalpine.com/products/a-les-8-al-bar-eusebi

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