C’est ainsi que les hommes vivent, par Fabien Dupoux, photographe

Un mineur charge un bloc de charbon sur sa tête, carrières de Jharia, Inde 2015 ©Fabien Dupoux

« Où que j’aille, les scènes semblent identiques, atemporelles, révoltantes. Je n’ai jamais cherché à être là, j’avais besoin d’être là. » (Fabien Dupoux)

On ne parle plus, ou peu, de lutte des classes.

La mondialisation semble n’être que flux, purs échanges, liquidité.

Pourtant, les travailleurs peinent, se lèvent tôt, font des cadences infernales, s’usent le corps et l’esprit.

Un travailleur dans une carrière de granites fait levier avec un pied-de-biche pour faire tomber un rocher, Inde 2015 ©Fabien Dupoux

Les damnés de la terre n’ont pas disparu, ce que nous montre avec force Fabien Dupoux avec Les Oubliés, publié par Arnaud Bizalion Editeur.

Pendant une quinzaine d’années, de la Bolivie aux Philippines, du Mexique à l’Inde, du Pérou à l’Indonésie, le photographe est allé à la rencontre de ces invisibles, documentant leur quotidien, leurs lieux de travail, la réalité des conditions de leur survie économique.

Nous sommes dans des mines de charbon, dans une fonderie d’acier, dans des chantiers de réparation, destruction et construction navales, dans une décharge publique de plastique, dans une mine de soufre, dans une mine d’argent et de zinc, avec des pêcheurs au calmar.

Presque partout, une atmosphère d’intense pénibilité, de pollution, d’inhumanité.

Un ouvrier sur la carcasse d’un bateau de l’aire de démolition de navire d’Alang, Inde 2015 ©Fabien Dupoux

Il ne s’agit pas de s’apitoyer mais de montrer ce qui est, la dignité des travailleurs et la dureté de leur labeur.

Les images sont produites dans un noir et blanc contrasté, ou dans des nuances de gris très fines.

Sisyphe est aujourd’hui un ouvrier indien cassant des blocs de pierre, et se tuant à la tâche.

Dialogues muets, et bris de paroles.  

« A force de taper sur le burin, on peut le casser. Quand ça casse, ce sont des bouts d’acier qui partent comme des balles qui viennent se loger sous la peau. Ce qui est dangereux, c’est de prendre le projectile dans les parties génitales. »

Un travailleur contemple la montagne de métal qui va être exportée depuis les philippines jusqu’en chine, en Malaisie et à Singapour. Philippines 2017 ©Fabien Dupoux

Qu’est-ce qu’un prolétaire, selon la pensée marxiste ? Un individu réduit à sa seule force de travail, et de reproduction (faire naître des prolétaires).

En Inde, à Jharia, on exploite le charbon, et les humains : « A l’arrivée à Jharia, au milieu d’une mine de charbon, le choc visuel et culturel est immense : des familles entières creusent la terre à mains nues pour remplir de gros paniers en osier. »

La dureté des conditions de travail est difficilement imaginable, et pourtant les saris sont beaux.

Les travailleurs de l’acier vivent également dans des situations dantesques, les images sont très noires, la chair des ouvriers est brûlée.

Photo d’une photo du chantier de démolition navale d’Alang en Inde en 2015 superposée à la réparation d’un navire de croisière sur le port autonome de Marseille en 2017 ©Fabien Dupoux

En Indonésie, les pelleteuses remuent la terre et font émerger des montagnes de plastiques.

Odeurs méphitiques, présence de charognards, violence.

Dans son texte placé en postface, intitulé Une autre mondialisation est-elle possible ? Léo Charles, docteur en économie, maître de conférences à l’université de Rennes 2, rappelle ce jugement très fort du Britannique Keynes écrit en 1931 : « Le capitalisme international et néanmoins individualiste, décadent mais dominant depuis la fin de la guerre, n’est pas une réussite. Il n’est ni intelligent, ni beau, ni juste, ni vertueux, et il ne tient pas ses promesses. En bref, nous ne l’aimons pas et nous commençons à la mépriser. » 

Fabien Dupoux, Les Oubliés, textes (français/anglais) Fabien Dupoux, Jean-Christian Fleury, Léo Charles, graphisme et maquette Pierre-Marie Gély, Arnaud Bizalion Editeur, 2023

https://www.fabiendupoux.com/

Un pêcheur se pince la peau, il est en état de manque de méthamphétamine, Santa Rosalia, Mexico, 2014 ©Fabien Dupoux

https://www.arnaudbizalion.fr/accueil/156-les-oublies-fabien-dupoux.html

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s