
©Christine Lefebvre
« Dans ce monde que je ne comprends pas, à la lumière fragile de l’aube, faire des images qui fuient le vacarme et la tyrannie des gigas, tenter de rendre compte de la dimension sacrée de la Terre, en célébrer la force et les mystères. » (Christine Lefebvre)
Chroniques de l’oiseau perdu pourrait être un conte aztèque, ou une œuvre inédite de Gabriel Garcia Marquez, mais c’est un ouvrage de Christine Lefebvre publié par Filigranes Editions.
Livre de grand format dont les images sont de taille modeste, comme des visions fugitives ou traces de pattes posées sur le sable, cet opus est un hymne aux oiseaux, à la liberté, à la grâce.

©Christine Lefebvre
Uniques, associées en diptyques ou triptyques, les photographies de Christine Lefebvre, dont on sait depuis L’Entre temps (2017) l’attachement aux signes discrets, aux paysages d’épure, et au silence, expriment avec puissance et légèreté la sensation poétique de l’existence.
Il y a beaucoup de blanc dans Chroniques de l’oiseau perdu parce qu’il faut beaucoup de ciel pour vivre en liberté lorsque l’on est oiseau, et que ce que l’on ne dit pas est plus important que ce que l’on cherche à déclarer.
De dimension politique, parce que se situant bien loin des veuleries, vilénies et vilains suffrages, les images de l’artiste belge volent selon – le mot est de Rimbaud.

©Christine Lefebvre
Chroniques de l’oiseau perdu est donc un manifeste, sans tonitruance, envers la possibilité de vivre au Paradis ici et maintenant, en ces territoires, extérieurs autant qu’intimes, où le social et ses maléfices n’ont pas de prise.
On écrit, on photographie, on compose de la musique, on danse, pour atteindre, dans l’épreuve de l’art, ce point indemne en nous qui est notre fondation, notre irréductible présence, notre souffle de vie premier.
A quoi bon créer si ce n’est pour sauver son âme et la sentir vibrer à l’unisson du grand Tout, ce panérotisme originel si bien décrit par Platon ?

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La fée Mélusine protège le livre de Christine Lefebvre, soient toutes les forces de la Nature rassemblées en une femme anguipède, symbole de l’Alma Mater primitive, dont la chambre noire où naissent les images est peut-être l’un des premiers – ou ultimes – lieux d’apparitions
Il y a dans ces Chroniques une parenté de regard avec celui du grand Masao Yamamoto, une même respiration, une même délicatesse.
Des taillis énigmatiques, une impression de matin du monde, des nuées et des montagnes.

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L’œil navigue entre les photographies flottant sur la page comme les îlots préservés d’un archipel enchanté.
Un enfant se tient en position fœtale, qui était peut-être autrefois corbeau, arbre étique, ou roche oblongue.
L’espace est calligraphié, l’appareil photographique est instrument de magie, c’est aussi un conservatoire du beau.
Des seins de glace, des corps qui se frôlent, une effervescence.
Tout est ténu et terriblement présent, aigu et profondément accueillant.
Des cataractes, des échassiers, des végétaux ou des fumées ayant la forme d’hippocampes.

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Il faut retenir un peu son souffle, partir en apnée dans quelques abysses encore inconnus des plongeurs professionnels, y découvrir peut-être l’origine de notre désir.
Nous sommes égarés, nous souffrons de fièvre obsidionale, tout nous blesse, mais voici qu’une ballerine en tutu esquissant quelques pointes, piquant le sol tel un ibis égyptien, nous ôte en un instant toutes nos peines.

Christine Lefebvre, Chroniques de l’oiseau perdu, textes de Marguerite Pilven et Christine Lefebvre, mise en page Collin Hotermans et Christine Lefebvre, coordination éditoriale Patrick Le Bescont, Filigranes Editions, 2023 – 600 exemplaires
http://www.christinelefebvre.be/

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https://www.filigranes.com/livre/chroniques-de-loiseau-perdu/
Exposition à L’Atelier de l’Oeil vert (Paris) – vernissage 23 septembre 2023
Signature du livre à la librairie La Comète (Paris) le 20 septembre 2023, 19h