Poétique du dorveille, par Francesco Merlini, photographe

©Francesco Merlini

Better in the dark than his rider, de l’artiste milanais Francesco Merlini, est composé de scènes nocturnes.

Ce sont des images apparaissant entre le rêve et la réalité, en cette zone hypnagogique où la conscience peut encore diriger les songes.

On pense à des dépôts fantasmatiques, à des concrétions psychiques dérivantes.

Le cheval, dit-on, voit mieux la nuit que son cavalier.

©Francesco Merlini

Faisons donc confiance, pour voyager dans le royaume des ombres en surface, à la puissance de nos sens ésotériques et de nos instincts animaux.

Better in the dark than his rider est un chaudron alchimique où se fabriquent des images mentales possédant une présence troublante.

Ce sont des blocs de signification énigmatique, comme les colonnes d’un temple invisible.

On devine des structures, une rythmologie architecturale, des édifices plantés dans l’espace comme des entités autonomes.

©Francesco Merlini

Sur fond noir, ou encadrées de nuances de noirs, de bleus, de verts, de blancs, de bordeaux, les photographies de Francesco Merlini témoignent d’un imaginaire dystopique.

Les oiseaux saisis en plein vol rejoignent-ils quelque destination habituelle, ou fuient-ils les territoires irrespirables d’une planète malade ?

On voit des ruines, des grillages, et le mystère d’un petit parallélépipède vertical se dressant dans une neige éclairée par un rai de lumière.

©Francesco Merlini

Les cactus eux-mêmes semblent se désespérer et perdre leur vitalité.

Un homme isolé en pardessus s’avance sur le bord d’un lac bleuté : un bateau est amarré au loin, qu’il ne prendra probablement pas, ou plus. 

La forêt semble s’enflammer, une voiture patine sur la glace.

Pourtant, les aubes ne sont pas, comme l’écrit Arthur Rimbaud dans Une saison en enfer, « navrantes », mais somptueuses, résurrectionnelles, trompeuses peut-être.  

©Francesco Merlini

Epanouissement de fleurs – vénéneuses ?

Œil grand ouvert – sur le vide ?

Une cuve de méthane dialogue avec un antenne parabolique géante, un cosmonaute pleure des larmes d’androïde, nous ne sommes pas vraiment de ce monde.

Dans un club de strip-tease, une belle en justaucorps résille déchiré au niveau des fesses rampe devant le public.

Il y a de l’électricité dans l’air, et, page suivante, les couleurs fabuleuses des flamants roses au bec orange ou fushia.

A l’instant de la mort, ou du réveil, les images défilent.

La vie est cinématique, cinématographique, démente.

©Francesco Merlini

On ne sait pas où l’on va, mais Better in the dark than his rider le sait sûrement.

Il faut laisser béants nos canaux perceptifs, devenir ligne et point et aplats de couleur et ciels d’Apocalypse et oreilles douces d’un âne mélancolique.

Les yeux sont des filets attrapant des poissons de poussière, nous passons, nous sommes passés, le passé n’existe pas.

En dernière instance, nous serons jugés par un singe au museau bleu.

Francesco Merlini, Better in the dark than his rider, texte Luca Reffo, Départ Pour l’Image, 2023 – 1000 exemplaires

https://www.francescomerlini.com/

©Francesco Merlini

https://departpourlimage.com/Francesco-Merlini-Better-in-the-Night-Than-His-Rider

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de Girouard Girouard dit :

    merveille — encore ! merci de vos superbes choix — généreux — qui offrent de telles perspectives… quel travail de recherche pour le plaisir de la découverte ! cordialement mg

    Envoyé de mon iPhone

    >

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