
©Octopus
Sorti au Royaume-Uni le 6 juin 1983, Octopussy est un fameux James Bond, où l’agent OO7 joué par Roger Moore rencontre pour la deuxième fois la capiteuse Maud Adams.
A leur façon, les agents du livre Octopus, publié en Belgique par les éditions du Mulet, s’ébattent dans un territoire aussi fascinant qu’insaisissable, Naples, première capitale de l’Italie.
Ils sont huit, comme les huit tentacules de la pieuvre, dont les ventouses sont autant d’appareils photographiques braqués sur la cité parthénopéenne.

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Sept hommes, Pasquale Autiero, Gil Barez, Vincen Beeckman, Stéphane Charpentier, Manu Jougla, Mathieu Van Assche, Simon Vansteenwinckel , et une femme, Marie Sordat, affrontant à elle seule le monstre patriarcal, santa madona.
La pieuvre, comme les ramifications de la mafia, comme une seule grosse tête de forme globulaire à la substance translucide posée sur la ville populaire.
Mais que voit-on en six jours, et trois-cent-quarante-cinq photographies ?

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A Naples, le sacré n’est pas un folklore, c’est le secret même de chaque chose, la persistance de la vie défiant la mort toute proche, symbolisée par le Vésuve.
On n’attrape pas Naples, dont on peut simplement saisir le flux, l’énergie, le caractère aussi accueillant qu’indomptable ou rétif.
Publiées sans légende ni nom de leur auteur, les images d’Octopus rendent compte d’une effervescence spéciale dans une ville où Maradona est considéré comme un Dieu, presque tout autant que le mendiant du coin.

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Toto embrasse Sophia Lauren contre un mur de Spaccanapoli sous la bénédiction du Christ de miséricorde, c’est merveilleux.
Murs lépreux, odeur d’essence des scooters lancés à pleins tubes, pluie noire.
Impression de chaos, ferveur des tifosi, ragazzi e banditi.

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Dans la mosaïque des images assemblées cut – mais aussi par associations formelles/thématiques -, la ville glorieuse offre le spectacle de ses guenilles et de ses scènes improvisées.
Un autel de rue, un chien en laisse, un trans aux lèvres pulpeuses.
Des palais abîmés, des photographies accidentées, de l’hyperréalisme, du sommeil.

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Tout est unique, et tout est dans tout, Octopus, comme la ville qu’il célèbre, est un organisme vivant.
Des ouvriers, des habitants en leurs masures, une âpre séduction.
La plupart des photographies sont en noir et blanc, comme un ciel d’orage, comme un film de gangsters, comme le passé intemporel.
Naples prie, castagne, se drogue.
Avis de décès, banquets de macadam, vies qui échappent.
Naples n’est pas encore engloutie par le spectaculaire intégré tel que diagnostiqué par Guy Debord, qui choisit quelques temps sa pendante méditerranéenne, Séville, pour y vivre anonymement.

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Dogues, tatouages, jeux de cartes, extases.
Enfants en liesse, mecs en bande, linge qui sèche, pourriture.
On ne se baigne pas à Naples la chaude, où les bords de mer sont privatisés.
Mais l’on peut sauter à ses risques et périls des rochers qui forment une digue gigantesque.
Culte des morts, clandestinité, promiscuité.
Octopus a rencontré un peuple en ayant quelquefois assez d’être représenté, photographié, chosifié.
Le tourisme fond sur la ville où le sang de Janvier se liquéfie encore régulièrement.

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On regarde Octopus, puis l’on oublie tout.
On laisse les amoureux s’embrasser, les corps s’éteindre en criant, et les sales gosses nous défier avec leur visage d’anges déchus.

Octopus, photographies Pasquale Autiero, Gil Barez, Vincen Beeckman, Stéphane Charpentier, Manu Jougla, Marie Sordat, Mathieu Van Assche, Simon Vansteenwinckel, texte Marie Sordat, translation Clara Vansteenwinckel, graphic design Studio Dirk, Editions Le Mulet, 2025 – 500 exemplaires

https://www.lemulet.com/edition/octopus/

https://gilbarez.wixsite.com/gilbarez


https://www.mathieuvanassche.com/

https://www.instagram.com/tombouctoumanu/?hl=fr
https://www.simonvansteenwinckel.com/

https://stephane-charpentier.com/
https://www.vincenbeeckman.com/

Je ne sais si ce pool de photographe à beaucoup lu sur Naples, ou à beaucoup fréquentés des Napolitains. Mais je peux vous dire que la couverture avec la pieuvre (même si c’est graphique) est insupportable à leurs yeux, marre d’associer Naples à la camorra. Des années qu’ils essayent de se débarrasser de cette image et ça revient sans cesse. Toujours les mêmes poncifs qui refont surface et le même traitement dans l’image, comme l’a déjà fait Anders Petersen dans « Napoli ». Bref, rien de nouveau dans la manière de photographier cette ville, même si c’est fait avec talent.
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