Fictions d’enfance, par Damien Daufresne, photographe

©Damien Daufresne

Il ne faut pas poser trop de mots adultes.

Livre d’images, The Overmorrow est un conte, habité par deux enfants, et quantité d’oiseaux.  

Les gouaches et couvertures de garde sont d’Arto Daufresne, fils du photographe Damien Daufresne, dont la fille Lenoe est la deuxième protagoniste de l’ouvrage.

La tranche est d’un bleu d’idéalité, la couverture montrant la chevelure méduse peinte en rose de la petite baigneuse, dont on découvrira plus loin le visage.

©Damien Daufresne

Demain n’existe pas, il appartient à ceux qui font des projets, planifient leur vie, gèrent leurs affaires ; mais après-demain (overmorrow) est un horizon désirable, s’il reste celui du rêve, de l’imagination, du jeu.

Une main est posée sur le front d’un enfant, comme dans une séance de reiki.

L’énergie circule de l’un à l’autre, on appelle cela la paternité, l’amour, le lien de fraternité universelle.

Que voit-on lorsque les yeux se ferment ?

©Damien Daufresne

Un chemin de lumière menant à une cabane.

Des volatiles perchés dont on ne distingue pas l’espèce, mais d’allure vaguement inquiétante, comme des chevaliers félons du nevermore.

Tel un héron, voici quelqu’un se tenant sur une patte, au bord d’une rivière, ou d’un étang.

Damien Daufresne ne laisse pas deviner une histoire linéaire, mais dispose sur les pages des images-ellipses, d’autant plus ouvertes que le blanc qui les entoure permet chez le spectateur un prolongement mental.

©Damien Daufresne

Le papier est épais, il crisse un peu, comme les pas dans la forêt.

On contemple des récurrences de formes, entre l’enfant et l’oiseau, entre l’arbre torve et l’envol d’une mouette, ou à peu près, dans la pulvérulence du ciel.

Car les photographies possèdent un grain, qui les rend précaires, toujours au bord de l’évanouissement, de la disparition.

Des maisons dans le lointain se tenant serrées comme pour affronter une tempête.

Deux arbres dont le magnétisme les floute.

©Damien Daufresne

Un escadron de migrateurs.

Visage de grâce et neige.

Un renard a traversé le miroir des songes, quelqu’un a perdu un œil, un serpent se précipite sur vous.

On grimpe aux arbres, aux nuages, aux cieux.

Avez-vous remarqué comme les omoplates saillantes de l’enfant forment des ailes d’ange ?

On pourrait quelquefois avoir peur, mais Arto et Lenoe, bien plus courageux que nous, jouent.

Bagarre des doigts-escargots.

Broussaille des cheveux oblitérant le regard.

©Damien Daufresne

C’est qu’il faut d’abord observer le monde de l’intérieur de soi, ne pas craindre ce qui s’y déroule, accueillir les mystères comme une chance.   

The Overmorrow contemple la vie de deux Robinsons contemporains et de toujours, un peu animaux, un peu végétaux, un peu aquatiques.

L’enfance est nue, il faut la préserver le plus possible de toute corruption, dehors, c’est moins drôle.

Et ce sont les adultes qui ont tort.

Damien Daufresne, The Overmorrow, édition David Fourré, tirage des photographies François Leblond, photogravure Guillaume et Chloé Geneste, Lamaindonne, 2025

https://www.damiendaufresne.com/

https://www.lamaindonne.fr/auteurs/damien-daufresne/

https://www.lamaindonne.fr/produit/the-overmorrow/

©Damien Daufresne

L’exposition The Overmorrow – avec voix chuchotée – est visible jusqu’au 21 septembre 2025 au lieu-dit La Cerisaie, à Lectoure  

https://centre-photo-lectoure.fr/lete-photographique-de-lectoure-ledition-2025/

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de rené thibaud rené thibaud dit :

    Ce qui est montré, ce qui est dit, laissent deviner une très belle œuvre.
    Mais, curieusement, une phrase vient en contradiction de tout cela : « L’enfance est nue, il faut la préserver le plus possible de toute corruption, dehors, c’est moins drôle. » Préserver le plus possible de toute corruption, n’est-ce pas un projet à courte vue, des « adultes qui ont tort » ? Ou bien voulez-vous dire que cet « overmorrow » est une bulle en tant que telle, une utopie dont il convient de se méfier ?

    J’aime

Répondre à rené thibaud Annuler la réponse.