
« Ceux qui n’ont approché Wilde que dans les derniers temps de sa vie, imaginent mal, d’après l’être affaibli, défait, que nous avait rendu la prison, l’être prodigieux qu’il fut d’abord. »
Quand André Gide apprend la mort de son ami Oscar Wilde en décembre 1900, il séjourne à Biskra, dans le Sud algérien.
N’ayant pu se joindre à ses funérailles au cimetière de Bagneux (Hauts-de-Seine), il décide un an plus tard de lui rendre hommage par un texte que les éditions Mercure de France ont la bonne idée de republier en collection de poche, Oscar Wilde, in memoriam, livre rapportant quelques souvenirs personnels.
L’écrivain irlandais fut très entouré, amusa beaucoup, triompha, mais, l’instant du départ venu, peu se rendirent autour de sa tombe pour le saluer une dernière fois.
Grandeurs et misères de la gloire, passagère.
La foule l’avait loué, puis blâmé, on l’avait mis en prison pour crime d’homosexualité, il fut brisé, se releva, changé à jamais, blessé, isolé – il choisit de s’installer dans le village de Berneval, près de Dieppe, après ses deux années d’enfermement.
« Il ne faut pas en vouloir, disait-il, à quelqu’un qui a été frappé. »
Gide considère avec une franchise étonnante en ces circonstances funèbres que Wilde n’est pas un grand écrivain, mais qu’il était un homme admirable, grand causeur, grand viveur.
« J’ai mis tout mon génie dans ma vie, clamait-il d’ailleurs ; je n’ai mis que mon talent dans mes œuvres. »
Dandy, Wilde avait créé un personnage qui fascinait, ses pièces faisaient courir tout Londres, il était riche, beau, insolent.
Quand il arrive à Paris, sa réputation de bel esprit le précède.
« Wilde, témoigne Gide, ne causait pas : il contait. Durant presque tout le repas, il n’arrêta pas de conter. Il contait doucement, lentement ; sa voix même était merveilleuse. Il savait admirablement le français, mais feignait de chercher un peu les mots qu’il voulait faire entendre. »
Il parlait sans cesse, écoutait peu, charmait.
Miracles du verbe.
L’art est-il plus puissant que le soleil ?
Wilde à Gide : « Je n’aime pas vos lèvres ; elles sont droites comme celles de quelqu’un qui n’a jamais menti. Je veux vous apprendre à mentir, pour que vos lèvres deviennent belles et tordues comme celles d’un masque antique. »
Leçon d’un demi-dieu païen au dieu protestant ?

André Gide, Oscar Wilde, in memoriam, Mercure de France, 2025, 72 pages
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