Hélène Hoppenot, ambassadrice, diariste et photographe, par la revue Les Moments Littéraires

Hélène et Henri Hoppenot sur le pont d’un bateau en Corée du Sud, 1933-1937. Epreuve photographique Marie Roberte Dolléans-Guignard

Le revue Les Moments Littéraires (Gilbert Moreau) est vraiment indispensable, qui nous présente en son dernier numéro quelques extraits et analyses de l’œuvre d’Hélène Hoppenot (1894-1990), qui fut ambassadrice, diariste et photographe.

Connue notamment par l’intermédiaire de Claire Paulhan, qui a publié en quatre volumes, sous l’autorité de Marie France Mousli, son monumental Journal, reflet de la vie littéraire, artistique et politique dont elle était un témoin de première importance, Hélène Hoppenot, esprit fin, parfois féroce, a rencontré des personnalités majeures (Paul Claudel, Louis Jouvet, Gisèle Freund, Adrienne Monnier, Picasso, Darius Milhaud, Saint-John Perse…), qu’elle se plaît à portraiturer, de même qu’un certain nombre d’hommes politiques majeurs (Charles de Gaulle, Winston Churchill, Paul Reynaud…), avec un œil très aiguisé, lucide, sincère, exact.

Quand elle n’écrit pas, elle photographie, au Rolleiflex, ses voyages, notamment en Chine, de 1933 à 1937 – voir son album publié chez Skira préfacé par Paul Claudel.

Accompagnant son mari Henri Hoppenot dans ses différentes missions diplomatiques (Rio de Janeiro, Téhéran, Santiago du Chili, Berlin, Pékin, Washington, Berne…), son épouse voit, entend et relate ce qu’une vie dans la sphère de la diplomatie française permet de rapporter – le Journal 1945-1951 a obtenu en 2024 le prix Clarens du Journal intime.

Les époux fréquentent nombre d’artistes, qu’ils collectionnent – Olivier Barot, invité régulier dans l’appartement d’Hélène, est impressionné par la qualité des œuvres rassemblées -, leur vie est passionnante, ouverte, franche, mutuellement admirative.   

Paul Claudel la photographie au Brésil en 1918, elle est merveilleuse – un portfolio inséré au cœur de l’ouvrage la montre dans différentes situations de 1918 au milieu des années 1930.

Ayant longuement fréquenté à Berne Romain Gary, nommé comme secrétaire d’ambassade – il éprouve une amitié intense pour Henri-, ses portraits du virevoltant écrivain aux émotions si vives, et, à cette époque, au manque constant d’argent, sont savoureux – un ensemble d’une trentaine de pages reprend ici des notations le concernant, de 1950 à 1977.

20 avril 1960, à Paris : « Romain Gary arrive le premier des invités du déjeuner m’apportant un bouquet de roses qu’il tient à la main comme un plumeau. A l’exception de ce petit paysan sur les hauts plateaux péruviens, à une station du chemin de fer, un énorme bouquet de marguerites lumineuses dans les bras, je n’ai encore jamais vu un homme faire ce geste avec grâce ou naturel. »   

Il cherche à divorcer de son épouse Lesley pour Jean Seberg, la vie est un roman russe.

Il est alors riche et ruiné, heureux et désespéré.

Naissance de Diego, nouveau divorce, la mort le hante.

Les portraits de Calder, Louis Aragon, Brancusi, Blaise Cendrars, Joséphine Baker… sont formidables.

Aragon, 26 août 1945 : « Il a grisonné et conservé cet air hypocrite de chat qui s’apprête à laper de la crème en surveillant les alentours. Grande amabilité cachant un grand fanatisme. (…) Elsa Triolet, petite boule de graisse, est devenue très baba russe ; les cheveux teints d’une colueur blondasse, raie au milieu, portant une étonnante toque de paille agrémentée d’un voile de mousseline de soie, posé en arrière de la tête, des pans tombant sur les épaules. »

Paul Claudel, 22 février 1918, à Rio de Janeiro : « Paul Claudel est plutôt petit. Cheveux châtains, yeux d’un très beau bleu, bouche sarcastique et sensuelle, un peu trop recouverte par une moustache inégale et court taillée. Si le visage est ingrat, le regard est magnifique ; le corps semble prêt à dégager une charrue embourbée. »

Colette, 27 juillet 1939, chez Adrienne Monnier : « Sa poignée de main et si virile que l’on ne peut, portant comme moi une large bague, dissimuler une grimace de douleur. »

Madame de Gaulle, 2 janvier 1944 : « Elle est très pratiquante, très prude et ses convives ne savent guère quels sujets de conversation aborder, ses réponses étant brèves et évasives. »

François Mauriac, 15 août 1948, à Lucerne : « Visage d’un Greco, teint d’une religieuse, œil gauche plus haut que le droit, sourire accompagné par le déploiement de ses longues jambes, l’expression froide du regard. »

Henry de Monfreid, 27 mars 1937, à Djibouti : « Quand il nous a quittés nous avouons notre déception : ce n’est qu’un petit pirate sans envergure. »

Bon, vous l’avez compris, il faut tout lire d’Hélène Hoppenot, c’est exceptionnel.  

Revue Les moments Littéraires, Hélène Hoppenot, n°55, 2026, 132 pages

Contributions de Marc Mousli, Olivier Barrot, Béatice Mousli, Tania Cavassini, Claire Paulhan, Anne Coudreuse

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