Des arbres victimes de la bombe, par Véronique Brindeau, écrivaine

« Le camphrier irradié veille sur les enfants qui ne savent rien du bombardement atomique. » – un panonceau près d’un arbre de Nagasaki.   

Les arbres de Nagasaki, de l’enseignante d’histoire de la musique japonaise, écrivaine et traductrice Véronique Brindeau, est un très bel ouvrage sur les arbres rescapés de la catastrophe du 9 août 1945, et, pour ses derniers chapitres, du tsunami ayant frappé le nord-est du Japon le 11 mars 2011 (voir, publié chez Light Motiv, le travail du photographe Hatakeyama Naoya) .

Les arbres-témoins représentent le temps long de la mémoire, ils sont classés à Nagasaki en plusieurs catégories de protection, en fonction de leur distance avec l’hypocentre de l’explosion de la bombe au plutonium larguée par les Américains.

Véronique Brindeau se penche sur l’écorce, brûlée, abîmée, cicatrisée, des camphriers, des plaqueminiers, des magnolias, des pins, parmi d’autres essences présentes alors sur le territoire.

On désigne par l’expression hibaku jumoku les arbres victimes de la bombe, à la façon des hibakusha, les survivants de Hiroshima et Nagasaki.

Au centre de documentation du musée de la Bombe atomique, inauguré en 1996, une carte de la ville indique l’emplacement des arbres martyrs.

Certains sont conservés dans la sphère privée, mais la plupart sont l’objet d’un culte public, du moins d’une invitation au recueillement.

On voit les arbres, on pense aux victimes humaines, on entre en résonance avec l’esprit des morts.

Les arbres de Nagasaki fait le récit de quelques-uns d’entre eux, ainsi du cycas du temple bouddhique Fukusai, soutenu par de nombreux étais – à 11h02, heure où la bombe explosa, chacun peut frapper sept fois la cloche pour commémorer les soixante-dix mille victimes.

Des arbres morts peuvent être conservés, comme l’arbre sec de l’école Inasa, un camphrier en quelque sorte embaumé depuis son décès en 2011.

Dans Notes de Hiroshima, Ôe Kenzaburô écrit : « En observant au microscope un spécimen de feuilles de Veronica persica dont les cellules agrandies étaient déformées, rongées par une laideur subtile pour laquelle il n’est pas de mots, j’ai éprouvé – je m’en souviens – la même nausée brutale, venant du plus profond de l’être, que devant le corps d’une personne blessée. En fait, toutes les plantes de Hiroshima, à présent drues et verdoyantes, ne portent-elles pas en elles la même fatale destruction ? »   

Le portrait que fait Véronique Brindeau des arbres qu’elle contemple est émouvant, l’un possède des éclats de verre projetés par le souffle de la bombe, un autre ressemble à un animal naturalisé (le frêne épineux de l’école Shiroyama), les cercles concentriques du végétal rappelant les cercles concentriques de la mort créés par la bombe.

Au Japon, on célèbre ces rescapés, « dans un monde qui survit à nos plaies ».

Véronique Brindeau, Les arbres de Nagasaki, collection La rencontre dirigée par Anne Bourguignon, Arléa, 2026, 88 pages

https://www.arlea.fr/Les-Arbres-de-Nagasaki-1323

  • Véronique Brindeau postface le prochain livre d’Alain Willaume issu de sa résidence à la Villa Kujoyama (Kyoto), publié par Atelier EXB pour les Rencontres d’Arles 2026

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