Vérités de Pascal Sgro, photographe

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©Pascal Sgro

A quoi servent les albums de famille ?

A nous inventer des histoires, à construire des souvenirs, à mentir-vrai.

Elaborant sa propre archive familiale, Pascal Sgro ne surjoue pas les codes habituels de ce genre de photographies mémorielles, mais s’attarde en quelque sorte sur le hors-champ des moments festifs habituellement célébrés : c’est l’eau sale d’un évier dans lequel on vient de laver la vaisselle, des visages plus mélancoliques qu’enjoués, une banalité partageable.

La quotidienneté est merveilleuse, quand on sait l’observer sans morgue, ni sans avoir besoin de lui offrir les atours qu’elle n’a pas.

©Pascal Sgro

Le projet de Pascal Sgro, en sa forme d’ethnologie sauvage, est éminemment démocratique : donner une valeur, par l’attention du regard, à ce qui généralement est négligé, les moments de vide ou suspendus, certes sans systématisme.

Avec Parfum, imprimé selon le procédé risographique, l’artiste ne cherche pas la belle photo, celle qu’on encadre en la posant sur le buffet des générations.

La joliesse ne l’intéresse pas, ni le vérisme, mais la vérité des situations, les visages et le corps des proches.

Le cadrage est parfois étonnant, comme s’il s’agissait de poser les yeux dans les angles morts de la photographie familiale.

C’est un homme qui dort du sommeil des justes, tête posée sur un oreiller à pois.

Ce sont les mains d’un grand-père.

©Pascal Sgro

C’est le tronc supplicié d’un poulet doré posé sur un plat blanc tel un agneau de sacrifice, ou une crêpe arachnéenne cuisant dans la poêle.

Il n’y a pas de sarcasme chez Pascal Sgro, mais un humour discret, une façon de sourire ensemble ce que la vie propose.

On joue aux cartes, on mange, on rêve.

Il y a des récurrences de formes, des échos, des sous-conversations entre les objets de la grande consommation venus du supermarché d’à-côté.

C’est ainsi que nous sommes, ainsi que nous vivons, et c’est très bien comme cela.

©Pascal Sgro

Mais, au fait, où sommes-nous ? que sommes-nous ?

Par l’utilisation du flash, Pascal Sgro confère aux scènes qu’il découpe à l’objectif une tonalité quelque peu fantastique, comme si nous étions nous-mêmes nos propres aliens.

Le motif alimentaire est structurant, ce que nous ingérons reflétant en quelque sorte un état intérieur, bizarre bizarre, mon cher cousin.

©Pascal Sgro

Pour l’artiste belge d’origine italienne le théâtre est permanent, et terriblement touchant, là, au bout des doigts et des dents.

Une enfant contemple une cerise en louchant un peu : c’est bien entendu un autoportrait déguisé en petite fille songeuse, toute rose.

Pascal Sgro, Parfum, autopublication, 2026 – 100 exemplaires

©Pascal Sgro

https://pascalsgro.com/

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