Dans les limbes, par Olivier Metzger, photographe

©Olivier Metzger

Un romantisme noir.

Des routes, de hautes solitudes, des paysages teintés d’obscurité, de brume et de mystère.

La beauté zébrée des Alpilles dont Olivier Metzger est un regardeur passionné.

Consacrée à l’œuvre du photographe décédé brutalement en 2022 dans un accident de voiture ayant eu lieu près d’Arles, la monographie Somewhere and Somehow rappelle l’intensité et la profondeur de ses visions.

Inspiré à la fois des esthétiques de Todd Hido et de David Lynch, Olivier Metzger conçoit la lumière comme un espace de révélation, de méditation, et de transfiguration.

Un enfant attend derrière la vitre embuée d’une automobile, c’est un autoportrait post-mortem.

©Olivier Metzger

Mais que voit-on lorsque l’on erre ainsi dans les limbes ?    

Des sapinières et de l’étrange ; de belles Américaines et des agaves torves.

On entre dans un hôtel, mieux encore un motel.

La microfiction s’appelle chambre 700, pied de téléviseur, Alice de restauroute.

Chaussures empoussiérées abandonnées sur la moquette, filaments menaçants s’infiltrant sous la cloison amovible.

Il y a des chanteuses, mais pour qui ? pour quels fantômes ?

©Olivier Metzger

Des stars (Philippe Katerine, Tilda Swinton) et des spectres.

Des stars-spectres.

Des silhouettes dans une voiture, un chien un peu fou, comme un palmier afghan énervé.

Vitesse et stase, attente et cinétisme.

Il y a quelque chose dans le corpus d’images d’Olivier Metzger – 80 photographies ont été sélectionnées – quelque chose d’une eschatologie.

©Olivier Metzger

Des fumées proviennent des territoires souterrains, une jeune femme semble deviner la fin du monde, la nuit prend feu.

Le hiératisme des figures féminines impose de la solennité.

Sont-ce des Ernyes, des succubes comme chez Johnatan Glazer, ou des déités bienveillantes ?

Olivier Metzger observe des signes, des chiffres, des détails, une croix blanche plantée aux abords d’un champ.

Des écrans vides, une bible fermée, un véhicule cabossé.

 ©Olivier Metzger

Tout ici est merveilleusement profond dans l’incommunicable et le décor souvent cinématographique des existences esseulées.

Somewhere and Somehow émeut d’autant plus qu’il peut être contemplé et lu comme un adieu, aux visages désirés, aux paysages aimés, à l’imaginaire de l’espace-temps.

C’est, au sens de la littérature classique, un tombeau, c’est-à-dire un éloge de ce qui persiste d’une singularité, d’un irréductible, par-delà le noir absolu.   

©Olivier Metzger

En postface, Eric Reinhardt, ami du photographe qui lui rendit hommage sous la forme d’un slide show d’une vingtaine de minutes montré au théâtre antique d’Arles en 2023, écrit ce que laisse comprendre le livre : « Je voulais que dans cette succession d’images clignotent des signes et des prémonitions, je voulais que tout fasse écho à tout, qu’il y ait des constantes, des récurrences, des fulgurances, des coïncidences, du trouble, de l’émotion et parfois de l’effroi. »

Olivier Metzger, Somewhere and Somehow, texte d’Eric Reinhardt, conception éditoriale Géraldine Lay et Eric Reinhardt, conception graphique Christel Fontes, correction Sophie Lemaitre, fabrication Marie Constant, photogravure Les Artisans du regard, Actes Sud, 2026, 128 pages

©Olivier Metzger

https://actes-sud.fr/?page=2

Rencontres d’Arles, Association du Méjan, CROISIERE : exposition éponyme, du 6 juillet au 4 octobre 2026 – commissaires Géraldine Lay, Emmanuelle Walter / exposition coproduite par la Filature de Mulhouse et l’agence Modds

https://www.modds.fr/photographer/olivier-metzger

https://www.modds.fr/photographer/olivier-metzger/hommage-a-arles-d-eric-reinhardt

©Olivier Metzger

https://billetterie.rencontres-arles.com/prestation/Olivier_Metzger_somewhere_and_somehow_Pentti_Sammallahti_Entree_lieu.html?process=2&ts=1780321955514

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