
©Manu Jougla
Les photographies de Manu Jougla, réalisées à l’argentique, possèdent un grain qui relève de la tempête, de l’explosion atomique, du flash ultime.
La matière de l’image est révélée dans sa vie secrète, dans son autonomie, comme une peau ne craignant pas de se rider.
L’impression en risographie lui va bien, participant d’une organicité très belle faisant dériver les photographies dans un monde autre, ample et mystérieux, celui de l’imaginaire teinté de stupeur.
Son dernier opus, Short Stories about little things, est une suite de paysages occupant toute la surface de la page – sauf un -, et montés cut.

©Manu Jougla
Il y a des montagnes, des cascades, des rivages, des sortes de déserts intérieurs, et, quelquefois, le visage d’enfants.
Le cofondateur de la défunte revue Halogénure est un marcheur, les Cévennes lui font bien, comme tous ces confins qu’il arpente, encordé à son objectif.
Publié par Ben Capponi (éditions Emulsion), Short Stories about little things est un livre à ressentir, comme à arpenter des yeux.
Les noirs sont profonds, ce sont ceux des contes fantastiques.

©Manu Jougla
Les ciels sont accablants, on se perd avec volupté et effroi dans des chemins qui sont des méandres émotionnels.
Les anecdotes de Manu Jougla sont bien davantage que des micro-événements, elles désignent plutôt par antiphrase ou retournement dialectique la pulsation de l’univers
Des montagnes et des anges, des maisons abandonnées et des rochers solitaires, des mers et des oiseaux chorégraphiant le ciel.

©Manu Jougla
L’Atlantide a disparu, mais il reste quelques Atlantes, discrets et ardents.
Ainsi les photographies que publient en magie risographique Frédéric Martin et Lionelle M. dans le premier numéro de la revue Interstice, dédiée également à la littérature. – thématique de l’Outremonde, titre évoquant le roman de Don DeLillo.
L’Atlante Jean Puibaraud s’est rendu sur l’île Navarino, au sud du Chili, sur les traces des Yagan, peuple autochtone ayant subi la violence de la colonisation : impression de fin de civilisation, et des résurrections à partir des cendres de l’image.
L’Atlante Oona Skari Duroy connaît bien le Montana, où elle est entrée en contact avec des déclassés (série Backroads) de la ville de Butte, envers du rêve américain vanté par le triste sire en place.

©Oona Skari Duroy
L’Atlante écrivaine Céline Navarre invente un song mélancolique, observant dans le métro une humanité déchue.
L’Atlante Stéphane Charpentier, situant ses pas dans celui du Nosferatu de Murnau, contemple ses contemporains comme des morts-vivants, des survivants, des outrevivants égarés dans des théâtres urbains fantomatiques.
L’Atlante photographe-écrivain Sébastien Berlendis, arrivé à Phnom Penh, se réjouit d’être désorienté, emporté par une jeunesse filant en scooter et les pluies diluviennes de la mousson tombant sur la ville.
L’Atlande Maëva Benaiche regarde les fleurs, les végétaux et les lueurs aquatiques comme on contemple des fragments d’âme extériorisée, superbes et étranges.

©Stéphanie Di Domenico
Les corps nus chez l’Atlante Stéphanie Di Domenico sont bruts, abîmés, blessés, mais ils disent la vérité bouleversante des humains embarqués dans une odyssée très personnelle et ardue, bien loin des canons esthétiques valorisant les corps supposés parfaits par la biopolitique actuelle.
L’Atlante Lili-Meige Moinon, écrit dans l’intervalle entre le marchepied et le quai, laissant passer les rames d’un train interminable, les yeux brillants des voyageurs, les silences, les remous : « j’âme erre nulle part et navigue épars éperdu.e. »
Par l’art photographique et les mots, s’insurger, se réveiller, se poétiser, s’extraire du bourbier des représentations dominantes.

Manu Jougla, Short Stories about little things, éditions Emulsion, 2026 – 150 exemplaires numérotés
https://www.instagram.com/tombouctoumanu/
https://www.lestudiospiral.com/boutique
https://www.emulsion-photo.com/home

Revue Interstice, Outremonde, rédaction Frédéric Martin et Lionelle M., relecture Pauline Mourey, conception graphique Martine Margini, 2026 – 183 exemplaires
Contributions Oona Skari Duroy, Stéphane Charpentier, Céline Navarre, Sébastien Berlandis, Jean Puibaraud, Stéphanie Di Domenico, Lili-Meigge Moinon, Maëva Benaiche

©Stéphane Charpentier
https://www.revueinterstice.fr/
Appel à contribution pour le prochain numéro : le thème en sera « Regain » – avis aux amateurs