
©Alain Willaume / Tendance Floue
Nul soleil. Mais le feu n’est pas qu’un livre de photographie de plus, c’est une cérémonie secrète.
Ce qu’a vu son auteur, Alain Willaume, à la faveur de sa résidence en 2024 à la villa Kujoyama (Kyoto), ne lui appartient pas, mais il en est, presque malgré lui, le dépositaire.
Vivant avec sa compagne tant aimée Anne Testut (1951-2025) une expérience sacrificielle, le photographe a vu le ciel se déchirer.
Puisant dans le noir la matière fondamentale de son éveil, l’artiste français a saisi dans les paysages qu’il rencontrait des lignes de faille, des brisures, des effondrements.

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On le sait bien, mais Alain Willaume l’exemplifie au suprême, nos visions sont le fruit de nos géographies intérieures.
A l’entrée de son livre publié avec grand soin par Atelier EXB, une main se tend, étrange, racinaire : vient-elle nous sauver ou nous précipiter dans les royaumes souterrains ?
Il y a une asphyxie, un tremblement de terre qui est une secousse de tout l’être, une route qui choit.
Alain Willaume orchestre en son corpus d’images saisissantes la danse des éléments – eau, feu, terre, air – qui est à la fois harmonie dans la complémentarité, et mutation incessante de la matière.

©Alain Willaume / Tendance Floue
Tout semble nous regarder, et tout semble aveugle.
Au pays des kamis, comme partout ailleurs, il n’y a pas indifférence des choses, mais vie propre, palpitation d’une organisation naturelle souveraine au-delà des blessures.
Alain Willaume contemple des visages, qui sont des profondeurs de temps et des mystères.
Une horloge s’est cassée : time is out of joint, disait Hamlet.
Des images au présent permanent, écrit en postface Ryoko Sekiguchi.

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Impression de hautes solitudes, de déserts intimes, de stupeur froide.
Le photographe se rattache à l’amer de quelques soleils, dans la brume existentielle frappant de deuil un pays tout entier.
Des personnes s’acheminent, mais vers quoi ?
Les communications paraissent coupées, il faut survivre, s’échapper, fuir, Nul soleil. Mais le feu est une dystopie, ou, peut-être, davantage encore, une voyance.

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Nuances de gris noir, cigogne volant vers le passé, rattrape-t-on la beauté perdue ?
Mais au bout des tunnels de la mélancolie, il y a des ponts, des forêts, des matins calmes.
Pour quelques instants, la paix est revenue, avant que le sol à nouveau ne se soulève, que les immeubles ne penchent et qu’un chat ne se transforme en prêtresse shinto grimaçante.
Chez Alain Willaume, la sensation de catastrophe n’est jamais séparée de sa corolle de grâce.

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Il faut beaucoup souffrir pour percevoir cela, beaucoup aimer, beaucoup abandonner,, beaucoup perdre.
Des arbres bougent, le feu a gagné les montagnes, semblant les découper de son fil d’or, la mer est encore disponible.
Les visages sont solennels, nobles, il faut se courber, prier, et continuer à se tenir debout dans le maléfice comme dans l’indemne.
Que peuvent un chant, un silence ou une photographie contre l’inévitable destruction des édifices humains et le bris de leurs rêves ?

©Alain Willaume / Tendance Floue
Pollution à l’échelle industrielle, nature contaminée, crâne fendu.
Oui, mais, Alain, tu en es l’évidence, la flamme intérieure.
Oui, mais la joie folle d’être au monde.
Oui, mais demain, toi qui viens vers moi, vers nous, en ouvrant les bras.

Alain Willaume, Nul soleil. Mais le feu, textes de Ryoko Sekiguchi et Véronique Brindeau, direction artistique Corinne App et Alain Willaume, édition Nathalie Chapuis, relecture Florian Berrouet, fabrication Charlotte Debiolles, partenariats Yseult Chehata, diffusion Ophélie Moheymani, traitement des fichiers Félix Fouchet, Sébastien Jouanny, Alain Willaume, photogravure Les Artisans du Regard, Atelier EXB, 2026
https://tendancefloue.net/photographes/alain-willaume/
https://exb.fr/fr/le-catalogue/700-nul-soleil-mais-le-feu.html

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Exposition éponyme remarquable à Stimultania (Strasbourg), du 22 mai au 5 septembre 2026
https://www.stimultania.org/nul-soleil-mais-le-feu/

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