
©Benita Suchodrev
Bien entendu, le Paradis, c’est maintenant.
Nous avons pour cela la chance de posséder un corps sensible, et un cœur pouvant être empli de compassion.
Le Paradis ne se trouve pas seul, il faut l’autre, qui agit sur nous comme un révélateur.
L’extase – on peut aussi l’appeler la sainteté – ne serait-elle pas la jouissance des douze sens en même temps, cinq sens externes connus, sept sens internes, à régénérer ?

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Find me Paradise, de l’artiste géorgienne émigrée aux Etats-Unis et installée aujourd’hui à Berlin Benita Suchodrev, est ainsi une recherche d’états paradisiaques à travers des situations d’intensité.
Publié par Kehrer Verlag, cet ouvrage aux noirs profonds très dense en images est une exploration des ténèbres lumineuses qu’a traversées son autrice.
Il y a ici un continuum existentiel ne séparant pas fondamentalement la vie de la mort, mais embrassant du regard une totalité d’expériences, de visages et de corps.
Le corpus de photographies est abondant, c’est une marée, un flux, un flot de rencontres exposées cut, et parfois en surimpression, un éloge de la multiplicité d’âmes humaines errantes à la sexualité franche.

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L’ensemble est baroque, porteur d’un feu profond déréglant le conformisme bourgeois.
Mais il ne faut pas s’y tromper, si les photographies sont parfois crues, l’œil de Benita Suchorev est d’une grande tendresse, sans jugement ou volonté de hiérarchiser les êtres et leurs comportements, fussent-ils ceux des adeptes du BDSM.
Find me Paradise s’aborde comme la Révolution française selon Clémenceau, en un bloc, uni, fait d’échos, de correspondances, de dialogues et de sous-conversations.
Tout tangue, parce que la vie est ainsi, tout est possibilité d’éveil comme de chute, le corbeau de la mélancolie s’est penché sur notre berceau et nous pleurons depuis notre exil premier des larmes acides.
Des brebis nous regardent, nous sommes grotesques, nus, merveilleux.
Brumes, brouillards, nuées.
Halos lumineux.
Ciels de tonalité fantastique.
Maisons hantées, corps hantés, recherches de jouissances.

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On traverse ivre, de nuit, dans la ville exténuée, des pluies de méduses brûlantes.
On joue, on danse, on se consume.
Benita Suchodrev aime les jeux de prestidigitation, la magie des métamorphoses, l’amour cash.
Il faut traverser la mort de notre vivant, pour renaître.
Animalité dans l’humain, sauvagerie, cruauté sociale jetant dans la rue les frères et sœurs de galères.
Des enfants, des vieillards, des trans.
Opération, sublimation, transformation.

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Tout est théâtre, comédie humaine, effort démesuré pour être, sous le regard de Dieu, et du chevreuil, et du préservatif usagé, et de l’oiseau mort.
Atmosphère shakespearienne de fin de règne ou de civilisation.
Androgynie, fête foraine, séductions.
Find me Paradise est un film orwellien, un voyage aux confins, un récit d’apprentissage.
Des vierges, des demi-Bowie, des automates qui prennent vie.
C’est la pulsation du monde backstage, la joie des égarements, la puissance renversante des illuminations.
La beauté d’un monde brut, vrai, pressé de vivre et d’envoyer valser son cadavre sur la table à repasser des nécropathes.

Benita Suchodrev, Find me Paradise, textes (en anglais) de Benita Suchorev et Simon Bainbridge, copy-editing Tom Ashforth, image editing and sequencing Benita Suchodrev et Eva Bertram, design in collaboration with Susan Greszta, image processing Patrick Horn, production management Hannah Antes, Kehrer Verlag (Heidelberg), 2026

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https://www.kehrerverlag.com/en/Benita-Suchodrev/978-3-96900-236-0