Une nuit andalouse, partie 2, par Serge Airoldi, écrivain (4)

©Serge Airoldi

En cette rentrée littéraire – expression insupportable, comme s’il fallait « rentrer » -, j’ai souhaité faire entendre la prose si riche de Serge Airoldi, son cante jondo, en lui proposant de publier, sur plusieurs jours, deux de ses textes inédits.

Phrase-limon, célébration du tout de la création, fièvre de l’existant, vertige de l’accumulation, dépense anarchiste, gai savoir, tel est ce qui constitue l’éthos et le verbe d’un écrivain à l’oeil acéré considérant, pour et contre l’animalcule occidental arrivé à son stade à peu près terminal, la littérature comme l’un des derniers territoires de liberté.

©Serge Airoldi

« Une nuit andalouse

[« Je cherche le châtiment du Dieu jaloux »]. A la porte, du monde se presse encore. Voici Gustavo Adolfo Bécquer, né à Séville en 1836, mort trente-quatre ans plus tard à Madrid. Dans la beauté ténébreuse de la jeunesse, il fixe un monde dans son entier et la douce pénombre des lieux semble lui convenir comme la jungle sombre à un tigre du Bengale. Il passe, déclamant pour lui-même quelques-unes de ses fameuses rimes :

Yo sé de un himno gigante y extraño

que anuncia en la noche del alma una aurora…

Je connais un hymne immense et étrange

qui annonce une aurore dans la nuit de l’âme…

     Hercule laisse aussi entrer le Sévillan Don Miguel Mañara Vincentelo de Leca. Il porte sous son bras un livre de Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz et, tout en observant ce lieu étrange que constitue le patio, avec ses couleurs profondes et ses ombres et le jeu des lumières chancelantes des bougies sur elles, il fredonne un air d’opéra, celui d’un certain Mozart qui avait baptisé sa propre œuvre Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni :

 …♫♫♫ Madamina, il catalogo è questo/ Delle belle che amò il padron mio;/ un catalogo egli è che ho fatt’io;/♫♪♪ Osservate, leggete con me./ In Italia seicento e quaranta;/♫♫♪ In Alemagna duecento e trentuna;/ Cento in Francia, in Turchia novantuna;/ Ma in Ispagna son già mille e tre♫♫♪…

     Don Miguel Mañara est accompagné de Tirso de Molina, Madrilène mais Sévillan un temps, lequel a puisé dans son histoire pour établir le mythe de Don Juan. Son œuvre ? El Burlador de Sevilla y convidado de piedra. Comprenons : L’Abuseur de Séville. Don Miguel Mañara Vicentelo de Leca comme Don Juan ? Encore un mythe. Et en l’espèce, un mythe erroné.

     Don Miguel Mañara se moque de toute cette généalogie fantasque. Il sait l’essentiel de la vie et pour ce Frère supérieur sévillan de la Sainte Charité de Notre Seigneur Jésus-Christ, la priorité, ce sont les pauvres parmi les plus pauvres. Pas les fariboles des hommes de théâtre, des écrivains ou des poètes. Don Miguel Mañara ne cesse de répéter : « Je cherche le châtiment du Dieu jaloux ; l’humilité du cœur ; l’amour de la chose réelle. Je cherche le châtiment du Dieu jaloux ; l’humilité du cœur ; l’amour… ». Et le cortège passe, Don Miguel Mañara en austère homme de piété. Tirso de Molina, trottinant derrière lui.

     [« Un instant encore, regardons ensemble les rives familières »]. Suivent l’empereur Trajan, – petit clin d’œil d’Hercule -, fondateur mythologique de l’antique Hispalis, qui reconnaît avec plaisir ses contemporains romains et leur panthéon. Il est né sous le nom de Marcus Ulpius Traianus, dans une famillede colons installés en Bétique, à Italica, à quelques kilomètres de la ville que l’on nomme aujourd’hui Séville. A sa mort, en août 117, l’Imperator Caesar Divi Nervae Filius Nerva Traianus Optimus Augustus Germanicus Dacicus Parthicus, premier empereur romain issu d’Hispanie, le peuple parlait de lui comme ayant été le « meilleur des empereurs romains ». Optimus princeps. Hadrien, Publius Aelius Hadrianus, son successeur, lui emboîte le pas, également enveloppé dans une toge pourpre qui convient à leur rang d’imperator. Nouveau petit clin d’œil d’Hercule. Grand-père de Marc-Aurèle, fils d’une mère gaditane d’origine punique et d’un père cousin de Trajan, né à Italica lui aussi, Hadrien aurait dit, avant de finalement s’éteindre : « Un instant encore, regardons ensemble les rives familières, les objets que sans doute nous ne reverrons plus… Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts ».

  • Cela ressemble aux derniers mots du roman d’une certaine Marguerite Yourcenar, une Académicienne française, glisse Carmen, – en mettant bien en exergue la qualité d’a-ca-dé-mi-cien-ne et de fran-çai-se -, à l’oreille d’Hercule.
  • C’est triste tous ces gens qui meurent…, s’émeut le Géant.  Je n’aurais pas su quoi dire si moi aussi j’avais dû mourir pour de vrai…
  • Moi je suis resté sans voix quand ton double, ce vil Héraclès, m’a décoché dans la poitrine une flèche empoisonnée par le sang de l’Hydre de Lerne et m’a tué, tonne une voix dans le dos de Hercule. Oui…m’a tué.

     [L’Etrange Double]. C’est la voix de Géryon, couvert d’or et de parures, suivi par une fragrance d’iris, de rose, de menthe et de résine de pin. Hercule se retourne brusquement et grommelle quelques propos inaudibles, s’étonnant qu’un gaillard pareil, fils de Chrysaor, lui-même fils de Poséidon, et de Callirrhoé, fille de Téthys, ait pu ainsi mourir d’une flèche. Eut-elle été empoisonnée par ce sang venimeux de l’Hydre. La présence du roi tartessien l’encombre énormément et les arguments lui manquent. Il essaye bien sûr de faire valoir les Douze Travaux de son Etrange Double, Héraclès. Nous sommes souvent réduits à cet état de fait, tente-t-il de se persuader, doubles par nature, que l’on descende des dieux ou que l’on soit simple mortel. Héraclès, fils de Zeus et contraint par l’oracle de Delphes de se mettre au service d’Eurysthée, roi d’Argolide et commanditaire des fameux Travaux.

     Hercule s’emberlificote dans les ressorts mythologiques en convoquant à sa rescousse, mais fort maladroitement, tout un aréopage d’auteurs susceptibles de donner la bonne version des faits : Hésiode, Eschyle, Stésichore, Strabon, Apollodore le Mythographe, Diodore de Sicile, Euripide, Pausanias, Trogue Pompée et Pindare.

  • Tu t’embrouilles, gronde Géryon et tu cherches à jeter du trouble sur cette histoire cruelle où Héraclès s’est vilainement illustré. Les faits sont simples : avant de revenir dans nos contrées d’extrême ouest, conquérir les Pommes d’Or, son Onzième Travail, ton double félon a été missionné pour ramener mon troupeau de bœufs à Eurysthée. L’histoire est compliquée, comme toujours. Alors, Héraklès est accouru jusqu’à moi avec son armée recrutée en Crète, en Libye et en Égypte. C’est ce qu’on dit, en tout cas. Il a déferlé, ici, au pays de Tartessos. Il a tué mon bouvier Eurytion et mon chien à deux têtes Orthros. Et il a volé mes bœufs. Et il m’a assassiné aussi, avec sa maudite flèche empoisonnée…
  • Je ne comprends rien à ce que tu racontes de mon double, coupe Hercule qui retrouve à présent quelques couleurs et hardiesses dialectiques. Les hommes ont raconté beaucoup de choses à propos de cette malheureuse histoire. C’est fou combien l’humanité a besoin de mythes pour fonder un réel. Où est le réel cher Géryon ? – Permets-tu que je te nomme ainsi ? – Où est ton île Erythie ? A Huelva, comme les Andalous disent aujourd’hui ? Sur l’Île de San Fernando, près de Cadix comme disent d’autres ? Sur l’Île de Léon comme on la nommait jadis ?
  • Les Andalous ?… s’enquiert Géryon. Quel est donc ce peuple ?
  • C’est une très longue histoire, je le crains. Une histoire à l’origine de laquelle ton propre peuple tient une place première. Peut-être. Ou peut-être pas. Personne n’est en mesure de distinguer le mythe de l’histoire concernant les tiens, les Tartessiens. Et d’ailleurs, personne n’est jamais en mesure de certifier qui le premier s’installa sur une terre pour la faire sienne et personne n’est pas plus capable de garantir de qui et de quoi nous découlons véritablement.
  • Je ne comprends décidément rien de rien à ce que tu me dis, s’encolère Géryon. Tellement d’inepties ont été racontées. On a même dit que j’avais trois têtes. Figure-toi sur quel territoire absurde la légende s’est perdue. N’es-tu pas en train d’essayer de m’enfumer à nouveau ? Tu me parles de mythe, d’affabulation mais ne me vois-tu pas en face de toi, ici même, ce soir, en chair et en os ? Et avec une seule tête ?
  • C’est ce que tu crois cher Géryon… C’est ce que tu crois… C’est ce que nous croyons tous. Mais je comprends ton trouble.

     [Silverio Franconetti Aguilar, cantaor flamenco…]. Pablo Ruiz Picasso achève un nouveau carnet de pigeons et de scènes taurines : des toros d’estampe, des cornes invraisemblables, des corps qui valsent dans les airs, des picadors.

Silverio Franconetti Aguilar jette un regard par-dessus l’épaule du peintre.

  • Tiens, remarque-t-il avec désinvolture, un piquero…

Pablo Ruiz Picasso lui lance un regard sauvage. Franconetti comprend aussitôt son inconvenance et mesure la trempe de cet artiste dont il n’a pourtant jamais entendu parler.

  • Veuillez pardonner mon impolitesse, caballero, s’excuse-t-il en lui tendant la main. Silverio Franconetti Aguilar, cantaor flamenco…

     Pablo Ruiz Picasso le fixe longuement, l’ignore avec superbe, oublie volontairement de serrer la main tendue et revient à ses pigeons et à ses toros. Franconetti demeure interloqué de longues minutes, ne sachant plus quoi faire de ses politesses inutiles et de sa gigantesque carcasse où poussent un ventre, des joues et sur ces joues, des rouflaquettes bien fournies et basses sur la mâchoire. Le dessinateur inconnu de lui l’a vexé au plus haut degré. Un feu colonise sa nuque. Personne n’a remarqué l’affront. Il s’éloigne en essayant de se convaincre que l’ombrageux ne mérite pas que l’on s’attarde en sa compagnie. Mais la pique est douloureuse. Il souhaitait juste lui confier qu’il avait lui-même porté le castoreño du picador aux Amériques, en Uruguay. Eh oui, picador…

     Silverio voulait juste ajouter qu’il avait aussi servi comme officier dans l’armée uruguayenne. Et qu’ensuite, la vie l’avait ramené en Andalousie où il était né le 6 octobre 1823, d’un père italien, ancien officier romain, et d’une mère de Alcalá de Guadaira. A Morón de la Frontera, où la famille s’était installée, il avait beaucoup fréquenté les Gitans et leur chant antique qu’ils tenaient secret au creux des familles, des forges et des fêtes. A Picasso, il désirait parler d’un Gitan en particulier, El Fillo, auprès duquel il avait nourri son goût pour la siguiriya. Et plus particulièrement ce palo flamenco aussi ancien que profond : le cabal. El Fillo, Francisco Ortega Vargas, grand patriarche du cante flamenco andalou, né à Cadix, mort à Séville était lui-même l’héritier d’El Planeta qui avait défini des règles intangibles, déjà « pures », pour un cante présenté comme « adéquat ». De retour en Andalousie en 1864, riche d’une culture musicale créole, Silverio avait rapporté rythmes et mélodies autrefois importés d’Espagne qui revenaient à présent au pays d’origine. Ce voyage était vertigineux pour peu que l’on s’attarde une minute à ces allers et à ces venues. Idas y vueltas. Franconetti, le payo, le non Gitan, de retour au bercail andalou, pouvait désormais métisser tout ce patrimoine et mettre en lumière, tout ce qui n’avait jusque-là vécu que dans l’ombre et loin dans le recul des campagnes. La suite fut météorique. Dans le long sillage d’une histoire socio-culturelle complexe au cours de laquelle s’étaient stratifiés, s’étaient enrichis les genres et avait commencé d’émerger le style flamenco, Franconetti nourrissait maintenant l’ambition d’imposer le cante dans les théâtres de Cadix, Séville, Madrid, Jerez, Grenade, toujours accompagné par les meilleurs guitaristes : Patiño, Paco el Barbero, Francisco Cantero…                 

     En 1881, à Séville, Silverio avait fondé son propre café cantante, le Café de Silverio, où prospéraient notamment Enrique El Mellizo, La Serneta, Fosforito ou encore Antonio Chacón, café qui devint, avec son grand rival El Burrero, l’un des deux grands conservatoires du cante de la fin du XIXème siècle. Franconetti y interprétait par brassée, serranas, rondeñas, polo, caña, jaberas, seguiriyas et bien sûr cabales… Un temps nouveau s’ouvrait. Et un jour Lorca écrirait : « Su grito fué terrible / Los viejos / dicen que se erizaban / los cabellos, / y se abría el azogue / de los espejos… » Son cri était terrible. Les cheveux se dressaient… les miroirs s’ouvraient…

     Quand Silverio allait mourir le 30 mai 1889, toute la ville de Séville serait en deuil. Pablo Ruiz Picasso n’affichait que huit ans mais dessinait déjà des pigeons et des toros dans ses premiers carnets. C’est tout cela que voulait raconter Silverio Franconetti Aguilar. Rien que cela.

    ©Serge Airoldi

[« J’écoute les chants aux vieilles cadences »]. Des petits groupes se succèdent à la porte. Antonio Machado, le poète sévillan, exilé en Castille, mort en France à Collioure, ne fait que passer. Il répète, comme une antienne : « J’écoute les chants / aux vieilles cadences ». Et aussi : « La calme fontaine / poursuivait son conte : / l’histoire effacée, elle dit la peine » … Suivent le jeune poète Lucain, son Pharsale sous le bras et les deux Sénèque, Le Rhéteur et Le Jeune, tous de Cordoue et de la même famille. Derrière, se dépêche le poète ganadero Fernando Villalón-Daoíz y Halcón, connu comme Fernando Villalón, huitième comte de Miraflores de Los Angeles. L’éleveur de toros a fait fausse route, et connu terrible revers de fortune, avec des fauves trop dangereux pour la tauromachie de son temps et qu’il voulait à tout prix installer dans la marisma, là où dit-on, Géryon possédait les siens, et dont on connaît le sort fatal par le truchement assassin d’Héraclès. De cette mésaventure, et aussi de la douce folie de vouloir faire naître des toros aux yeux verts, le poète-ganadero aurait tout le temps de parler, cette nuit-là, avec le roi tartessien et de comparer avec lui les méthodes d’élevages.

     [Falling soldier]. Après eux, le photographe Robert Capa marche d’un bon pas, en treillis, sourcil broussailleux, cigarette au coin des lèvres. Un homme l’accompagne. Certains murmurent qu’il se nomme Federico Borell García, qu’il était milicien anarcho-syndicaliste pendant la guerre civile et qu’il a été abattu dans la sierra, à Espejo, au sud de Cordoue. Les autres, prudents sur l’identité comme sur les conditions même de la prise de l’image par Capa, préfèrent se taire.  L’inconnu, nous l’appellerons ainsi, porte autour du cou une pancarte où il est écrit Falling Soldier. Il ne fait aucun commentaire. Il presse le pas. Capa semble gêné par cette présence. Ce miroir/espejo, finalement douloureux, d’une mystification. Encore une.

     [Góngora et ceux de 27]. Un instant impressionné par ce duo silencieux, Hercule détourne la tête et fait mine de s’intéresser à un autre personnage qu’il aperçoit dans la pénombre et qui vient vers lui. Il retourne alors au patio, un billet à la main sur lequel des vers sont manuscrits :

 No bien pues de su luz los horizontes
Que hacían desigual, confusamente
Montes de agua y piélagos de montes-
Desdorados los siente,
Cuando-entregado el mísero extranjero,
En lo que ya del mar redimió fiero-
Entre espinas crepúsculos pisando,
Riscos que aun igualara mal, volando,
Veloz, intrépida ala,
Menos cansado que confuso-escala
(2)

     Sur le billet, sont également notés Soledad I, vers 42-48 et le nom d’un certain Luis de Góngora y Argote.

     « Connais pas », semble dire la moue d’Hercule qui tente en vain de croiser un regard intéressé par cette étrange missive. Chacun se trouve à ses occupations. A la cantonade, sans conviction, Hercule lance :  

  • Je tiens là un billet où est consignée une poésie incompréhensible d’un certain Gorgonzola. Heu… Góngora pardon. Cela parle-t-il à quelqu’un ? 

     Dans le grand mystère de sa grotte psychique, se souvenant avoir jadis illustré les poèmes des deux auteurs associés dans une revue française, se remémorant aussi les nombreuses lectures qui l’avaient tellement inspiré, tout jeune, Pablo Ruiz Picasso rumine :

  • Góngora, c’est du Mallarmé, c’est vraiment du Mallarmé tout craché.

     Lorca est songeur. Il note quelques mots dans un carnet tout en picorant un tocino del cielo et ensirotant un café très serré avec un doigt de rhum motrileño. Comme autrefois, avec tous ceux du Rinconcillo au Café de Alameda à Grenade, Plaza del Campillo.

     Lorca ne bronche pas, il est perdu en lui-même. Il lève la main, de façon assez mécanique et Hercule lui remet le billet. Une fois, le poète avait écrit : « C’est un problème de compréhension : Góngora, il ne faut pas le lire, mais l’étudier ». Une autre fois, il s’était rendu sur la tombe du poète cordouan à la Mezquita, la mosquée-cathédrale de Cordoue où il reposait depuis 1627. Lorca, bien sûr, pense aussi à 1927, à la fameuse Génération, à la grande fête de célébration poétique dans la finca de l’irremplaçable ami Ignacio Sánchez Mejías… Théophile Gautier, précurseur des Parnassiens, très grands amateurs de Góngora, s’intéresse aussi de fort près à cet étrange manuscrit. Il questionne Hercule sur le messager qui le lui a remis. Hercule l’ignore. Il parle d’une ombre portant un habit ample à capuche. Homme ? Femme ? Il est incapable de dire. Plutôt un homme vu la carrure de l’ombre. En entendant le nom de Góngora, Velázquez hausse un sourcil. Il se souvient qu’en 1622, il a brossé le portrait du bonhomme dont il garde en mémoire l’austérité. Quelque chose de protestant en lui, aux antipodes de l’extravagance. Grand front dégagé, lèvres boudeuses – elles ont tout compris du monde et le monde n’est que fausseté -, nez charpenté de marchand hanséatique, tavelure sur la tempe, moustache tombante, modeste, menton amer. L’habit de Monsieur de Sainte-Colombe.

(2) Puis, à peine sent-il les horizons
— qui formaient de façon inégale et confuse
des montagnes d’ondes et des houles de montagnes —
de leur lumière dédorés
que — l’étranger misérable enfilant
ce qu’il a sauvé de la mer farouche —
parmi des épines foulant des crépuscules,
des rocs que même atteindrait mal, volant,
une aile véloce et intrépide,
— moins fatigué qu’éperdu-il gravit.

(Traduction Mercedes Blanco, cité dans Les solitudes de Gongora : une poétique de paysage ? in Nature et paysages : l’émergence d’une nouvelle subjectivité à la Renaissance, Paris : Publications de l’École nationale des chartes, 2006) »

Dernier titre paru :

Serge Airoldi, Signora Serfatti, L’Antilope, 2026, 240 pages

https://www.editionsdelantilope.fr/project/signora-sarfatti/

©Serge Airoldi

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