
©Hélène Garache
« J’ai rêvé d’aller marcher dans le Suffolk et le Norfolk. / Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir. / Qu’importe ma bibliothèque ! / Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir / Pour affronter l’infini / Pour affronter l’éternel »
Il faut veiller à préserver, favoriser, sauver notre royauté intérieure, au contact des éléments naturels, et des personnes de bonté.
Nous chutons, le corps gît, les civilisations sont malades, mais il y a l’énergie du verbe créateur, le feu fondamental, la poésie.
Avec le recueil Cela prendra-t-il fin, publié aux éditions Le Bruit du temps, Jean-Claude Caër observe le contemporain et se souvient, notamment de son enfance dans une ferme finistérienne, et de ses 17 ans à Londres, au bord de la Tamise.
Aujourd’hui, la paille brûle, et les Monts d’Arrée, et les algues de Brigognan, et les espoirs de monde meilleur.
La chaleur annihile la volonté, mais il faut reprendre vie.
La poésie est-elle élan ou fata morgana ?
« Des rochers éphémères s’étirent très haut en spirale à l’infini. / La terre souffre, les feuilles des arbres tremblent sous la brise brûlante. »
Poésie est herbier, champ libre, océan, volière ouverte, entrée de l’Ouvert : corbeau, sorbier, mésange, cheval flamand, fou de Bassan, bernache, luzerne, chevreuil, magnolia, ajonc, genêt, chardonneret, busard.
Jusque quand ?
Les compagnons de Magellan s’écriaient lors de leur navigation extrême : cela prendra-t-il fin ?
« Nous sommes faits de l’air que nous respirons et de larmes. / Comment penser ton corps sous la terre sans hurler ? »
On danse dans le macabre, on a la voix qui pleure, comme celle de l’ami Franck Venaille quand il disait son chant.
Rêver sa vie ? Il serait temps d’apprendre à vivre, enfin, non ?
Passe régulièrement dans les poèmes de Jean-Claude Caër un lièvre, animal initiatique, possibilité de traverser le miroir.
Ce peut être un père, un ange, un frère ou une sœur de Bretagne.
Présence d’un ossuaire, d’une île (Ouessant), du fantôme des vieux, de la chapelle ressuscitée Saint-Michel de Brasparts.
Que faire, Jean Fautrier, Zoran Music, vous qui en avez l’expérience, au temps revenu des catastrophes ?
« Seuls comptent le vrai, l’intensité, le désir pour affronter le néant. / Les mots tourbillonnent / Jusqu’à ce que leurs sens explosent, qu’ils deviennent légers comme des astres dans le ciel. / Ils recréent l’équilibre de l’univers. »

Jean-Claude Caër, Cela prendra-t-il fin, mise en page Paula Jiménez, Le Bruit du temps, 2026, 64 pages
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