L’effondrement du grand barrage, par Emmanuel Ruben, écrivain

Sous les serpents du ciel, de l’écrivain Emmanuel Ruben, est un roman polyphonique, de forme opératique (Michel Leiris), situé dans un territoire imaginaire coupé en deux par un grand barrage qui s’effondre. Structuré par les paroles d’un quatuor de personnages donnant tour à tour leur point de vue sur les événements, commentés également, comme dans…

Hélène Cixous, l’écriture comme schibboleth, par Véronique Bergen

Il est très rare d’avoir la sensation d’être le contemporain d’un génie littéraire. Inventeur d’une langue-monde, sauvage, radicale, Hélène Cixous a fait du français une langue étrange, presque étrangère, entée sur l’inconscient, surtout de puissance magique, capable de rétablir, depuis une position d’exil fondamental, le lien malmené, inaperçu, entre les vivants et les morts. Immédiatement…

La fraternité Louis Guilloux, par ses amis réunis

La fidélité est une force motrice capable bien souvent de produire des merveilles et d’annuler, par le temps du ressouvenir actif, l’irréductible de la mort. A Saint-Brieuc, où vécut Louis Guilloux (1899-1980), une très belle société d’amis fait vivre depuis de nombreuses années la mémoire de l’auteur du prodigieux Sang noir (1935), livre de grande…

Nathalie Sarraute aux Etats-Unis, un roman nouveau

En 1964, alors que son quatrième roman vient de paraître en anglais (Les Fruits d’or), Nathalie Sarraute est invitée à donner un cycle de conférences aux Etats-Unis. Son mari, avocat au barreau de Paris, ne peut pas l’accompagner. Vingt-quatre lettres du « petit Fox » à son cher « Chien Loup » pallieront l’absence. Ayant attendu longtemps qu’advienne une…

Edwarda, la beauté sereine d’une comtesse aux pieds nus

Edwarda était une jeune fille habillée de gaze, c’est désormais une comtesse aux pieds nus. Edwarda est une revue toujours aussi désirable, mais autrement. L’érotisme était sa manière première, avant que ne s’émancipent les phrases de la seule attraction des corps et de l’aimantation des regards. Si son douzième numéro, au sous-titre très inspirant, « Débuts…

La France suffoque, par Philippe Sollers

« La pensée de la véritable Histoire ne paraîtra qu’aux peu nombreux. » (Heidegger) Depuis des années, chaque semaine, Philippe Sollers et le journaliste voltairien Franck Nouchi (Le Monde) se rencontrent pour discuter de l’actualité et de la littérature. Chacun apprend de l’autre, car chacun aime apprendre et s’informer, dans le désir de découvrir l’envers des cartes,…

Le solo de cornet des îles gaéliques, Hugh MacDiarmid poète écossais, ou la grande amitié des choses créées

La publication du premier recueil anthologique du poète écossais Hugh MacDiarmid, Un enterrement dans l’île, par les éditions Les Hauts-Fonds est un événement. Considéré en Ecosse comme un poète majeur, très peu nombreux sont les lecteurs de la sphère francophone à le connaître. La superbe traduction du poète Paol Keineg permet aujourd’hui de réparer une…

Les aigles viendront et lui crèveront les yeux – ou les épiphanies de James Joyce

Sur le front joycien, les bonnes nouvelles s’accumulent. Après les publications récentes de Brouillons d’un baiser chez Gallimard (traduction et préface de Marie Darrieussecq) et de Giacomo Joyce chez Multiple (traduction de Georgina Tacou, postface de Yannick Haenel), les éditions Trente-trois morceaux de Lyon republient aujourd’hui avec une grande élégance les Epiphanies de l’auteur d’Ulysse,…

Sur un air de John Dowland, le passage de la nymphe, par James Joyce

Pourquoi la rencontre d’une nymphe bouleverse-t-elle tant ? « Qui ? Un visage pâle cerné de lourdes fourrures odorantes. Ses gestes sont craintifs et nerveux. Elle utilise un face-à-main. Oui. Une brève syllabe. Un rire bref. Un bref battement de paupières. » Vénus à la fourrure (Leopold von Sacher-Masoch), Molly qui s’ignore (oui), la jeune personne de qualité que…