Christophe Esnault, cheveux coupés, Jérôme Bosch, musée du Prado, Madrid « Le confinement a des avantages : elle peut se masturber toute la journée. Et du coup, le soir elle a ses deux mains disponibles pour applaudir très longtemps. Bien plus longtemps que sa voisine de balcon. Celle qui reçoit trois hommes par semaine et parfois en…
Étiquette : Littérature
Le sol puait la rage sa mère, une épopée, par Laura Vazquez, poète
Crucifixion, 1933, Francis Bacon « Je vous raconterai ce que j’ai vu et deviné du monde et des signaux qui nous entourent. Des êtres à corps féconds se répandent sur terre, versés dans le grand récipient des formes, un cordon comme un câble, comme la queue d’un fruit, les accompagne dans l’habitacle, il leur transmet la…
Libérez la matière, proses et sonnets de Guillevic
Dans les champs, 1959, Pierre Tal-Coat « Pour mieux voir en vous / Prenez les mots / Comme lunettes. » Retrouver les mots de Guillevic, c’est renouer avec la tonalité d’une poétique à la française héritière de Pierre Reverdy, concrète et malicieuse, inventive et simple, nue et enchanteresse comme un fier mégalithe planté de guingois dans la…
Altiplano, vertiges de la mémoire, par Paule du Bouchet, écrivain
Hampatura ©Jean-Patrick Razon « Les montagnes sont comme l’arc du temps, surgi du néant pour s’enfoncer un peu plus loin, dans l’éternité minuscule d’une vie. Aujourd’hui il se trouve que c’est la mienne. Pour cela seul, ces montagnes-là que je retrouve, ces sommets, ces dessins, ces courbes hallucinées parcourues de douceur et de l’ombre des nuages…
En état de siège, par Colin Lemoine, écrivain
« Je suis prêt à tout pour ne plus souffrir. / Prêt à payer, sacrifier, abjurer, renoncer, apostasier, subir, endurer, remercier quand même, tendre la main, la joue, me mettre à genoux, m’abaisser, m’humilier. / Toute douleur est une soumission. / Avoir mal, c’est se préparer à obéir. » Malgré, de Colin Lemoine, est une stase, une…
A la gloire des Editions de Minuit, par Mathieu Lindon, écrivain, et fils
Cet été, au Banquet du Livre de Lagrasse (Aude), où était présente également Anne Simonin, spécialiste des Editions de Minuit, Jean Echenoz a donné, reprenant l’essentiel du livre écrit à la suite du décès de Jérôme Lindon (2001), un portrait très contrasté du grand éditeur français, admirable et volontiers autoritaire. Son fils Mathieu complète aujourd’hui…
Le français, fleuve sauvage, par Shumona Sinha, écrivain
« Très vite je me suis aperçue que la langue et l’amour étaient indissociables. L’un s’exprimait par l’autre, l’un était le miroir de l’autre. Leur unisson les rendait plus puissants encore, jubilatoires, suprêmes. » Il y a deux France, antagonistes, radicalement opposées, une France de l’émancipation, de la liberté d’expression, de la tolérance, de la raison, en…
Du pillage colonial comme entreprise de civilisation, par Yannick Le Marec, écrivain
Avec Le grand pillage, et après le formidable Constellation du tigre (Arléa, 2021), Yannick Le Marec poursuit son grand œuvre de compréhension du colonialisme comme phénomène d’ignorance et de bêtise criminelle. Il s’agit cette fois, notamment à travers les figures de Pierre Loti et de Victor Segalen, de jeter un regard sans concession sur l’attitude…
L’incurable présent et le feu du verbe, par Guillaume Basquin, écrivain
« qu’est-ce qui fait 999 fois clic-clic & une fois clac me demande ma plus jeune fille Ninon ? le savez-vous ? non ? eh bien un mille-pattes avec une jambe de bois pardi ! » C’est entendu, cet homme-là est le diable, ou tout simplement un dément. Quel crédit en effet accorder à un individu capable de confondre un tableau…
Frappé(e)(s) à l’âme, par Hélène Cixous, écrivain
Une taupe « Parfois, rarement, il se produit une sorte de court-circuit : on se trouve simultanément dans les deux pays, celui de l’existence et celui de l’au-delà, cette double expérience est la pire des souffrances pour le sujet, le je ne sais pas où donner, de la tête, du sens. » Pour comprendre le drôle de titre…
Croquis de paysages, par Ohran Pamuk, écrivain
©Ohran Pamuk « Je dois écrire sur mon bonheur de caviarder un dessin avec du texte. Voilà ce qu’il faut en dire : entre 7 et 22 ans j’ai cru que je serais peintre. A 22 ans le peintre en moi est mort et j’ai commencé à écrire des romans. En 2008, je suis entré dans une…
Le rire majeur de Carlo Emilio Gadda, par Philippe Bordas, écrivain
La casquette de Gadda © Philippe Bordas « Carlo Emilio Gadda est ce passant discret, invisible au piéton français comme aux foules italiennes abandonnées à la stupeur de l’après-Berlusconi. Né en 1893, avant le déferlement des radios, mort en 1973, avant le déchaînement numérique, Gadda a brûlé sa vie à l’élaboration d’un verbe souverain, comme s’en…