« Ce midi-là / la vie était si égarante et bonne / que tu lui as dit ou plutôt murmuré / ‘va-t’en me perdre où tu voudras’ / Les vagues ont répondu ‘tu n’en reviendras pas’ » (Nicolas Bouvier, poème Le point de non-retour, Trébizonde, 1953) Les amis de Nicolas Bouvier sont très nombreux, et peut-être de…
Étiquette : Littérature
Le sang d’un poète, par Jean-Jacques Schuhl, écrivain
Autopotrait aux gants, 1498, Albrecht Dürer « Ce soir j’étais sorti tard, je me promenais seul, couvert de bouts de papier, de coupures déchirées de journaux, je m’en étais distraitement enroulé autour des poignets, ça faisait des bandelettes en bracelets avec l’actualité dessus, et puis d’autres sortaient de mes poches, et j’avais oublié d’enlever de ma…
Une échographie de silences, par Stéphane Lambert, écrivain
Amorgos ©Anne Bourguignon « Le plus simple serait que je ne reste pas là, enfermé dans ma chambre, à m’obstiner devant mon ordinateur, à vouloir écrire ce qui m’a amené à ne pouvoir faire autre chose que ça, écrire. » Les amoureux de littérature, les maniaques de lexicographie, et les savants austères, connaissent le sens du terme…
Juste un corps, par Claude Arnaud, écrivain
Photomaton, collection de Claude Arnaud « Je peux énumérer les causes qui précipitèrent la Seconde Guerre mondiale, non celles qui me valurent une hernie hiatale. » (Claude Arnaud) Comme me l’écrit aujourd’hui le peintre et graveur Roland Sénéca, dans un courrier posté accompagné d’un dessin : « Vous verrez quand vous serez vieux, c’est formidable une vie de vieillard,…
La fureur poétique, l’avilissement des cœurs, l’édition, par Marcelin Pleynet, écrivain
La Tempête, Giorgione, 1506 « L’effort que je dois faire pour survivre dans ce contexte paralyse toute spontanéité ; une enveloppe protectrice se durcit autour du noyau final affectif, et je ne peux pas plus penser que sentir. » L’époque est si plate, si ennuyeuse, si peu concernée par la portée subversive d’un véritable travail littéraire, que la…
Bon qu’à ça, par Jacques-Henri Michot, écrivain, veilleur
Willy Römer, « Berlin, 11 janvier 1919. Barricades faites de rouleaux et de liasses de papier journal dans la Schützenstrasse, devant le siège de la maison d’édition Mosse », 1919© Agentur für Bilder zur Zeitgeschichte « Dites-moi ce qui se passe sur la terre. » (Joseph Joubert) Dans ce monde effondré, dans la progression quotidienne de l’abjection…
La littérature et la peste, par Alain Jugnon, essayiste
« Quand j’écris je pense à Bernard Stiegler, d’abord à lui, et puis je me souviens de Dominique de Roux, ensuite. Qui était un éditeur, un essayiste, un romancier de droite entre 1966 et 1977. Un homme de lettres et un révolutionnaire obsédé par le nazisme, par la fin d’un monde venu de l’enfance. J’ai relu…
Dilecta, ce que l’on chérit, par Aurélia Frey, photographe
©Aurélia Frey « Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, le lys de cette vallée où elle croissait pour le ciel, en le remplissant du parfum de ses vertus. » Pour réaliser sa série photographique inspirée de la lecture du Lys dans la vallée d’Honoré de Balzac, roman contant l’histoire d’amour platonique entre…
Déserter, entrer au désert, par Louis Grall, écrivain
C’est un livre où chaque mot compte, et où les adjectifs antéposés inventent un monde où les détails scintillent comme dans une enluminure médiévale. L’histoire d’un homme venu de l’Est ayant trouvé refuge dans l’abbaye de Landévennec (Finistère), et y ayant vécu caché pendant trente ans. L’aventure d’un homme et l’aventure d’une langue, portées par…
Les voies parallèles du temps, par Valentin Retz, écrivain
« Cependant, avant d’atteindre le meuble-bar, je me suis figé net. Car, dans le miroir de style Renaissance situé à l’autre bout de la pièce, juste au-dessus de la cheminée, entre la bibliothèque murale et la série de trois fenêtres ouvrant sur les toits de la ville, j’ai vu un homme si étonnant qu’il m’a fallu…
Fleurs du Mal, par Charles Baudelaire, et Antoine d’Agata, photographe
©Antoine d’Agata / Magnum Photos « La sottise, l’erreur, le péché, la lésine / Occupent nos esprits et travaillent nos corps, / Et nous alimentons nos aimables remords, / Comme les mendiants nourrissent leur vermine. » Avez-vous remarqué comme les éditions scolaires des Fleurs du Mal, de Charles Baudelaire, sont de plus en plus laides, et/ou outrageusement…
Hep mes mains l’abeille, un chant d’amour, par Stacy Doris, poète
©Anne-Sophie Costenoble « Hep mes mains l’abeille / rends-les moi je t’aime / – temps qui passe ? Mince / temps n’est pas voulu / pas manger veux pas / dis tiens pour prends, va » Ecrits peu avant sa mort à cinquante ans, en 2012, adressés en premier lieu à son mari aimé Chet et ses deux…