Les voies parallèles du temps, par Valentin Retz, écrivain

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« Cependant, avant d’atteindre le meuble-bar, je me suis figé net.  Car, dans le miroir de style Renaissance situé à l’autre bout de la pièce, juste au-dessus de la cheminée, entre la bibliothèque murale et la série de trois fenêtres ouvrant sur les toits de la ville, j’ai vu un homme si étonnant qu’il m’a fallu quelques secondes pour comprendre que c’était moi. »

Le combat essentiel des hommes et femmes de bien est toujours celui des ténèbres et de la lumière.

Avec Une sorcellerie, publié par Philippe Sollers à L’Infini (Gallimard), Valentin Retz témoigne d’une aventure spirituelle cheminant entre l’état de sainteté et le diabolique.

Peut-on ne plus s’appartenir en n’étant que lumière ?

Peut-on accéder aux pensées de qui détient le plus grand pouvoir de maléfice ?

Une sorcellerie tente avec brio, à la première personne, le passage entre ces deux polarités, en entrant dans les voies parallèles du temps. 

On n’écrit pas seul, ce que nous formulons avec intention est prophétie, ainsi de participer intensément, avec Yannick Haenel et François Meyronnis, à la revue Ligne de risque.

Le démoniaque existe, mais aussi la fraîcheur d’une clairière où reprendre vie, dans une forêt enchantée comme dans les rêves les plus beaux.

Les romans de chevalerie que nous avons lus enfants peuvent dessiner notre futur en nommant notre quête intérieure.

Les frontières entre la vie et la lecture s’estompent, il n’y a plus qu’une seule réalité psychophysique.

Le désir est alors un feu traversant le corps en attirant à lui l’ensemble de la réalité pour la transformer en clarté d’évidence.

« Bien sûr, formule Valentin Retz, le plus souvent, les œuvres pernicieuses maintiennent le cœur en esclavage. Pourtant, il arrive quelquefois qu’un grand désir de vérité assèche les eaux du mal ; et quand cela se produit, toute la personne s’illumine, gloire et justice l’enveloppant comme un vêtement paradisiaque. »

Pour entrer dans le mystère même de la splendeur et se transformer en être de vérité, on peut, comme le suggère l’écrivain, poser la question de Perceval : « Pour qui sert-on le Graal ? »

Mais les bienheureux sont aussi ceux que le malin convoite au suprême pour les faire chuter.

Après son expérience de lumière et de sortie hors de son corps, survenue chez lui en 2015 auprès de sa jeune épouse, France, quelques jours avant les attentats du Bataclan et du Stade de France, le narrateur a soudain la vision d’un démon, Daxull, dont il parvient à pénétrer le cerveau, avant d’en révéler la puissance infecte.

On comprend alors que l’alternance des expériences de salut et de celles du négatif absolu vont former la structure d’un livre relatant une lutte intérieure de nature ésotérique.

Daxull ? le génie du désastre, le don d’envoûtement, le plaisir de la dévastation, la maîtrise des nouvelles technologies capables de causer un maximum de ravages, une bouche d’ombre ayant l’ambition d’annihiler la France.

Sous l’influence de Poe, Lautréamont et du Moine de Lewis traduit par Artaud, Valentin Retz imagine une messe noire convoquant les puissances sataniques de Gog et Magog dans une partouze attirant à elles les âmes les plus pures pour les vicier afin de les faire participer à une guerre définitive contre Dieu et les hommes.

Nous vivons le commencement des derniers jours, une lutte est engagée, la science alliée à la magie mène à la fin des temps.

Naviguant entre enfer et état paradisiaque, le narrateur se rend en forêt de Brocéliande, au Val sans retour, non loin du village de Tréhorenteuc.

Les amoureux comme les cœurs vils, les désespérés comme les ambitieux, savent que cet endroit est sacré, qu’il y a des portes invisibles, qu’on peut y vivre une initiation spirituelle.

Des amis y ont vu leur union périr, d’autres se concrétiser, un autre encore a même vu un serpent se diriger à vive allure vers lui, le regarder fixement, puis se détourner.

« J’ai encore eu le sentiment, écrit l’envoûté proche de la grâce, de pénétrer dans une dimension parallèle. »

Une inscription au-dessus de la porte de l’église de Sainte-Onenne ne peut manquer de frapper les plus généreux : « La porte est en dedans. »

Dans ce lieu sacré, le narrateur découvre un symbole qui ne le quittera plus, la croix de Jérusalem, et sauvera probablement sa vie.

La Jérusalem céleste se trouve partout, à Néant-sur-Yvel comme en Orient, la lumière est un état spirituel, non une réalité climatique ou simplement physique.

Le père Nogah, exorciste breton, conseille les égarés : « Vous devez savoir que le démon ne vise qu’une seule chose : renfermer l’âme sur elle-même, la couper de la grâce. Pour ce faire, il inhibe, il déprime, il ébranle et il désorganise. Mais avant tout, il trouble. Car le trouble paralyse et diminue les moyens de résistance : il rend tout incertain ; et surtout il enveloppe l’âme de cette obscurité qui permet au Mauvais de se dissimuler pour mieux déployer sa puissance… Voilà pourquoi, dans nos comportements, il faut viser l’équilibre et satisfaire à une certaine hygiène spirituelle. »

Quiconque trouve la personne qui l’initiera à l’amour se doit de la suivre jusqu’au bout de ses désirs car ils appellent la bénédiction devant laquelle l’antique adversaire ne peut que reculer.

« Selon l’ancien prêtre exorciste, l’amour n’est rien d’autre que le réel absolu. »

Des signes se disposent, vous honorent, vous êtes consacré, vous ne devez pas reculer devant le salut.

Notre-Dame prend feu, oui, mais c’est encore une action du grand diviseur, vous devez tenir bon et accueillir en vous la cathédrale de lumière.

Daxull manigance, trouve même des écrivains pour le seconder – on pense à quelque contempteur de l’islam bourré de particules élémentaires malades -, l’histoire du mal passe aussi par lui, qui la relance, gog-google est très fort pour ça.

Il y a combat entre le royaume et la contre-royauté, entre la noblesse et la perfidie, entre la gratuité et le calcul.

Lors d’un voyage en Israël avec sa femme, dans la cité du roi David, de nouvelles expériences et visions mènent le narrateur vers le lac de Tibériade, celui-ci percevant alors de façon aiguë l’unité belle et profonde qui illumine êtres et choses.

« Après mon ravissement sur la plage, avoue-t-il, je n’aurais pas imaginé passer une nuit si agitée, pétrie d’angoisses et de fantômes indéchiffrables, dont les murmures glaçaient mon cou et mon visage, à l’instar de la sueur s’écoulant dans mon dos. J’aurais encore moins pensé souffrir la douleur perforante qui m’a surpris juste avant l’aube, comme si un glaive transperçait littéralement ma cage thoracique. Néanmoins, au réveil, tandis que je prenais une grande inspiration, à la façon du nouveau-né qui sort du ventre maternel, j’ai ressenti une brèche aux tréfonds de mon cœur ; et depuis lors, j’ai l’impression que l’amour s’y engouffre d’une manière incessante, me renouvelant et m’associant à son activité. »

Voilà c’est pour cette brèche que l’on écrit, que l’on est prêt à tout quitter, à se laisser ravir.

Ce lieu de l’entaille se nomme erez Israël, ou maison du Graal, ou sacrement.

On peut aussi appeler littérature ce souffle de vérité, ce passage, cette lumière de cité sainte justifiant les efforts d’une vie ayant mené à elle.   

Lire Une sorcellerie, c’est se désensorceller.

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Valentin Retz, Une sorcellerie, Gallimard, L’Infini, 2021, 204 pages

Valentin Retz – site Gallimard

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