André Breton, présent considérable

« J’ai vingt-deux ans. Je crois au génie de Rimbaud, de Lautréamont, de Jarry ; j’ai infiniment aimé Guillaume Apollinaire, j’ai une tendresse profonde pour Reverdy. Mes peintres préférés sont Ingres, Derain ; je suis très sensible à l’art de Chirico. Je ne suis pas si naïf que j’en ai l’air. » La publication intégrale depuis 2016 par Gallimard…

Penser pour une femme, quelle folie ! par Lydie Dattas, ou le feu de la Desdichada

« Hier, ma beauté était un lilas aux yeux perçants à quoi aucun garçon ne résistait, que toutes les filles jalousaient. Soûlées par leurs propres yeux noirs, les saintes se laissaient caresser dans le parc en complotant la machiavélique robe blanche. » Par sa fougue rimbaldienne et son métaphorisme faisant songer quelquefois aux Illuminations, Carnet d’une allumeuse,…

L’amour parfait, ou Le sac du semeur, portrait d’une revue numérique

C’est en tant que veilleur et passeur attentif à la parole parlante qu’Arnaud Le Vac, a pensé Le sac du semeur, la revue qu’il anime, où la poésie et l’art occupent une place structurante. La combativité, la voyance et le désir d’infini d’un Victor Hugo guident son ambition poétique, de l’ordre d’un dégagement, d’une expérience…

Venus Lipitania, par Gabrielle Wittkop, sainte du scandale

Gabrielle Wittkop est une femme épatante. Morte par suicide à quatre-vingt-deux ans en 2002, son nom doit pourtant être prononcé au présent, tant la force scandaleuse de ses visions d’écrivain semble émaner d’une force de vie considérable, et inaltérable. Auteur du sidérant Le Nécrophile, republié en 2001 par les éditions Verticales (huit autres titres sont…

La nuit, on entend les animaux pleurer, par Muriel Pic

En regardant le sang des bêtes de Muriel Pic est un livre impressionnant d’intelligence sensible et critique. Fidèle à la méthode benjaminienne du montage, comme une façon de travailler la matière même du temps et de la psyché à partir d’un entrelacement de documents de natures différentes (photogrammes, traces manuscrites, fragments autobiographiques, citations), Muriel Pic…

Musiques françaises, revue L’Infini, étude 138

Portraits multiples de la somptueuse pianiste Martha Argerich, extrait du dernier roman de Philippe Sollers, Beauté, étude sur la fin de Rigodon par Dominique Brouttelande, la musique irrigue le dernier numéro de la revue L’Infini. En janvier 1961, interviewé par Julien Alvard peu avant sa mort, Louis-Ferdinand Céline déclare : « Comment je me suis intéressé à…

Le péché mignon de Jeanne, collectionneuse d’hommes, par Nina Leger

Jeanne, l’unique protagoniste de Mise en pièce, le deuxième roman de Nina Leger depuis Histoire naturelle (Jean-Claude Lattès, 2014), est une femme dont la curiosité est inlassable. Collectionneuse étonnante, Jeanne a pour péché mignon de multiplier les rencontres masculines, afin de s’étourdir de sexe, mais surtout pour le plaisir de contempler, jauger, juger, sentir, avaler…

La France suffoque, par Philippe Sollers

« La pensée de la véritable Histoire ne paraîtra qu’aux peu nombreux. » (Heidegger) Depuis des années, chaque semaine, Philippe Sollers et le journaliste voltairien Franck Nouchi (Le Monde) se rencontrent pour discuter de l’actualité et de la littérature. Chacun apprend de l’autre, car chacun aime apprendre et s’informer, dans le désir de découvrir l’envers des cartes,…

Cet obscur pouvoir de changer notre destin, entretien avec Nadine Ribault

Sensible à l’écriture précise, ciselée, voluptueuse, d’André Pieyre de Mandiargues, Nadine Ribault aime les dérives en territoires inconnus, les surprises qu’offre le hasard (bon conseiller), la fusion du cœur, du corps et de la nature. Pour elle, la lyre n’est pas une caresse, mais un scalpel chargé de faire chanter les peaux du monde tambours battus,…

Les jardins d’Armide à minuit – conversation avec Annie Le Brun à propos de Radovan Ivsic (2)

Annie Le Brun, poétesse, essayiste, commissaire d’exposition, lectrice de Sade et des grands irréguliers du langage, incarne un principe de subversion qu’elle n’a cessé d’approfondir dans une œuvre au long cours, écrivant notamment, fidèle à la morale surréaliste, Les pâles fiévreux après-midi des villes (1972), Lâchez tout (1977) ou A distance (1985). On peut lire,…

A Radovan Ivsic, poète – du temps que les surréalistes avaient raison (1)

Jusqu’à son dernier souffle, André Breton rechercha et accueillit les signes d’un ordre secret du monde, mystérieux et évident, dont le surréalisme fut le nom. Mouvement d’une ampleur considérable – tous les continents touchés en quelques décennies – né à l’époque du triomphe de l’asphyxiante raison (la barbarie de la Première Guerre mondiale dans le…