Privée d’enfance, mais pas de mots, par Edith Bruck, écrivain

« Maman, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi ils ne veulent pas de nous ? Nous aussi, on est hongrois, non ? – Pour eux, non. Rien que des juifs. Nous sommes juifs. Notre patrie, notre Terre promise, c’est la Palestine, affirmait la mère, en prenant le ton d’une conteuse. » Célébré en Italie par un très grand succès public…

Xinjiang, prison à ciel ouvert, par Patrick Wack, photographe

« Dix ans plus tard, la Chine ne me surprend plus, elle me déprime. C’est une machine à uniformiser. Les villes qui sortent du sol se ressemblent désespérément. C’est apparemment le prix à payer pour permettre aux masses de s’extraire de la pauvreté. » (Patrick Wack) Le Turkestan Oriental, appelé aussi région autonome ouïghoure du Xinjiang, envahi…

Politique et amitié, Panaït Istrati-Romain Rolland, une correspondance

On peut s’effrayer quelquefois de la grosseur des volumes des correspondances, 700 pages pour les lettres inédites (1804-1828) de François de Chateaubriand à Delphine de Custine et Claire Duras (Gallimard, 2017), 1950 pages pour la Correspondance 1854-1898 de Stéphane Mallarmé (Gallimard, 2019). Pourtant, la perspective de s’approcher de la matière même des écrivains (la vie,…

Ceija Stojka, numéro Z 6399 tatoué à Auschwitz, et rescapée

« Si je devais écrire tout ce que je pense, ça serait sûrement un livre infini de chagrin. » Il faut savoir gré aux éditions Isabelle Sauvage (Plounéour-Ménez, Finistère) de nous faire découvrir en français l’œuvre complète de Ceija Stojka (1933-2013). Après Je rêve que je vis ?, la publication de Nous vivons cachés, Récits d’une Romni à…

Sortir de l’impasse, par Herta Müller, prix Nobel de littérature

« Je crois que les gens se divisent en deux catégories, selon leur façon de ressentir les paysages. Les uns aiment escalader une montagne, avoir les pieds tout près des nuages, et dominer la vallée de la tête, du regard. Là-haut, leur souffle se libère, leur poitrine se dilate, ils prennent un grand bol d’air. Les…

La possibilité du mal, par Christophe Honoré, cinéaste, écrivain

On ne sait jamais de quel côté, ni sous quelle forme, viendra le mal. Les artistes sont en cela exposés qu’ils travaillent à leur propre mis à nu, ainsi qu’au dévoilement des grands et petits secrets formant toute l’armature de l’édifice social. Un matin, Christophe Honoré, cinéaste, écrivain, trouve punaisé sur la porte d’entrée de…