Roman, culture et société, par Claudio Magris et Mario Vargas Llosa, écrivains

« Victor Hugo, écrit Claudio Magris, pouvait utiliser la même langue, le même style, la même écriture dans ses romans et dans ses pamphlets contre Napoléon III. Kafka, lui, n’aurait pas pu utiliser l’écriture et le style de La Métamorphose dans une intervention politique, par exemple pour défendre les mineurs de Silésie. » Texte né d’une rencontre,…

A l’Est de nulle part, par Fabio Ponzio, photographe

« Le personnel des administrations, les manières et les visages des concierges jusqu’à ceux des directeurs, tous me regardaient comme des paysans parvenus. La police, les services secrets, les fonctionnaires du parti avaient beau être grossiers et contents d’eux, c’étaient encore à moitié des paysans. A force de les dresser, on ne leur avait guère enlevé…

La faux siffle sur la terre, par Patrik Ourednik, écrivain, ou le mentir vrai du «  Je me souviens »

« Je me souviens que pendant mon voyage en France en soixante-quatorze, je draguais les filles en leur disant : « Je viens de Tchécoslovaquie et j’aimerais faire l’amour avec vous. » Je me souviens que ça marchait : tout d’abord, elles m’interrogeaient sur la situation politique du pays. » Vingt-quatre chapitres, vingt-quatre années d’une vie formée, déformée, encadrée par la…

Vers l’Est, une errance amoureuse et métaphysique, par Guillaume de Sardes, photographe-écrivain

Je suis très attaché au travail artistique de Guillaume de Sardes, élégant, sensuel, informé, intelligent, présenté régulièrement dans L’Intervalle. Ne cessant d’interroger les liens entre écriture et photographie, son dernier ouvrage, Vers l’Est (Hermann Editeurs), se lit comme une errance amoureuse et métaphysique aux confins de l’Europe soviétique. Il y a dans son classicisme un…

Politique et amitié, Panaït Istrati-Romain Rolland, une correspondance

On peut s’effrayer quelquefois de la grosseur des volumes des correspondances, 700 pages pour les lettres inédites (1804-1828) de François de Chateaubriand à Delphine de Custine et Claire Duras (Gallimard, 2017), 1950 pages pour la Correspondance 1854-1898 de Stéphane Mallarmé (Gallimard, 2019). Pourtant, la perspective de s’approcher de la matière même des écrivains (la vie,…

De la Russie soviétique à travers les siècles, par Dmitri Markov, photographe

Cut Off est le résultat d’un dialogue entre le photographe Dmitri Markov et le compositeur Aries Mond initié par la maison d’édition IIKKI entre octobre 2017 et décembre 2018. De cet échange sont nés deux objets autonomes, un disque (vinyle/cd) et un livre, que l’on peut prendre ensemble ou séparément. Les réseaux officiels/officieux annoncent plus…

Une romance russe sans parole, par Olivier Marchesi, photographe

« Un rêve, c’est moins / Qu’un pli de dix grammes. » (Marina Tsvetaieva) Ce n’est pas un pays, c’est une buée. Ce n’est pas une abstraction, c’est une densité géniale et tourmentée. Voici la Russie, terre d’impossible où l’alcool et la nostalgie sont les adjuvants naturels de la foi et de la folie. Pour…

Des heures arrachées au néant, par Irène Jonas, photographe

A Fotofever (Carroussel du Louvre, Paris), la découverte de l’œuvre d’Irène Jonas fut un vrai bonheur. Etait montré un ensemble de photographies personnelles issues de voyages dans la Russie soviétique peintes à l’huile avec une grande volupté, comme si la matière même du temps était offerte à la perception du regardeur. Un livre publié chez…

La contre-image, par Antanas Sutkus, photographe lituanien majeur, par François-Nicolas L’Hardy et Jean-Marc Lacabe

La présentation en France de l’œuvre du photographe lituanien Antanas Sutkus, au Château d’Eau à Toulouse, puis actuellement à l’Hôtel Fontfreyde de Clermont-Ferrand, est une véritable joie, tant l’impression de découvrir un continent inconnu est forte. Fort d’une archive considérable, Antanas Sutkus a porté sur son pays et ses habitants, alors que la censure et…

La dimension humaine de l’histoire, par le poète russe Viktor Krivouline

Il faut saluer une nouvelle fois l’intelligence et l’audace des éditions Les Hauts-Fonds (Brest), qui publient aujourd’hui, en deux volumes superbement présentés et traduits (travail d’Hélène Henry), une anthologie de poèmes du Pétersbourgeois Viktor Krivouline (1944-2001), quasi inconnu en France, ainsi qu’un florilège d’une dizaine de ses essais réunis dans un recueil intitulé Ville-songe. Comprenant…