Groupe d’hommes et d’enfants autour d’un marchand de courges, Germaine Tillion et Thérèse Rivière, photographes dans l’Aurès

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Fin 1934, Thérèse Rivière (1901-1970) et Germaine Tillion (1907-2008), deux jeunes chercheuses en ethnologie, partent dans l’Aurès, massif montagneux situé à l’Est de l’Algérie, à l’orée du Sahara, où vit la population berbère des Chaouia de culture agropastorale.

Leur mission diligentée par le musée du Trocadéro (futur musée de l’Homme) durera quelques années, pendant lesquelles plusieurs milliers de photographies seront prises, et un film tourné par Thérèse Rivière en 1936, ensemble de documents redécouverts au début des années 2000, donnant actuellement lieu à une exposition au Pavillon Populaire de Montpellier (choix de 120 images) accompagné d’un catalogue publié aux éditions Hazan (texte confié à Christian Phéline).

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Germaine Tillion

Germaine Tillion parvient peut-être à maintenir davantage que Thérèse Rivière une distance proprement documentaire d’avec son sujet, mais toutes deux semblent embarquées dans une relation très affective avec le peuple et la terre de l’Aurès.

En couverture (photo de Thérèse Rivière) nous regarde, cheveux échappés de son foulard coloré, une jeune femme portant un tatouage sur le front et du henné sur les sourcils.

L’étrangeté est immédiate, aussi la beauté, créant chez le spectateur une forme de stupeur douce.

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On peut songer au courant esthétique des Walker Evans – Dorothea Lange qui à la même époque aux Etats-Unis vont à la rencontre des paysans de l’Alabama.

La pauvreté est là, mais ce n’est pas la misère, ou pas tout à fait, quand tout éclate de présence, des portes en bois ouvragé des maisons de pierre aux bijoux portés aux poignets, des poteries de toutes tailles aux tissus des robes.

Les deux ethnologues photographient ainsi les modes de vie, les usages sociaux, les attitudes collectives, recueillant objets et informations permettant de mieux comprendre le « terrain » où elles évoluent.

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Thérèse Rivière

« La vocation documentaire et pédagogique des photographies prises lors de la mission de 1935-1936, explique Christian Phéline, est attestée par le soin avec lequel elles ont été d’emblée répertoriées. Les carnets de T. Rivière listent ses longues séances d’« identification  des photos » ou de « mise en ordre des légendes » et en répertorient minutieusement le résultat, tandis que G. Tillion évoque les « dix très petits albums, à peine grands comme la moitié d’une main mais pouvant avaler chacun cent clichés, tous nantis d’un index, où les cent photos se trouvaient scrupuleusement datées et identifiées », forme sous laquelle ses clichés sont encore conservés par l’Association Germaine Tillion. »

Les colons ont alors pris possession de l’Algérie, mais en ces territoires éloignés du pouvoir central il est possible de les oublier un peu, avant que les forces ne se rassemblent pour tenter de les chasser définitivement (voir le film de René Vautier, 1972).

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On peut ici s’interroger sur le statut ambigu d’une photographie chargée à la fois de rendre compte des réalités d’un peuple, pour le reconnaître en tant qu’autre, et l’utilisation politique possible de documents offrant une visibilité accrue à une population locale considérée comme rebelle.

Leica et Rolleiflex ont remplacé la lourde chambre photographique, offrant aux photographes une mobilité nouvelle, une capacité de déplacement facilitée.

Thérèse Rivière et Germaine Tillion auraient-elles été trop attentives à la beauté de leurs personnages, comme un effet d’exotisme ? Mais ici la grâce d’être en vie déborde tant de toutes parts qu’il paraît impossible de ne pas lui rendre hommage, au risque de manquer ce qu’entraîne de drames la paupérisation d’un peuple peu à peu accablé par ses maîtres.

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Thérèse Rivière

Ethnologue de renom, résistante, déportée, quatrième femme entrée au Panthéon, en mai 2015, Germaine Tillion fit de la compréhension et défense de l’autre l’axe principal de sa vie.

Le 31 juillet 1936, une femme montre à Thérèse Rivière son sternum tatoué d’un motif de palme. Ce n’est rien, c’est tout, et rien ne devient alors plus important que l’audace de cette intimité dévoilée.

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Thérèse Rivière et Germaine Tillion, Aurès, 1935, texte de Christian Phéline, éditions Hazan, 2018, 144 pages – 140 illustrations

Editions Hazan

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Exposition Aurès (Algérie), 1935. Photographies de Thérèse Rivière et Germaine Tillion, du 8 février eu 16 avril 2018 au Pavillon Populaire de Montpellier

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Se procurer Aurès, 1935

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