Un bourlingueur humaniste, Jean-Philippe Charbonnier, photographe

Jean-Philippe Charbonnier (1921-2004) fait partie de ces artistes dont la redécouverte – et la transmission aux plus jeunes générations – soulève la joie. Associé à l’école dite humaniste (Doisneau, Ronis, Boubat, Weiss…), le photographe témoigne par sa curiosité sans relâche d’une volonté de documenter les conditions sociales un peu partout sur la planète : désert…

Le glissement ininterrompu du regard, par Valie Export, plasticienne et performeuse féministe

Contre les conformismes, l’hypocrisie bourgeoise et le machisme, Valie Export, artiste autrichienne héritière des actionnistes viennois, utilise son corps et le médium photographique de façon expérimentale et provocatrice. Incarnant par ses performances l’atmosphère fiévreuse de recherche et de déconstruction des années 1960 et 1970, Valie Export est l’une des grandes figures de l’art contemporain porté…

Annie Leibovitz en liberté, les premières années d’une photographe

Un bonheur arrivant rarement seul (Dévotion, de Patti Smith chez Gallimard – critique à venir), je découvre aujourd’hui The early years, d’Annie Leibovitz, soit le premier volume d’une publication au long cours de ses archives, ici consacré aux années 1970-1983. Ce sont des travaux de jeunesse, qui n’ont pas pris une ride, tant ils sont…

I am a Man, une décennie de luttes aux Etats-Unis, au moins

Ces images témoignant d’une décennie de luttes (1960-1970) pour les droits civiques dans le sud des Etats-Unis, on ne les verra jamais assez. La haine est un feu couvert, qu’une étincelle (un aboyeur public, un fin stratège, un fait divers, un people fanatisé, une presse effondrée) peut réveiller à tout instant. Aussi aberrante soit-elle, pour…

KS, pleinement vivants, par les photographes Manu Jougla, Gil Barez, Andy Tierce, Mathieu Van Assche et Simon Vansteenwinckel

Dans Les Soliloques du Pauvre (1897), Gabriel Randon de St-Armand, alias Jehan-Rictus, imagine les paroles d’un clochard anarchiste. C’est sous la protection de cet auteur au verbe brut et poétique que le photographe Manu Jougla place son ouvrage, K, consacré au beau chamboultou du carnaval des Gueux de Montpellier, dans une édition très arty (Le Mulet…

Des festins sauvages, ou la générosité critique de Frédéric Jacques Temple

J’ai passé tout l’été à piocher dans les savoureux Divagabondages (Actes Sud, 2018) du critique, poète et romancier Frédéric Jacques Temple, livre regroupant des articles, chroniques, vignettes, notes, textes généralement courts écrits entre 1945 et 2017. Frédéric Jacques Temple, c’est un regard généreux porté sur des artistes suivis pendant des années, un témoignage majeur sur la…

Quelques roses pour Zurbarán, par Florence Delay

« Viens ma bien-aimée, ma belle ! La porte du ciel t’est ouverte. » On visite peu la galerie espagnole du Louvre. Il y a bien quelques noms de maîtres, Velázquez, Murillo, Ribera, mais l’impression, relève Florence Delay dans Haute Couture (Gallimard, 2018), est assez décevante. Pourtant, un chef d’œuvre de petite taille (1,34m x 0,67m) nécessite sans…

Groupe d’hommes et d’enfants autour d’un marchand de courges, Germaine Tillion et Thérèse Rivière, photographes dans l’Aurès

Fin 1934, Thérèse Rivière (1901-1970) et Germaine Tillion (1907-2008), deux jeunes chercheuses en ethnologie, partent dans l’Aurès, massif montagneux situé à l’Est de l’Algérie, à l’orée du Sahara, où vit la population berbère des Chaouia de culture agropastorale. Leur mission diligentée par le musée du Trocadéro (futur musée de l’Homme) durera quelques années, pendant lesquelles…

William Gedney, photographe sensualiste

Grâce soit une nouvelle fois rendue à Gilles Mora pour son travail de recherche et son ambition de passeur tel qu’en rend compte le Pavillon Populaire de Montpellier, lieu d’exposition dont il est le directeur artistique depuis 2011. Il y montre actuellement, en collaboration avec Lisa McCarthy, conservateur aux archives des Arts documentaires de l’université…

Tempus fugit, tempus jouit, ou l’œuvre carnavalesque de Roland Sénéca

On n’attrape pas l’Indien Sénéca, graveur pariétal de son état, comme on attrape des mustangs dans un film de John Huston. Parce que ce diable d’homme fuit de partout, et ne cesse d’échapper à toute tentative de réduction. Vous l’avez compris, la servitude volontaire n’est pas pour lui.   Homme fontaine, comme il y a…