La Petite Ceinture parisienne, l’utopie des mauvaises herbes, par Charles Delcourt et Dominique Fabre

le
37 XX fleche d'or
© Charles Delcourt

« Il y a pas mal de jardiniers intéressants sur la petite ceinture. Ils sont jardiniers clandestins, exerçant cette profession à titre gracieux. Je pourrais parler d’Antonio, à la porte d’Ivry. Il cultive les roses et les offre aux passantes, certaines ont parfois peur de lui. Il a un fort accent, depuis des années qu’il est veuf ça ne va pas bien, ses yeux sont brûlants. »

La ligne ferroviaire de la Petite Ceinture de Paris est aujourd’hui méconnue.

Elle fait pourtant le tour de Paris, à l’intérieur du boulevard des Maréchaux, accompagnant le tracé de ce qui correspondait à l’enceinte fortifiée de la capitale.

07 XVIII fanny
© Charles Delcourt

Mise en activité sur plusieurs tronçons reliés à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, cette voix de circulation – de marchandises d’abord, puis de voyageurs – fut progressivement abandonnée, entre 1934 et 1985, concurrencée par le métropolitain.

Ses trente-deux kilomètres, dont 60% à l’air libre, font pour une part depuis 2015 l’objet d’une reconquête imaginée par la ville de Paris. Des espaces verts et chemins de promenade sont aménagés, on y projette une piste cyclable, des lieux culturels, et des initiatives telles que des jardins partagés et une recyclerie y ont aujourd’hui cours.

18 XVIII zacharie
© Charles Delcourt

Intitulé de façon malicieuse et décalée, Le Grand Détour (référence au Grand Tour, voyage effectué dans des lieux phares de l’Europe par les aristocrates cultivés des XVIIIe et XIXe siècles), le livre de l’architecte paysagiste photographe Charles Delcourt et de l’écrivain Dominique Fabre, publié aux éditions Light Motiv, permet, en texte et quarante-sept images, d’approcher la réalité de cette ligne devenue enjeu de politiques publiques et d’utopies citoyennes.

Entre les « plantes quasi tropicales », « plantes qui piquent », « plantent qui poussent partout », et « échappées des jardins », un avenir se dessine, qui pourrait apporter aux Parisiens un peu plus de liberté.

21 XX jeanluc dog okok
© Charles Delcourt

Les photographies de Charles Delcourt sont pleines de drôlerie et d’empathie envers les habitants vivant sur les rives de cette ceinture providentielle.

En gros plan, un mâtin déguste un ballon du PSG, tandis que quelques pages plus tôt des jeunes filles en goguette se font bronzer sur les rails.

A certains endroits, la végétation donne le sentiment d’une campagne, quand ailleurs s’étale le bric-à-brac de sans domiciles fixes ayant trouvé refuge à l’entrée d’un tunnel.

22 XIV djeuns
© Charles Delcourt

Il y a des tags, des sourires et des rages, des herbes folles, des fantômes, et toute la diversité des visages parisiens.

Le texte de Dominique Fabre est bien plus qu’un ensemble de quelques mots, c’est un récit de nature autobiographique doublé d’une enquête de terrain, révélant l’incongruité et la familiarité lointaine d’avec un lieu devenu avec le temps source de fantasmes, et espace d’expérimentations bien réelles, de bricolages de toutes sortes.

« La petite ceinture donne l’impression d’un temps indéfini, là-haut, ou en bas. On entend distinctement la rumeur du passé, mais, pendant quelques années, cette petite bande déserte s’est mise à vivre par elle-même, en attendant la suite. »

32 XIII sadiba
© Charles Delcourt

Tout l’enjeu maintenant est de ne pas transformer la belle ceinture en bandeau folklorique, et d’en éloigner les promoteurs cupides.

« Un jour, toutes les mauvaises herbes auront été arrachées de la petite ceinture. Les locaux flambant neufs ou rénovés afficheront les horaires d’ouverture pour les activités anarchisantes, les mauvaises herbes y auront perdu la foi, ou leurs racines. »

couverture-detour

Charles Delcourt et Dominique Fabre, Le Grand Détour, éditions Light Motiv, 2017, 138 pages

Light Motiv – éditions

Site de Charles Delcourt

01 XIII seine
© Charles Delcourt

main

Se procurer Le Grand Détour

Les éditions Light Motiv publieront en septembre le livre très attendu de Sandrine Cnudde, Dans la gueule du ciel.  

Site de Sandrine Cnudde

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s