Paysage de dunes après la bataille, par Christophe Le Toquin, photographe

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© Christophe Le Toquin

Pour qui les a pratiquées, les dunes frangeant la mer du Nord entre Dunkerque et La Panne, en Belgique, sont une bénédiction.

Des immenses plages de sable fin, du vent à décorner les cocus, des blockhaus échoués en des positions étonnantes, et dans le ventre desquels abriter des baisers clandestins.

Et puis, à quelques mètres en deçà, ces petits monts chauds où poussent les oyats, où étendre sa serviette à l’abri des bourrasques, et bronzer seins nus, ou, pourquoi pas, pour qui ne craint pas la ronde des voyeurs faisant ici leur promenade quotidienne comme on joue à cache-cache sur les remparts de Varsovie, y faire l’amour.

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© Christophe Le Toquin

Ces territoires magiques (voyez ce qu’en fait un peu plus bas du côté d’Ambleteuse le cinéaste Bruno Dumont), le photographe Christophe Le Toquin les a découverts par les pieds, méthodiquement, y rencontrant plusieurs siècles d’histoire.

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© Christophe Le Toquin

Son petit livre fragile, Dunes de Flandres (cinquante exemplaires, cinquante voleurs de poulets) restitue en quelques photographies en noir & blanc la modestie et la grande force de cette côte populaire entre toutes.

Passent des marcheurs équipés comme pour gravir le Mont-Blanc, petit groupe isolé, perdu peut-être, sur une planète inconnue.

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© Christophe Le Toquin

Là une dune menace de s’effondrer. Il y a des bâches, quelques piquets de bois, presque rien si les dieux du vent s’en mêlent.

Partout, vous y verrez des maisons de briques, des villas, des lotissements pour les classes moyennes, et des volets fermés jusqu’aux premiers ponts du mois de mai.

Entre le sable et l’homme, il y a ici une guerre millénaire. On y construit toujours, même si l’on sait que la lutte est inégale, et que de toute façon c’est perdu d’avance.

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© Christophe Le Toquin

Il y a beaucoup de zones grises, des parkings, des murs de parpaings au fond du jardin, mais pourtant, malgré l’apparente désolation émanant de ces formes de présence sans gloire, en sourd aussi un sentiment de tendresse envers les homuncules tentant coûte que coûte d’y inventer leur vie, entre une épicerie faisant dépôt de pain, et une rue célébrant un sous-marin coulé en 1940 par l’armée allemande.

Christophe Le Toquin ne photographie pas les être humains, mais leurs édifices, caravanes, tas de bois, décharges improvisées, voitures puissantes, rails posés sur un terrain vague comme les vestiges d’une guerre ayant eu lieu sans être déclarée.

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© Christophe Le Toquin

On peut regarder cette série flamande en écoutant Keith Jarrett chantonner, c’est parfait.

Tout est perdu, tout est sauvé, le Christ est mort pour nous, et le voici revenu, après s’être arrêt à Eboli, dans un bar de Knokke-le-Zoute.

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© Christophe Le Toquin

Christophe Le Toquin, Dunes de Flandres, Antler (UK), 2018 – 50 exemplaires

Site de Christophe Le Toquin

Antler Press

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© Christophe Le Toquin

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