Le Nouveau, Philippe Sollers ou les progrès de l’esprit humain

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« I AM WHAT I AM – LET »

La dévastation est là, c’est entendu. Pas la peine de gesticuler, de crier, de pleurnicher, non, il suffit d’attendre.

Dieu, ou appelez-le si vous voulez Le Nouveau avec Philippe Sollers, se manifestera à vous, le bienheureux, l’élu, par un signe, un éclair, un mot, le passage d’une mouette au-dessus de votre page, d’une musicienne, d’une psychanalyste, ou de tout autre manifestation de la grâce.

C’est un bateau échoué dans un jardin de l’île de Ré, une arche pour demain, celle de l’arrière-grand-père, Henri le navigateur, d’une mèche de cheveux d’Edna, son Irlandaise, d’un trait de plume se souvenant de la pointe du fleuret de Louis, le grand-père escrimeur, d’un rire comme celui de Lena la mère. Chacun, à sa façon, aura pris le large.

Seul un Dieu peut encore nous sauver, qu’il faut imaginer présent à nos côtés depuis notre naissance, nous accompagnant dans le moindre de nos actes, favorable si nous savons le remercier en faisant silence. Il est là, nos prières le réchauffent.

Nous sommes avec nos plus beaux morts, nos fantômes les plus inspirants, ainsi Shakespeare, avec qui Philippe Sollers dialoguait déjà dans Centre, son précédent roman.
Le Nouveau est le nom d’une barque familiale, mais c’est aussi celui de quiconque fera de son sang une féérie permanente, Homère, Dante, Pascal, Sade, Melville, Baudelaire, Rimbaud, Proust, Joyce, Dreyer, Céline, la Bible.

La vie est un songe, que révèle le théâtre.

Au centre du mal et de la joie s’avance Shakespeare, à la vie non-pareille : connaissance précise du sexe des femmes (lisez-le en détails), des sorcières, des mères en leur esprit de vengeance, du catholicisme.

Cinq ans après la mort de son jeune fils Hamnet, il lui offre Hamlet, « tombeau fastueux».

L’enfant était baptisé, l’eau est plus forte que le sang (circoncision/excision).

Passent Antoine et Cléopâtre, Othello, Roméo et Juliette, Timon d’Athènes, La nuit des Rois, Les Sonnets en des analyses de quelques lignes qui valent mieux qu’une semaine de cours : « Un moine catholique fabrique des drogues, un Maure vénitien tue sa femme, et se poignarde en criant qu’il a fait le même geste sur un Turc, un « chien circoncis ».

Toute étude de Shakespeare devrait s’appeler La Splendeur du mal. Les sexes sont incompatibles, les meurtres pullulent, la folie règne, le racisme est à fleur de peau, l’homosexualité mâle se signale partout chez les hommes, et les femmes sont des vierges condamnées, des mégères médisantes, ou, carrément des putains. »

La psychanalyste Nora habitait Centre, qui se transforme dans Le Nouveau en Sylvia, 37 ans, précieuse pour sa fine connaissance de l’anglais, et les dons de son corps sûrement, mais elle n’est pas très sympathique – le roman l’oublie vite -, pas assez poète. Le dieu extrême ne l’a pas encore touchée.

« Rien de tel qu’une nuit blanche pour approcher le dieu nouveau. Il sera peut-être là, vers 5 heures du matin, tout au bout de la nuit, avant l’aube. A 4h54 un léger frémissement parcourt la colonne vertébrale. C’est bon, je peux dormir autrement. Deux heures plus tard, confirmation : aucune fatigue. »

Time is out of joint, c’est-à-dire que vous confondez le vide avec l’angoisse du néant.

Conseil pour de nouveaux voyageurs du temps : « L’illusion augmente votre vitesse, affine vos réflexes, évite la dépression, sert la vérité malgré elle [sert la vérité malgré elle]. C’est une source d’énergie, et elle peut s’appeler amour, gloire, prière. Ne changez surtout pas d’illusion, suivez son sillage. Elle vous conduira où vous êtes, étonnante navigation. »

Doutez de tout, mais ne doutez de rien, les dieux sont là, jusque dans leur retrait.

La négation de la négation, qui y croit vraiment ?

Autre formulation : avez-vous été un bébé bercé, cajolé, choyé ?

« Je quitte peu à peu le cercle, je dépasse la noria des images et des gestes, je rejoins le Centre. Et là d’un coup le monde nouveau se déploie. » (Centre)

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Philippe Sollers, Le Nouveau, Gallimard, 2019, 132 pages

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Philippe Sollers, Centre, Gallimard, Folio, 2019, 136 pages

Site Gallimard

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