MYOP, de tous les yeux, par Pascal Maitre, Julie Hascoët, Olivier Monge et Jean Larive, photographes

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© Pascal Maitre

C’est la fin d’une belle aventure éditoriale initiée par l’agence MYOP, soit la publication de vingt-et-un ouvrages regroupés en quatre livraisons de quatre volumes, et une de cinq – présentés au fur et à mesure dans L’Intervalle.

Vingt-et-un cahiers photographiques proposant d’entrer dans l’univers de chacun des photographes de l’agence créée par Guillaume Binet et Lionel Charrier en 2005.

Vingt-et-une histoires, comme le nombre de lettres composant le vers de Paul Eluard, Mes Yeux Objets Patients, origine de l’acronyme MYOP.

Le cinquième et dernier volume vient de paraître (Pascal Maitre, Julien Hascoët, Olivier Monge, Jean Larive), à deux cent cinquante exemplaires, c’est peu.

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© Pascal Maitre

Pas le temps de relire les Méditations métaphysiques de Descartes avec Kinshasa Magique, de Pascal Maitre, la vie explose en couleurs, en folies sensuelles, en scènes et gestes balancés jusqu’au bout de la nuit.

10 millions d’habitants plongés dans le fleuve Congo comme Achille dans le Styx : invulnérables.

« Cette ville, précise le photographe, est animée d’un incessant chaos, d’une énergie débordante et affolante. Tout Kinois est avant tout un auto-entrepreneur, afin de trouver le dollar dont il a besoin chaque jour pour vivre. Les habitants de Kinshasa font preuve d’une créativité et d’une imagination exceptionnelles. »

La ville épuise, énerve, déroute, étonne.

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© Pascal Maitre

On y vend, à même la terre battue, dans la rue d’une zone improbable, à deux pas de claudication des bus orange et des taxis collectifs, des canapés neufs, sublimes comme des trônes dans un palais en marbre.

Ça boxe en vert et jaune, ça s’enduit les seins de peinture noire luisante, ça flambe dans un baraquement.

La vie est là, brute, surexcitée, rieuse, impitoyable.

Un jeune joue du violon, son amie porte une bassine, il y a des tomates exposées comme des lingots d’or rouges, les voitures sont déglinguées et les parasols des marchands ambulants multicolores, tout va bien, l’ordre règne dans le chaos.

Chacun y va de son rite, de ses poudres, de ses incantations, magie noire, magie blanche, gare à tes fesses l’étranger.

Pieds nus et yeux noyés d’alcool frelaté.

Kinshasa Magique ? quelques pas de rumba congolaise façon Pascal Maitre.   

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© Julie Hascoët

Autre univers, beaucoup plus calme, beaucoup plus introspectif, avec Nous les étoiles, de la Bretonne cosmopolite Julie Hascoët.

Sa série est un voyage intérieur composé de vignettes disant le peu et le tout de l’ailleurs.

Des paysages, des végétaux, des tableaux, ponctués par des doubles pages montrant, généralement dans la pénombre, le corps et le visage des amis, des proches.

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© Julie Hascoët

Juliet Hascoët conçoit le voyage comme une dérive douce, sans drame, île humaine flottant parmi d’autres îles.

Le monde est beau, lointain, un peu étrange, vide et plein.

Titre de son Myopzine : Nous, les étoiles – de mer, de terre, d’air.

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© Olivier Monge

Olivier Monge est à Marrakech, « ville jardin » irriguée par l’eau venant du proche Atlas, s’urbanisant toujours davantage au détriment de la palmeraie.

Son volume explorant « l’identité et le patrimoine ancestral de Marrakech à travers l’eau », est une œuvre surprenante, très graphique, peuplée d’astres errants et de formes noires.

Ce pourrait être un précis de navigation pour quelque astronaute en partance pour la lune, mais c’est d’abord un portrait de la ville dans son insaisissable intimité, en quelques thèmes « palmier », « eau », « oued », « brise-lame », « ketharra », « médina ».

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© Olivier Monge

Pas de carte postale, mais une réflexion sur l’informe, l’organique, le trouble.

Les palmiers sont des bras de mer, ou des corps réduits à l’os ; l’eau est composée de cieux tempétueux ; l’oued est le sol d’une étoile, située à des centaines de milliers de kilomètres, dans l’espace ; les brise-lames proviennent de l’atelier de Brancusi ; la khetarra est une grotte préhistorique découverte par un astrolabe ; la médina est un brouillage cérébral.

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© Jean Larive

Retour à l’école avec Jean Larive, le savoir, les rêves d’émancipation, la fraternité dans l’apprentissage.

Le photographe a rencontré quelques réfugiés de Calais, relogés en Cité U à Lille après le démantèlement de leur camp le 23 octobre 2016.

Dans la Jungle de Calais, l’école laïque du Chemin des Dunes a été écrasée par les bulldozers de la force publique, dont il ne reste que quelques images, poignantes, en noir et blanc.

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© Jean Larive

Dispersion, humiliation, violence.

Recommencer à Lille, y croire de nouveau, se battre avec le tableau noir et les doutes.

Des réfugiés témoignent.

Le Soudanais Yahia Eltoum Elgoum : « Notre programme, il s’agit d’intégration linguistique et d’orientation pour une année, ce programme est constitué de trois volets principaux : accompagnement social et matériel, cours de français langue étrangère et parcours d’orientation. »

Une enseignante, Caroline Hache : « Le temps qui passe entre sourires, amitiés, présences, rencontres, dans cette résidence un peu cache-misère et pourtant si vivante, si chaleureuse, si familiale presque, où tout le monde se connaît, se rend visite, partage, discute, rit, chante, apprend, danse même parfois, toutes origines cofondues. »

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© Jean Larive

Le Tableau des honneurs est un livre d’espérance, de grande délicatesse, alternant portraits d’exilés, de bâtiments, et de mots écrits sur les tableaux : des noms communs décomposés en syllabes, des verbes conjugués, la question du genre et du nombre, les natures et les fonctions.

On l’a un peu oublié, mais cet éveil par la maîtrise de la langue est éminemment précieux, touchant, bouleversant.

A quelques pages d’un dreamcatcher, il y a ces mots écrits à la craie : « profite des bonheurs du jour  endure ses petits malheurs avec patience car ce jour seul nous appartient : nous sommes morts pour hier, et pas encore nés pour demain »

Et, cette phrase inscrite dessous : « Je suis un zombi »

Le Congo, Marrakech, Lille, la France, des états du monde, des états de lieux, des états d’êtres, et, en creux, des portraits de photographes.

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Myopzine, volume 5, photographies de Pascal Maitre, Julie Hascoët, Olivier Monge et Jean Larive (textes de Emmanuelle Jourdan-Chartier,  Caroline Hache et Yahia Eltoum Elgoum), direction artistique Pierre Hybre & Jean Larive, 2020 – 250 exemplaires numérotés à la main / et poster spécial Kinshasa Magique, de Pascal Maitre au format 36×51 cm

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Paraît également un coffret édité en 15 exemplaires contenant la collection complète des 21 zines et comprenant 19 tirages photo signés sur papier Fine Art baryté 13x18cm + cinq posters au format 36×51, photographies de Jean Larive, Stéphane Lagoutte, Pierre Hybre, Agnès Dherbeys, France Keyser, Julie Hascoet, Ed Alcock, Julien Pebrel, Oan Kim, Guillaume Binet, Julien Daniel, Marie Dorigny, Olivier Jobard, Alain Keler, Olivier Laban Mattei, Ulrich Lebeuf, Pascal Maitre, Olivier Monge et Jeremy Saint Peyre

Se procurer les Myopzines

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