L’âge d’or, par Matthieu Venot, photographe

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© Matthieu Venot

« Là tout n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté. »

Couverture rigide entoilée,  marquage à chaud et estampage, le dernier-né des éditions Autonomes est déjà superbe et très grand.

Intitulé La cité d’angles, cette monographie de Matthieu Venot est un bloc de couleurs pures et de paix, loin du vacarme de l’Histoire, des virus, des meurtres, des petitesses.

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© Matthieu Venot

Il y a en ces photographies de bâtiments et de ciels azuréens une impression de pureté très mallarméenne.

En 1904, Henri Matisse peignait Luxe, calme et volupté, toile inspirée des vers de Baudelaire tirés du poème L’invitation au voyage.

Matthieu Venot est-il mallarméen, matissien, baudelairien ?

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© Matthieu Venot

Il est surtout songe et lumière, peinture sereine et œil haut, temples d’étonnement et calices de couleurs.

Il est ce marcheur qui, à Miami, à Lisbonne, à Cannes, à Dunkerque, à Rennes, à Landerneau, à La Grande-Motte, à Montpellier, à La Baule, à Beijing, à Brest, ne cesse de retrouver la splendeur de la French Riviera, avant que d’être défigurée par la vulgarité marchande.

Les lieux existent, mais les photographies qui les révèlent possèdent ce surcroît d’onirisme que l’on trouve au théâtre, comme si toute présence s’édifiait aussi dans l’ordre du rêve.  

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© Matthieu Venot

Est-ce un pan de quotidien, ou un décor ?

Ces palmiers un peu ridicules sont-ils faits de matière ou de pixels ?

Est-ce une rue de Miami ou un tableau de David Hockney ?

Matthieu Venot pense à-plats colorés, organisation géométrique des apparences, points de jonction.

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© Matthieu Venot

Réduisant les ombres au maximum, ses photographies sont des énigmes métaphysiques à la façon de Chirico, ou de Magritte.

Leur absolu de maîtrise n’est jamais très loin du burlesque, du renversement de la tension perceptive en rire bouffon.

Le rire n’est pas immédiat, mais, à les regarder longuement, les images de Matthieu Venot ont une charge d’humour considérable, celle que procure le charme de la non-actualité rencontrant l’art du décalage par l’incongruité des détails associés.

S’il y a parfois lézardes ou fissures, vite le pot de peinture viendra camoufler l’affront.

Est-ce ainsi que les hommes vivent, que les hommes habitent, que les hommes inventent les formes de leur éphémère passage terrestre ?

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© Matthieu Venot

Oui, dit le peintre en bâtiment.

Oui, dit l’architecte de la ville nouvelle.

Oui, dit le directeur de production.

Le rose et le bleu sont les couleurs dominantes de l’artiste, les polarités sont respectées.

Un astre rond se lève en ses dernières images, chance d’une exoplanète à colorier quand nous aurons ici tout saloper.  

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Matthieu Venot, La cité d’angles, textes de Valérie Timmermans et Jean Baptiste Mognetti, conception éditoriale & design graphique Nathalie Bihan, imprimé chez Grafica Maiadouro (Porto), Editions Autonomes (Brest), 2020, 92 pages – 350 exemplaires

Site de Matthieu Venot

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Editions Autonomes

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