L’aube vient, par Jacques Mataly, photographe, et Pierre Cendors, écrivain

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© Jacques Mataly

« Ici, à la fin des terres, face à l’Atlantique, face à la vaste forge d’eau où chaque vague, chaque ruée du large, arrachant au rivage une chevelure de sable, heurte la roche comme un crâne dur, j’écoute une parole sans sommeil, sans cesse renaissante, sans commencement ni fin. »

En offrant au photographe toulousain Jacques Mataly et à l’écrivain du secret Pierre Cendors (L’Homme caché, Finitude, 2006) le huitième volume de sa collection de livres à poster aux éditions artisanales Les petites allées (Rochefort-sur-Mer) Pour dire une photographie (format 10,5 x 13), Serge Airoldi a fait preuve d’une très belle intuition.

Jacques Mataly est un photographe de la ligne, de la lisière, du limes.

L’aube est son domaine, de même que la rencontre de la mer et du ciel, en ces instants d’épousailles où le trait d’horizon est une fragile corde de funambule.

On pense à Geneviève Asse, à Hiroshi Sugimoto, à Gerhard Richter, à ces arpenteurs de l’infini et du trouble perceptif.

Si l’on perçoit quelquefois en ces images une sorte de drame ontologique, l’impression de paix est première, comme une volupté d’engloutissement.

Tout est calme, matin du monde, apparition de couleurs, nuances franches.

Tout est désert, oasis aqueuse, étendues célestes.

Tout pourrait se défaire, mais tout tient encore, tout se place dans un ordre ne devant rien à l’orgueil humain.

La métamorphose est lente, et rapide, comme une figure de tai-chi.

Une photographie est choisie, Saint-Jean-de-Luz, décembre, 2004, ouvrant le langage, libérant des mots, des phrases.

Pierre Cendors écrit : « A chaque vague, il me semble qu’une ombre grandit en moi ; une incandescence pénombreuse s’avive au-dedans ; c’est une veine de nuit où pulse une vie plus dense, une radiance nocturne qui est à l’homme ce que le sexe est à l’amour, ce que l’humus est à la plante : l’obscurité racinale, chtonienne, de sa pulpe et de son suc. »

On songe ici au fabuleux Une vague de rêve, de Louis Aragon, écrivant en 1924 : « Ce moment que tout m’échappe, que d’immenses lézardes se font jour dans le palais du monde, je lui sacrifierais toute ma vie, s’il voulait seulement durer à ce prix dérisoire. »

Qu’est-ce que la nature du réel ? l’essence des choses ?

Aragon : « Qui est là ? Ah très bien : faites entrer l’infini. »

Cendors, buvant nu sur le sable atlantique en compagnie des fauves : « La décréation crée le monde. » 

Son texte est chant, sang, nage étincelante.

En échappant, la vie revient.

L’émeraude du destin est la rencontre d’un horizon de mots et d’un horizon d’eaux.

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Pierre Cendors, Memento mori, pour dire une photographie de Jacques Mataly, Les petites allées, 2020, 30 pages – 200 exemplaires numérotés, et 40 hors commerce

Les petites allées

Jacques Mataly organise à la librairie Ombres Blanches (Toulouse) une exposition Bernard Plossu – Françoise Nunez à venir (se renseigner sur les dates)

Librairie Ombres Blanches – blog

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© Jacques Mataly

Il est représenté par la galerie Jean-Paul Barrès (Toulouse)

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