Venise, un antidote, par Cees Nooteboom, écrivain, et Simone Sassen, photographe

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« Est-il possible qu’il y ait à Venise, se demande-t-il, plus de Madones que de femmes vivantes ? »

Depuis plus de vingt-cinq ans, et ma première rencontre avec la cité sublime, je rassemble des livres ayant pour thème Venise.

Après l’excellent Venise à double tour, de Jean-Paul Kauffmann (Les Equateurs, 2019), enquête sur les églises fermées de la Sérénissime (entretien avec l’auteur à retrouver dans les archives de L’Intervalle), voici Venise, Le lion, la ville et l’eau, de l’écrivain hollandais Cees Nooteboom, que je lis systématiquement, et dont j’avais beaucoup aimé Le livre des jours, récit de ses séjours réguliers dans son ermitage enchanté de l’île de Minorque (Actes Sud, 2019), entre cactus, lézards et traces archéologiques.

Le plus difficile à Venise est de retrouver les sensations et impressions intenses de la premières fois.

Chaque nouvel ouvrage est ainsi lu dans cet espoir de virginité nouvelle, avant le déflorement, mais aussi comme un approfondissement et une relance de ce qui nous a tant ému.

Des ruelles, des points de vue, des égarements, des noms de peintres, d’écrivains, de musiciens, des plats, des parcours, des anecdotes uniques et finalement communes.

Accompagné des photographies de Simone Sassen, le Venise de Nooteboom propose une double lecture, en mots et images.

« Sur la place je cherche l’endroit, d’où, la première fois, j’ai aperçu le campanile et la basilique. C’était il y a longtemps, mais l’instant reste inoubliable. Le soleil ricochait sur la place, sur toutes les formes rondes et féminines des arches et des coupoles, le monde basculait d’un quart de tour et la tête me tournait. Ici, des hommes avaient fait une chose impossible, sur ces quelques lambeaux de terre marécageuse ils avaient inventé un antidote, une formule magique contre tout ce qu’il y avait de laid au monde. »

Comment arrive-t-on à Venise ? par le train ? par les airs ? par la mer ? Le choix du mode de transport est capital.

Si Venise est une géographie très singulière, sa forme préservant le secret et exaltant l’esprit, elle est aussi un ensemble de noms majeurs et un lexique, que l’on apprend voyage après voyage, que l’on enrichit, que l’on se plaît à retenir, à approfondir, à faire sien.

Lisant Nooteboom, je le retrouve, je le note, sans me lasser.

Monteverdi, McCarthy, Proust, Brodsky, Wagner, Montaigne, Couperus, Casanova, Goldoni, Da Ponte, James, Montale, Morand, Ruskin, Vivaldi, Haendel, Alejo Carpentier, Rilke, Stravisnky, Diaghilev, Byron, Pound, Goethe, Pétrarque, Taine, Scarpa, Marco Polo, Donna Leon, Hemingway, Kafka, Sollers…

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Bellini, Carpaccio, Tintoret, Véronèse, Titien, Palladio, Tiepolo, Guardi, Canaletto, Cima da Conegliano, Palma, Giorgione…

Santa Maria dei Miracoli, San Giorgio Maggiore, Ospedalle della Pietà, San Rocco, Scuola di San Giorgio degli Schiavoni, San Zaccaria, Frari, San Pietro, San Giovanni e Paolo, Santa Maria del Giglio, San Samuele, Santa Madonna dell’Orto…

On comprend bien que chacun de ces termes, bien connus des amoureux de Venise, contient un monde qui en contient d’autres, et que ce vertige, s’il a lieu sans cesse, partout, se vit au suprême ici, là-haut (Casanova), « dans la ville où les récits n’ont pas de fin » (Cees Nooteboom), et qu’il est très doux de les retrouver, comme une effervescence de mémoire.

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Cees Nooteboom, Venise, Le lion, la ville et l’eau, photographies de Simone Sassen, roman traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Philippe Noble, Actes Sud, 2020, 240 pages

Site Actes Sud – Cees Nooteboom

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Se procurer Venise, Le lion, la ville et l’eau

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