Bacchus fugue, par Farhad Ostovani, peintre

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© Farhad Ostovani

Comme souvent, je prends les œuvres en cours de route, m’affligeant un instant de mon retard – seize livres avec Yves Bonnefoy, tout de même -, puis le bénissant, gages de découvertes encore innombrables.

Je me lasse ainsi pas de regarder depuis plusieurs jours deux très beaux livres du peintre iranien installé à Paris depuis 1986 Farhad Ostovani, publiés récemment par les éditions L’Atelier Contemporain, Bacco di Nervi (2019) et Palimpseste (2020).

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© Farhad Ostovani

Bacco di Nervi est un ouvrage sur la fascination exercée par la statue d’un Bacchus rencontré alors que l’artiste était reçu au Centre d’études de Bogliasco, à quelques minutes à pied de Nervi, situé à Gênes.

Dans le parc de Louxor de ce quartier historique de pêcheurs, ce dieu que personne ne regardait jamais semblait voler, « yeux mi-clos, comme s’il était ivre, saisi dans le plaisir d’un rêve ».

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© Farhad Ostovani

Pour le peintre qui commença alors à le prendre en photo, des centaines de fois, ce fut une apparition, de l’ordre d’un coup de foudre.

Exposée d’abord à la Wolfdoniana, à Nervi, au sud de Gênes, cette série, suite d’images dessinées et peintes sur une base photographique, a redonné vie à une sculpture méconnue, Farhad Ostovani en recevant certainement les faveurs.

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© Farhad Ostovani

Les dieux sont sensibles aux gestes d’offrande.

De dimension nervalienne – entre rêve et réalité -, l’œuvre du peintre interroge la notion de présence.

Dans l’épiphanie du visage de l’autre, fût-il de pierre, il semble que nous perdions le nôtre afin de nous rejoindre vraiment.

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© Farhad Ostovani

« En reconnaissant le temps à la fois comme puissance destructrice et comme force d’amour, écrit Alain Lévêque, cette suite d’images instaure, en lui et avec nous, un échange qui rompt la solitude, le repli sur soi-même. »

Bacchus symbolise en sa jeunesse la puissance de vie, son sourire étant presque oriental, et, si l’on osait, bouddhique.

Les commentateurs ont trop peu développé cet aspect, mais il appert qu’approchée, voire caressée, de cette façon très douce, très pudique, la pierre devient une peau et l’acte photographique prolongé par la grâce de la main une érotique.

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© Farhad Ostovani

Bacchus est ici un enfant, un adolescent, c’est Tadzio jouant sur la plage du Lido dans une fiction de Thomas Mann reprise par Visconti.

Ce visage sculpté par l’objectif de Farhad Ostovani ouvre ainsi le temps sur ce qui le fonde, c’est-à-dire l’acte poétique.

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© Farhad Ostovani

Cette chair de pierre, on peut l’aimer, l’embrasser, la désirer, permanente et différente, terriblement séduisante, innocente et cruelle, lèvres parfois marquées de rouge, pour le spectateur qu’elle transit, ou laisse interdit, épuisé par son adoration.

Fugue du visage d’un dieu éphèbe dans le tempus fugit de l’art majeur.

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Farhad Ostovani, Bacco di Nervi, textes de Farhad Ostovani, Alain Lévêque, Alain Madeleine-Perdrillat, L’Atelier contemporain, 2019 – 500 exemplaires

Editions L’Atelier contemporain

Pour connaître plus avant encore « l’œuvre-vie » (Jérôme Thélot) de Farhad Ostovani, le volume Palimpseste, titre d’une exposition actuelle à Périgueux, est excellent, qui montre des horizons, des sommets, des champs, des nuages, des arbres – devant Arroyo Grande (2014), comment ne pas penser à Alexandre Hollan ? -, toute la force d’observation, le métier et la délicatesse d’un artiste dessinant la vie, ses linéaments, ses masses, en transmettant un sentiment de plénitude, de bonheur, et d’aisance dans le trait.

Où commence la phrase, où commence l’œuvre ?

Le citron, la grappe de raisins, le rameau d’olivier, sont-ils nés de l’esprit ou de la terre, de la matière ou de l’air ?

Les horizons défient la représentation, surfaces où s’abîment le regard dans les brumes de la palette.

C’est Venise en hiver, San Giorgio englouti sous les eaux, une lagune où flottent des visages.

Le sillon du champ est un pli de mer, et le nuage lointain une valse d’écume.

Tout fond jusqu’aux roches, fors le citron posé là, bloc de stupidité béate, pourrissant déjà, entêtée dans sa forme, sublime de ne pas manquer de correspondre à son ordre.

Il y a ici une grande paix dans le désir de vivre.

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Farhad Ostovani, Palimpseste, avant-propos de Delphine Labails et Véronique Merlin-Anglade, préface de Jérôme Thélot, L’Atelier contemporain, 2020, 96 pages

Ouvrage publié à l’occasion des expositions de Farhad Ostovani à Périgueux, au musée d’art et d’archéologie du Périgord, à la médiathèque Pierre Fanlac, au centre culturel de la Visitation – du 15 octobre 2020 au 4 janvier 2021 (vérifier les dates)

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© Farhad Ostovani

Farhad Ostovani est représenté par la galerie Document 15 (Paris)

Galerie Documents 15

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