Habiter la Terre, une méditation de Pascal David, philosophe

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« Avis préliminaire au lecteur : tout ce qui se trouve dit ici de l’écologie, même avec un recul critique, n’est jamais dit contre elle mais toujours pour elle, ou en sa faveur. »

L’écologie peut-elle échapper à l’omnipotence de la technique ?

En pensant la nature comme environnement ou écosystème, l’homme a-t-il renoncé à véritablement l’habiter ?

Ces questions sont au cœur d’une méditation de Pascal David, professeur émérite de philosophie à l’UBO (Université Bretagne Occidentale), traducteur de Schelling, Nietzsche, Hannah Arendt et Gadamer (liste non exhaustive), lecteur permanent de Heidegger, Habiter la Terre, opuscule de grande portée publié aux éditions Manucius.

En cherchant à sauvegarder la planète, et à sauver l’espèce humaine, l’écologie, par ses présupposés impensés, notamment la brutalité du scientisme darwinien, ne participe-t-elle pas au contraire à son effondrement même ?

Peut-on échapper à une vision techniciste, mécaniste, du monde, héritière de Galilée et de Descartes ?

Nous sommes passés avec les Temps modernes, analyse Pascal David relisant l’auteur de Zeit und Sein (1969), de la teckhné comme art de la navigation, du dévoilement, de la révélation, à l’opératoire ou la production entendue comme exploitation ad libidum du moindre étant dans une universelle et incessante faisance (relire « La question de la technique » (1953), in Essais et conférences, Gallimard, 1958).

Il y a une différence de fond entre outil et machine, pensée de la main et usage des engins, qui est celle d’une expropriation du proche.

Rappelant la racine grecque du mot écologie (oikos : « maison », « demeure »), Pascal David invite à reconsidérer ce terme en tant que pensée de et sur l’habiter, plutôt que comme science.

La vulgate contemporaine du « développement durable », des « espaces verts », de « la biodégradabilité », ne propose pas un remède au « progrès » fou, à la « société de consommation », à la « croissance », en étant son exact corollaire, le prolongement humaniste de sa logique.

Alphonse de Lamartine, dans le poème « Le Vallon » de ses Méditations poétiques, est de bon conseil : « Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime. »

De même que Karl Marx, qu’on lit rarement ainsi, dans les Manuscrits de 1844 : « La nature, c’est-à-dire la nature qui n’est pas elle-même le corps humain, est le corps non-organique de l’homme. L’homme vit de la nature signifie : la nature est son propre corps avec lequel il doit maintenir un processus constant pour ne pas mourir. Dire que la vie physique et intellectuelle de l’homme est indissolublement liée à la nature ne signifie pas autre chose sinon que la nature est indissolublement liée avec elle-même, car l’homme est une partie de la nature. »

Si l’homme chez Marx s’humanise par le travail, il convient de ne pas oublier que la nature forme en quelque sorte son corps vital non-organique.

Un monde entièrement circonscrit et façonné par la fabricabilité, certainement par-là devenu immonde, fait du principe d’enracinement, d’ancrage (relire une nouvelle fois Simone Weil) une forclusion, permettant pourtant le plein habiter dans ce qu’il convoque de feu, d’âtre de rassemblement dans l’hospitalité, de soi et des autres, les vivants et les fantômes.

Un foyer ? « Là où vient converger, dit splendidement Pascal David, tout un monde pas encore « mondialisé », « globalisé », uniformisé, défiguré, mais un monde resplendissant et souffrant tour à tour dans l’alternance des naissances et des deuils, de la joie et de la tristesse qui rythment ‘les travaux et les jours’ (Hésiode). »

L’écologie ne se perd-elle pas, lorsqu’elle ne pas met au centre de ses préoccupations la question du séjour autorisant la « sérénité » ou « l’acquiescement » (Gelassenheit), dialoguant profondément avec la poésie et la quotidienneté ?

Heidegger : « … nous errons aujourd’hui dans une maison du monde d’où l’Ami est absent, celui que des penchants inclinent avec une force égale vers l’univers techniquement aménagé et vers le monde conçu comme la maison d’un habitat [Wohnen : un habiter] plus originel. »

Nous appartenons à la Terre, et la partageons avec les « divins du Ciel », très blessés aujourd’hui de notre indifférence, et de nos meurtres.

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Pascal David, Habiter la Terre, Editions Manucius, collection Le Marteau sans maître, 2019, 92 pages

Editions Manucius

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. alainlecomte dit :

    on peut souhaiter « habiter la Terre » et passer à un nouveau mode d’appréhension de la Nature sans pour autant souscrire à un tel charabia dénué de sens ne reposant sur rien d’autre que le délire heideggérien.

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