L’art de la fugue, par Philippe Herbet, photographe

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©Philippe Herbet

Dadas n’est pas une lubie d’un nouveau Facteur Cheval belge, ou d’un admirateur du regretté Marc Dachy, mais un livre de fantômes, de très belle facture, pensé par le photographe Philippe Herbet.

Ayant suivi les traces du dromomane – maladie psychique nécessitant de se déplacer de façon compulsive – Albert Dadas, l’auteur de l’exquis et romantique Les Filles de Tourgueniev (Editions Bessard) a découvert en cet étrange personnage ayant déambulé un peu partout en Europe de l’Est (Prague, Varsovie, Minsk, Berlin) un autre lui-même, dont la pulsion viatorique (lire Freud en Italie du psychanalyste lacanien Gérard Haddad) le pousse constamment aux portes de l’Orient (Turquie, Arménie, République du Caucase) et également vers l’Est (Russie, Biélorussie).

Mêlant textes et images, photos d’époque et d’aujourd’hui (2015-2019), mais aussi des cartes datant de l’Empire austro-hongrois Dadas est une enquête, une autofiction, un délire de raison sur les vertiges de l’identité et de la mémoire.

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©Philippe Herbet

Qui suis-je ? Suis-je ici ou là ? Suis-je une invention, la marionnette de moi-même, un simulacre ? Quel est cet autre en moi ayant déjà vécu ma vie ?

Il y a ici des témoignages spirites, des voyages dans l’au-delà, un espace troublant s’inventant à la jonction du rêve éveillé et de la réalité.

Philippe Herbet adepte des heures bleues et des femmes à la beauté délicate se met en scène, se dévoile en se masquant, se dissout en se reconstituant différemment.

C’est un Wanderer dans un lied schubertien, ou un rai de lumière traversant une forêt de symboles.

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©Philippe Herbet

Dadas et Herbet sont des fugueurs, des errants, des chercheurs d’absolu à leur façon.

Les tables tournent, les esprits fusionnent, les synchronicités frappent : « A Valenciennes, explique le photographe, la caserne Vincent qui abritait le 127e régiment d’infanterie où Abert avait été incorporé est en cours de réhabilitation : un projet immobilier. Ensuite, j’ai retracé le trajet de la fuite d’Albert jusqu’à la frontière belge, sous un soleil déjà printanier cette fois. A Condé-sur-Escaut, j’ai été très surpris de lire mon prénom et nom sur la plaque cuivrée du numéro 23 de la place Pierre Delcourt. Herbert Philippe, chirurgien dentiste. »

 La surréalité est drôle, il faut en profiter.

Tout se lit, se lie, se tisse, se trame, se féconde.

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©Philippe Herbet

Les photographies sont belles, aux tonalités presque passées, ou fanées. Leur substance est celle de la nostalgie.

On voit des halos, des présences, des traces, des pôles magnétiques.

Dadas est à Vienne, marchant comme un automate, il aime cette ville, dont les raisons restent un mystère.

Mais il faut reprendre la route, aller plus loin encore, se perdre pour se retrouver, en éloignant quelque peu le spectre des céphalées.

De la neige, des icônes, nous sommes très loin de Liège.

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©Philippe Herbet

On le voit à Moscou, puis dans un asile de Constantinople.

Dadas insiste, disparaît, glisse sur des sentiers en pente douce.

Les images de son double contemporain sont aussi limpides qu’énigmatiques, discrètes que puissamment évocatrices.

Des escaliers, des sommets, des horizons.

Des nuages, des ponts, des murs de pierre.

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©Philippe Herbet

Des chemins, des fenêtres, des toits.

Des palais, des ruines, des masures.

Albert Dadas était là, est encore là, dans l’éternel retour du même.

La quête n’était pas vaine, puisqu’elle produit un livre, des visions, des scènes introspectives, des impulsions de locomotion.

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Philippe Herbet, Dadas, maquette et relectures Emmanuel d’Autreppe et Philippe Herbet, graphisme Matthieu Litt, Les Editions du Caïd / Contretype / L’image sans nom, 2021, 136 pages – 400 exemplaires

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©Philippe Herbet

Editions du Caïd

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©Philippe Herbet

L’image sans nom

Espace Contretype

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Barbara Polla dit :

    Peut-être que la dromomanie, la pulsion viatorique, ne sont nullement folies, mais témoins au contraire, rémanences d’une humanité profonde, fondamentalement nomade et migratoire ?

    J'aime

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