Un chant d’amour, par Marion Poussier, photographe

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©Marion Poussier

A l’occasion de son exposition personnelle à l’Hôtel Fonfreyde – Centre photographique de Clermont-Ferrand (30 juin au 19 septembre 2021), j’ai écrit pour Marion Poussier le texte que je reproduis ici :

Un chant d’amour

Déchirure, absurde, ressentiment, échec, nihilisme, ces mots ne font pas partie du vocabulaire de Marion Poussier, dont toute l’œuvre est un questionnement concernant le vivre-ensemble, doublée d’une tentative de faire sens et lien alors que règnent les logiques de séparation.

S’élève de la cohorte de ses images un chant doux, fraternel, multiculturel, intergénérationnel, mais aussi inquiet, perturbé, intranquille.

Les regards de ses adolescents sont francs, prêts à assumer, jusqu’au tremblement, le monde qui vient. Ils s’embrassent, apprennent à s’aimer, font tourner le monde du bout de leur langue, avec beaucoup de pudeur.

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©Marion Poussier

Car il s’agit avant tout d’expérimenter la délicatesse, de se toucher du fond du cœur, de fermer les yeux ensemble.

Laissant la statuaire aux livres d’histoire de l’art, les voici qui joignent leur corps dans un début de danse, et s’apprêtent à envoyer dinguer la mélancolie.

Mais attention, l’exclusion et le repli ne sont jamais loin de la rencontre superbe, ou du groupe fier de sa reconnaissance.

La fragilité partagée est le commencement du nouveau monde, cette démocratie des corps exposés sans crainte au regard de l’autre, interdépendants, généreux dans leur réserve même, cette alliance neuve qu’ils bâtissent simplement, naturellement, sans artifice, devant l’objectif qui les contemple sans ciller.

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©Marion Poussier

Une démocratie des visages et des peaux, des gestes de précaution et des désirs secrets, soit la plus belle façon de faire la révolution.

Les ciels et les yeux dialoguent, le présent et l’atemporel, sans que l’on sache vraiment, qui, de la jeune fille ou du nuage mauve, entraîne l’autre dans son ordre.

Les enfants saisis à l’école, pendant la récréation, inventent des chemins de langue en leurs petits groupes territorialisés.

Ce sont des bandits bambins très engagés dans leur conversation, des conspirateurs, des frères de toujours, drôles et concentrés, peut-être bientôt aussi des ennemis jurés, cruels et sauvages.

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©Marion Poussier

Vous ne saurez rien de leurs plans de quatre pouces, les adultes n’entrent pas ici, où triomphent le jeu, le théâtre, et les histoires à n’en plus finir. D’ailleurs, vous ne pourriez pas les comprendre.

Marion Poussier s’enchante de la comédie humaine, dans une école de quartier populaire, comme dans un village d’apparence paisible, nimbant ses personnages d’une lumière qui les rassemble.

L’instant est en fête, continué dans la diversité des situations rencontrées, sur un pas de porte, comme dans une cuisine ou une buanderie, mais il est aussi plein de brisures, traversé par des éclairs de solitude, et le doute qui éloigne.

Rien n’est trivial, sans être à proprement parler sacré, tout est important, nécessaire, exact.

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©Marion Poussier

Les saynètes se succèdent, qui accordent à chacun la possibilité d’entrer dans la merveille d’un conte quotidien, ne parvenant pourtant pas toujours à masquer la profondeur des blessures intimes.

Faire famille, dans le besoin d’isolement ou de retrait parfois, ne va pas de soi, quand marier l’un et le multiple est une ambition, un beau songe, un défi, souvent de l’ordre de l’impossible.

Construites comme des amorces de fictions, les photographies de Marion Poussier créent un espace d’initiation, tant apprendre à vivre n’a rien d’évident, et que la question de la juste distance – en éthique comme en esthétique – est une affaire complexe.

Les personnes âgées que l’artiste a rencontrées, esseulées dans l’image, font face à leur destin. Assoupies ou affligées, toniques ou désespérées, elles nous enjoignent moralement de leur tenir la main, et de briser le cadre de vision pour l’acte d’émotion, de partage, dans l’extrême solitude accablant les corps de chacun.

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©Marion Poussier

Avant que la nuit ne tombe définitivement, il faut profiter d’elle pour se retrouver et s’aimer, tels des clandestins, se chercher à tâtons des yeux, entrer dans le flirt des lumières, trébucher, hésiter, trembler, tomber en soi, abandonné ou flatté.

Echapper au champ social, à la logique des places et des assignations identitaires contraignant les corps, pliant les pensées et les rêves, pour l’inouï des chemins du désir traversant la loi des polices comme des genres.

Les baisers sont des preuves de l’existence la plus haute, la plus belle, la plus incorruptible.

Ils sont donnés hier, mais sont des promesses d’avenir, des espoirs, pour tous.

D’une noble beauté, les garçons et les filles, de France et de toutes géographies, que photographie Marion Poussier sont les personnages de fêtes galantes ultramodernes, ainsi que les institua au XVIIIe siècle le grand Watteau, poursuivant le soleil grec dans les campagnes d’Europe.

Nous nous composons un corps social, nous inventons une posture de sauvegarde, mais nous vivons pour l’échappée.’

Marion Poussier – Filigranes Editions

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©Marion Poussier

Hôtel Fonfreyde

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Paraît aux Editions Filigranes l’ouvrage Tu me loves ?, photographie Marion Poussier, texte Sonia Chiambretto, 2021, 80 pages

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©Marion Poussier

Cette série est exposée à l’Hôtel Fonfreyde

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©Marion Poussier

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