Sisley, à la gloire de la Seine, par Sylvie Brame et François Lorenceau, historiens de l’art

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Pré à Veneux-les-Sablons, 1881, Alfred Sisley

Lorsque j’étais plus jeune, la peinture dite impressionniste m’ennuyait, et même m’agaçait.

Je n’y voyais pas une révolution, mais un confort bourgeois, une sorte de tranquillité menant à la torpeur. Les files d’attente devant les grandes rétrospectives parisiennes étaient pour moi le symbole même du désir anesthésié.

Depuis, j’ai changé.

Depuis, le monde n’a cesse de disparaître, et ce que je prenais pour de la convention, un manque de fureur, un goût rassurant, m’apparaît aujourd’hui bien au contraire comme une sagesse, une réponse calme et profonde devant la dévastation en cours.

Je m’enchante donc aujourd’hui de découvrir le catalogue critique des peintures et des pastels d’Alfred Sisley (1839-1899), entreprise remarquable menée par Syvie Brame et François Lorenceau pour les éditions suisses La Bibliothèque des Arts.

Des centaines d’œuvres – notamment les soixante-et-onze pastels de l’ami de Renoir, Monet et Bazille -, des notices précises, les paysages de France en leur beauté vive et discrète, une atmosphère proustienne très émouvante.

Du plein air quand tout est désormais si rétréci.

La gloire de l’Ile-de-France par un peintre anglais citoyen d’honneur de notre pays.

Les villages des bords de Seine comme utopie, Moret-sur-Loing comme point d’ancrage.

La fermeté des terres, et la dilution du moi par l’eau (ciels/rivières) – on peut comprendre que les Japonais soient fous de sa peinture.

Des chemins de halage, des pontons, des voiles.

Des chaumières, des maisons forestières, des petites gares.

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Bords du Loing à Saint-Mammès, 1892, Alfred Sisley

Des prés, des clairières, des plaines.

Des marronniers, des saules, des peupliers.

De la neige, du brouillard, un jour de crue.

Des péniches, des lavoirs, des abreuvoirs.

Le bonheur d’être là, simplement, et de poursuivre, inlassablement, son travail de saisie des climats, des lumières, des effets d’irisation.

Et l’influence lointaine de Turner et Constable.

En introduction au Catalogue critique des peintures et des pastels du peintre ayant obtenu la naturalisation française en 1888, Sylvie Patin, conservateur général honoraire au musée d’Orsay revient sur la légende d’un peintre ayant peu connu le succès de son vivant- mais très vite après sa mort -, pourtant soutenu par de grands marchands d’art, Paul Durand-Ruel, Georges Petit.

Pour le critique d’art et collectionneur Arsène Alexandre, Alfred Sisley possédait un heureux tempérament, plein d’entrain, de gaieté, de fantaisie.

Il peignit quelquefois des portraits, des natures mortes, et des paysages outre-Manche, mais son cœur battait essentiellement dans la vallée du Loing, dont il a su comme personne restituer les fééries paisibles et résurrectionnelles, au rythme des saisons.

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Alfred Sisley, Catalogue critique des peintures et des pastels, par Sylvie Brame et François Lorenceau, introduction de Sylvie Patin, avec la collaboration d’Olivier Daulte, Marion Jolivet, Antoine Lorenceau et Thomas Lorenceau, La Bibliothèque des Arts (Lausanne), 2021, 560 pages – 1100 illustrations

La Bibliothèque des Arts – site

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Se procurer Alfred Sisley, Catalogue critique des peintures et des pastels

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