Raphaël divino, ange de la peinture, par la revue Studiolo

cover_ok_2

Lire, dans la vilénie politique actuelle, une publication aussi belle, rare et cultivée que la revue Studiolo est un bonheur presque décadent.

Revue annuelle d’histoire de l’art existant depuis 2002, consacrée aux échanges artistiques entre l’Italie, la France et l’Europe de la Renaissance à nos jours, Studiolo est désormais le fruit éditorial des éditions Macula et de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis.

Accompagnant les célébrations liées aux cinq cents ans de la mort de Raphaël, le numéro 17 s’attache à faire le point sur les dernières découvertes scientifiques au sujet de l’œuvre mythique du peintre et artiste protéiforme d’Urbino ayant développé de multiples liens avec la poésie et la musique.

Il faut plusieurs semaines pour lire et méditer chaque article, tant mieux, nous avons de plus en plus le temps, à mesure que le décor social se déchire pitoyablement en cherchant à nous attirer dans le maléfice de sa fausseté.

Que trouve-t-on donc de si stimulant pour l’esprit dans cette nouvelle livraison richement illustrée ?

– Un article de Roxanne Loos sur les tapisseries feintes ou « rapportées » (les « vraies » sont celles de la chapelle Sixtine et les décors antiques), notamment dans la salle de Constantin au palais du Vatican, et dans la chambre d’Héliodore au palais apostolique, Raphaël ayant inventé la transposition d’un médium à l’autre – en faissant baisser les coûts de production.

« Si Raphaël, précise l’historienne de l’art belge, succombe prématurément des suites d’une fièvre soudaine, sans avoir vu le résultat final de la chambre de Constantin, le motif de la tapisserie feinte ne disparaît pas pour autant avec lui. Au contraire, il est désormais promis à un riche avenir, jusqu’à même devenir l’un des parangons des systèmes décoratifs maniéristes. »

– Une réflexion de Vincenzo Mancuso sur le culte voué par le peintre Carlo Maratti (1625-1713), le « dernier des romains », au maître d’Urbino à qui il ne cessera de rendre hommage par ses propres productions – en particulier dans ses décorations de la chapelle de la Présentation de la basilique Saint-Pierre et de la chapelle Cybo à l’église de Santa Maria del Popolo -, tout en poursuivant en parallèle une activité de restauration des fresques de Raphaël devenant un enjeu politique entre la cour de France et la cour de Rome, l’artiste ayant eu comme première initiative d’installer des grilles dans les Chambres pour protéger les œuvres de ses trop nombreux copieurs tout en provoquant l’ire du directeur de l’Académie de France Matthieu de la Teulière.

« Maratti, analyse Vincenzo Mancuso, incarne la figure du peintre universel, que Bellori suivant une longue tradition historiographique attribuait à Raphaël. Il multiplie ainsi les chantiers prestigieux sur les lieux mêmes ou avait travaillé le maître de la Renaissance. »

– Un propos (en italien) de Virginia Magnaghi sur la destinée de Raphaël dans la critique et dans la peinture italienne de la première moitié du XXe siècle.

– Une communication de France Nerlich sur la présence de Raphaël, « second messie » (Louis de Maynard de Queilhe), dans la discussion savante internationale au cours des années 1830 – voir aussi le tableau d’Horace Vernet, Raphaël au Vatican (dans la cour de saint Damase), conservé au Louvre -, le squelette intact du peintre étant exhumé dans l’église du Panthéon à Rome en 1833 : « Quand le squelette est exposé au public six jours durant, la foule se bouscule devant ces reliques qui provoquent un véritable enthousiasme religieux. »

Mais Studiolo, c’est aussi des varia, un article de Philippe Morel intitulé Vin, musique et sexualité, parodie et tradition burlesque européenne chez les peintres caravagesques d’Utrecht, un point de vue d’Emilie Beck Saiello et Yves Di Domenico sur les Artistes avignonnais à Rome au XVIIIe siècle, une étude de Diane H. Bodart (en anglais) sur l’interprétation du modèle du Titien en Espagne et ses processus de transformation.

En sa dernière section, Studiolo ouvre ses pages aux pensionnaires artistes de l’année en cours à la Villa Médicis, Mathieu Larnaudie donnant à lire quelques pages d’un roman en cours en format home cinema.

Oui, nous vivons une époque folle, déprimante, et parfois encore enthousiasmante.

Studiolo_HD-1636035275-mini

Revue Studiolo, n°17, dossier Raphaël/Raffaello, directeur de la publication Sam Stourdzé, rédactrice en chef Francesca Alberti, 2021, 208 pages

Editions Macula

Villa Médicis

logo_light_with_bg

Se procurer Studiolo

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s