Les trompettes d’alarme du néant, par Franz Kafka, écrivain

Kafka

« Le vrai chemin passe par-dessus une corde qui n’est pas tendue en hauteur, mais presque au ras du sol. Elle semble plus faite pour faire trébucher que pour être franchie. »

Ainsi commence le recueil de pensées de Franz Kafka, publié dans une traduction nouvelle de Bernard Pautrat chez Rivages poche sous le titre Réflexions sur le péché, la souffrance, l’espérance et le vrai chemin.

Formulés en 1917 et 1918, alors que l’écrivain se sait malade des poumons, ces propos aphoristiques de nature métaphysique ont été retrouvés et publiés une première fois par Max Brod, dont on sait qu’il refusa de détruire l’œuvre de son ami comme celui-ci le lui avait demandé. 

Où passe donc, cher lecteur, le vrai chemin ? Que comprendre ? Pourquoi imaginons-nous d’abord le serpent pendu à la branche de l’arbre contre lequel nous nous reposons, plutôt que dans les taillis qui bordent la clairière ?

Fustigeant l’impatience et la paresse des hommes, l’écrivain tchèque déplore notre incapacité à tenter de rétablir les voies menant au Paradis.

Fragment 5 : « Passé un certain point il n’est plus de retour. C’est ce point-là qu’il faut atteindre. »

Comme lorsque l’on écrit ou aime vraiment, non ?

 Fragment 6 : « L’instant décisif dans le développement humain a lieu tout le temps. C’est pourquoi les mouvements spirituels révolutionnaires qui déclarent nul et non avenu tout ce qui précède ont raison : rien n’a encore eu lieu. »

Tout est advenu, mais le grand départ commence à chaque instant : il faut savoir mourir à soi pour s’autoriser à renaître.

Le diable existe, ne le constatez-vous pas quotidiennement, qui cherche à nous diviser et nous faire trébucher ?

La société ? « Une cage allait à la recherche d’un oiseau. » (fragment 16)

Fragment 19 : « Ne laisse pas le mal te faire croire que tu puisses avoir des secrets pour lui. »

Dieu lui-même connaît-il toutes nos cachettes ? Ruse du Malin.

Fragment 34 : « Sa fatigue est celle du gladiateur après le combat, son travail était de blanchir à la chaux un coin dans un bureau de fonctionnaire. »

Savoir quitter la compagnie d’assurance qui nous emploie.

Savoir quitter Prague pour Berlin (et Dora).

Savoir échapper à la meute, qui aboie d’abord en nous.

Fragment 44 : « Tu t’es risiblement harnaché pour ce monde. »

Il y a des courriers, et il y a des rois, peu nombreux.

Fragment 63 : « Notre art est un être-aveuglé par la vérité : la lumière sur la face grotesque qui recule est vraie, sinon rien. »

La vérité est au-delà de la connaissance.

Fragment 93 : « De la psychologie pour la dernière fois ! »

Comme lors d’une dispute conjugale.

Pour les jours de désespoir, ce fragment (109) si souvent repris par Philippe Sollers et ses amis : « Il n’est pas nécessaire que tu sortes de chez toi. Reste à ta table et écoute. N’écoute même pas, attends, simplement. N’attends même pas, sois pleinement calme et seul. Le monde va s’offrir à toi pour que tu le démasques, il ne peut rien faire d’autre, il va se tordre extasié devant toi. »

N’appelle-t-on pas cela la méditation zen ?

Nous nous sentons prisonniers, nous sommes libérés.

Une cellule, une ouverture.

Et cette pensée de haute politique spirituelle : « Beaucoup nient la détresse en montrant le soleil, lui nie le soleil en montrant la détresse. »

A ceux qui croient encore à la démocratie représentative en régime médiaticopotent, j’offre, pour ne pas conclure, ce trait : « L’étroitesse de la conscience est une exigence sociale. »

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Franz Kafka, Réflexions sur le péché, la souffrance, l’espérance et le vrai chemin, traduction et préface de Bernard Pautrat, collection « Petite Bibliothèque » dirigée par Lidia Breda, Rivages poche, 2021, 96 pages

Rivages poche

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Se procurer Réflexions sur le péché, la souffrance, l’espérance et le vrai chemin

 

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